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AURA SHRED - Corrupted Vitality (2021)
Par CHIPSTOUILLE le 23 Janvier 2022          Consultée 948 fois

La première version que l’on a imaginée de cette chronique se déroulait dans une prison en sous-sol à la Fortress, qui n’aurait été qu’un asile de fou futuriste à la façon de L’armée des 12 singes. Les patients de cet asile y auraient été tellement déments qu’ils en seraient venus à s’automutiler, dans le même genre que ce déglingué de Sam Neill dans Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà. En rythme, les fous se seraient martelé la tête contre les murs, à s’en faire péter le crâne. Notre fuite, contrainte et forcée, nous aurait conduit au travers d’égouts dégueulasses où des créatures peu recommandables sévissent sous l’eau grisâtre, à la Leviathan ou La foire aux immortels. L’issue n’aurait été qu’une usine tournant à plein régime, dédiée à la construction d’une armée de robots sanguinaires. Pour sortir, une seule issue possible, un ascenseur sans fin, du genre qu’on ne trouve que dans les jeux-vidéo. A la fin, en guise de non-libération, nous n’aurions eu pour seul espace de liberté qu’une immense décharge de métaux sans fin et sans vie, à ciel ouvert, située entre celles de Blade Runner 2049 et de Wall-E.

Il faut dire que les seules images qui nous viennent à l’esprit, à l’écoute de "Punisher", sont celles du T-800, à la fin du premier Terminator, agonisant sous une presse hydraulique. Sauf que dans ce cas précis, pour faire un clip, il faudrait passer la scène en boucle, et l’accélérer 10 fois. C’est martial, c’est bourrin, c’est sans vie, et ça agonise tout du long. Quant à Casuality, No rest no sleep / Stop hurting / Wasted / Another casuality, voilà pour seules paroles, usées à des fins rythmiques jusqu’à la corde. Corrupted Vitality n’est pas un album de boute-en-train, mais nous, à l’écoute de cette noirceur martelée à pleine puissance, qui n’oublie jamais d’être mélodique, et qui joue constamment avec ses rythmes, on jubile et on en redemande. Corrupted Vitality est un grand album, qu'on nous enfonce dans le crâne à coups de marteau pilon électrique (oui, j’invente des trucs si je veux).

Sauf qu’on a prêté attention aux paroles. AURA SHRED n’a pas composé que des semi-instrumentales apocalyptiques, il nous propose en outre de vraies chansons, comme "The End" et "Dreamstealer". Attention, on reste dans l’ambiance d’une cellule capitonnée, surveillée par des gardes aux yeux cybernétiques. On y est coincé entre des détecteurs de mouvements, de bruits, de température et n’importe quoi afin de tout contrôler. On vous le dit fermement, ici on étouffe, et ça ne rigole pas. Les robots que l’on entend, à part leur faire porter un brassard, leur coller une petite moustache et leur faire tendre le bras droit, on ne voit pas bien comment ils pourraient être davantage menaçants.

Mais c’est aux films 120 battements par minute, Philadelphia ou Bohemian Rhapsody qu’on devrait faire référence. La prison d’AURA SHRED, c’est la maladie dont on ne guérit pas. I’m the host of every disease commence-t-il par nous dire. Comment alors ne pas penser au SIDA ? L’asile de fou, c’est un hôpital dont on ne sort jamais assez, avec ses protocoles, sa routine et son personnel débordé. Les égouts cradingues, c’est la souffrance au quotidien. "The End" nous parle de droit à l’euthanasie, ou plutôt de l’absence de droit. Les fous, les robots, c’est nous, la société qui fait la sourde oreille à ce sujet. Enfin, vu la désinvolture dont nous faisons preuve à l’égard du Covid ces jours-ci, à force de s’en foutre, on va peut-être bientôt arrêter de jouer les hypocrites ? On aurait besoin d’une bonne nouvelle, faut avouer.

L’album fait un quasi sans-faute, mais trébuche malheureusement sur le sample vocal du titre "Despair in Motion". Celui-ci nous ramène directement à Thom Yorke de RADIOHEAD sur "Creep", quand il se lâche sur le pont final avec ses "Run" répétés. Le clin d’œil est-il souhaité ? On est parti tellement loin avec le reste de l’album, qu’on a envie de lui trouver une excuse. Alors, comme j’ai finalement parlé de mon asile et de mes robots, je vais donc poursuivre avec un parallèle à cet épisode génial de Buffy contre les vampires, où elle-même se réveille sur un lit d’hôpital, comme sortant d’un rêve. Sa mère essaye alors de lui expliquer que les 33 567 épisodes précédents de la série (au bas mot) n’ont été que le fruit de son imagination. Elle est dans un délire schizophrène depuis le début. Les vampires, la tueuse, son guide : tout ceci n'est qu'illusion. Ce sample, c’est un peu ça, il nous ramène à une autre réalité plus tangible, mais on ne sait dire laquelle des deux est la vraie. Ce clin d’œil à RADIOHEAD, est-ce l’évocation d’un vieux souvenir, à peine palpable, sur un lit de mort ? Moi, en tout cas, il me ramène à l’internat en 1996, où je découvrais "Creep" sur Fun Radio, loin de ces putains de maladies, qu’elles se nomment Cancer, Rupture d’anévrisme, SIDA ou Covid.

Enfin, il y a ce final en apothéose. La petite touche qui fait les meilleurs albums, qui leur donne ce goût persistant de 'reviens-y' pour qu’on les écoute en boucle, pour toujours. "Ascent", cet ascenseur géant, métallique, impossible, n’est-ce pas un passage à l’acte malgré les interdits ? Au bout de quelques minutes, la lumière jaillit, comme une libération, la mélodie qui flotte d’un coup dans l’air, débarrassée de ses contraintes rythmiques, est magique. Mais à peine nous a-t-elle permis une bouffée d’air frais que le Metal et la poussière rejaillissent de toute part. On est arrivé dehors, mais tout y est désolé. C’est une mort libératrice, cernée de culpabilité (1).

Je n’ai fait attention aux paroles de Corrupted Vitality que parce qu’une seule personne, sur la vidéo Youtube du clip de "The End" (2), a félicité l'artiste à ce propos. Dans les autres commentaires, on ne voit que des personnes réclamant une version instrumentale du titre. Un truc complètement impensable en dehors de l’électro. Au début, AURA SHRED a répondu par la négative, que ce n’était pas prévu. Mais les gens ont l’air de vouloir écouter le titre en bagnole, afin de pouvoir se faire leur trip à eux. Peut-être qu’il est un peu juste niveau maturité de la voix, que son accent français se fait entendre à quelques occasions ? Rien ne me gêne ici particulièrement. Le chant a au contraire un groove sexy, un spleen qui ne s’exprime qu’au travers de sa propre mélodie. Retirer le chant, c’est déjà retirer de la mélodie, une aberration. Au bout de quelques demandes répétées, il a fini par abdiquer en promettant une version instrumentale de "The End". J’ai moi-même souhaité conserver mes machines, ma prison, mes égouts et mon ascenseur géant. J’ai voulu, comme toutes ces personnes, m’approprier cet album à ma façon. En définitive, je les ai conservés, car ça me paraissait une belle allégorie de la maladie, de son quotidien fait de souffrance et de son issue douce-amère. Mais sans musique, pas d’allégorie dans ce texte. Car c’est bien elle, la meilleure des allégories, dans ce propos.

Ne te laisse pas faire, Hervé. Si tu as un message à porter, clame-le, le plus fort possible. Sois-en fier, car il y a de quoi. Ne te laisse pas museler. Parce qu’il est là, le futur de l’électro. Il n’est ni dans la synthwave qui regarde en arrière, ni dans les chroniques qui regardent dans les décharges futuristes du cinéma d’à côté. Le futur de l’électro, le présent en l’occurrence, c’est une musique qui porte des messages importants, avec conviction, et qui regarde vers l’avenir. Là-dessus, c’est toi qui as raison, et on t’en remercie. Continue de nous faire rêver. Prends le temps qu’il te faut pour bien le faire. Ne lâche pas le morceau, tu vas finir par y arriver.

(1) Mort et culpabilité, comment ne pas également repenser à ça (je vous renvoie à la chronique du clip pour les explications) : https://www.youtube.com/watch?v=xpkP6_i_-Kk
(2) https://www.youtube.com/watch?v=Ba7DUldPM_8

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- Hervé Guillemard (tout)


1. Cynical Eye
2. Cult
3. The End
4. Punisher
5. Casualty
6. Dreamstealer
7. Despair In Motion
8. Ascent



             



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