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HARD ROCK  |  STUDIO

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2022 Drama Dust Dream
 

2003 Dreams For The Daring
 

- Membre : Scorpions, Fair Warning

DREAMTIDE - Drama Dust Dream (2022)
Par GEGERS le 3 Juillet 2022          Consultée 1281 fois

Je suis mort. La guigne. Ce n’est vraiment pas de chance. D’une part, cela me fait mal de tirer ma révérence alors que les ROLLING STONES démarrent une nouvelle tournée, et d’autre part, merde, c’est injuste : je n’écoute que de la musique de vieux qui s’en sont mis plein dans le cornet toute leur vie, et c’est moi qui clamse ! Mais après tout, soyons fataliste : c’est ainsi. Je suis mort, un macchabée, j’ai passé l’arme à gauche, je mange les pissenlits par la racine. Il paraît que cela arrive à tout le monde, même aux pires. Et voilà que l’agnostique que je suis se trouve face à la révélation ultime : le Paradis existe. Je suis accueilli par Saint-Pierre, une veste à patchs sur les épaules et un crucifix inversé tatoué sur le crâne, qui m’accueille en me payant une bière, et en m’annonçant que le concert va bientôt commencer. Car c’est surtout cela qui me frappe : partout des câbles, des jacks qui pendent, des amplis qui bourdonnent, des roadies qui installent du matériel. Il y a du jus au paradis, et pas qu’un peu : il y a des volts à en faire exploser les nuages.

Alors que je me dirige vers mes nouveaux quartiers célestes, une musique résonne. De tous les coins (si tant est qu’il y ait des coins dans le poulailler céleste), des guitares aux sonorités angéliques, des envolées diaboliques, une virtuosité ineffable. Je n’ai pas droit aux trompettes de la renommée, mais bien à un duo de divins gratteux. D’un côté, Uli Jon Roth, membre illustre des SCORPIONS durant les années 70. De l’autre Helge Engelke, son officieux padawan, membre fondateur du groupe allemand FAIR WARNING et actif professionnellement sur la scène musicale européenne depuis le début des années 90. Ces deux-là ont un son de guitare unique, souvent très aigu (évoquant parfois une volée d'oiseaux), virevoltant, mais aussi extrêmement épais et crunchy. Un son qui se revendique en partie de l’héritage de Jimi Hendrix, mais qui s’en est suffisamment éloigné pour devenir une patte, une identité forte, dont est tributaire le sieur Roth, et dont s’est inspiré le talentueux Helge pour mettre au point sa propre formule. La musique de l’Olympe.

Je m’assoie sur un nuage qui passait par là et profite du concert qui m’est offert. Après tout, j’ai l’éternité devant moi. Helge Engelke est aux commandes. Celui qui semble avoir levé le pied avec son groupe principal, dont le dernier album remonte à 2016, a décidé de réactiver son groupe de cœur, DREAMTIDE, œuvre personnelle responsable de trois albums aux allures de chef-d’œuvre hard rock mélodique publiés entre 2001 et 2008. Sortis d’une brume espiègle, presque fantomatiques, apparaissent ses trois camarades de jeu, notamment le chanteur Olaf Senkbeil, la voix d’un ange, choriste de luxe aux références longues comme le bras, mais qui ne chante que trop rarement en lead. Le show démarre pied au plancher, si tant est qu’il y ait un plancher dans ce royaume de la félicité. « Stop Being Deep », c’est surtout et avant tout ce son de guitare unique, savoureux, reconnaissable entre mille, qui réhaussé par un clavier très présent gagne en ampleur et en épaisseur. Il y a là un riff, un vrai, et une énergie qui participe à construire un morceau de Hard rock mélodique percutant. La voix de ce bon Olaf n’a guère changé malgré le poids des ans, conservant sa capacité à rester forte et puissante dans les aigus. J’ai le sentiment que les anges ne vieillissent pas.

DREAMTIDE déploie donc des ambiances que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. L’alchimie entre les instruments constitue une enveloppe musicale qui happe l’auditeur, l’emporte dans un maelström d’émotions. Car là est bien la richesse de cet album, cette capacité, avec quelques notes seulement, à raconter des histoires, et provoquer la création d’images, la résurgence de souvenirs. Les morceaux du groupe sont vifs et vivaces, nous faisant prendre conscience de notre propre mortalité. De nos jours, on peut réparer une ligne de chant ratée grâce à de nombreux outils, construire un solo techniquement parfait à partir de bribes d’enregistrements successifs. En revanche, il est toujours impossible de mettre de l’émotion là où il n’y en a pas. Et en ce sens, Drama Dust Dream est un foyer d’émotions artisanales qui ne semble incapable de décevoir.

Il serait de bon aloi de faire les louanges du jeu de guitare de Helge Engelke, naturellement omniprésent. Sa six-cordes, dont les parties sont souvent doublées, bénéficie d’une ampleur dévastatrice dans la mise en son, et il faut que les autres musiciens soient également virtuoses de leur instrument pour opposer une résistance devenant alchimie. Ce sacerdoce, cette fusion divine, se fait particulièrement remarquable sur les morceaux les plus rapides et énergiques, construits avec science et talent, tant et si bien que couplets, refrains et solos multiples se confondent dans un même niveau de qualité : impérial. Sur « Stop Being Deep », « All of Us », « Merciless Sun » ou le morceau final « Leisure Saints », frénétique et frétillant, une force mélodique est à l’œuvre, conférant une saveur unique autant que délicieuse à ces morceaux sur lesquels la présence ostentatoire de chœurs épais ajoute un intérêt supplémentaire.

DREAMTIDE, désireux de varier son propos, offre d’autres formes de musique. Laissant un large espace d’expression à Helge Engelke (ce qui, étant donné que le musicien compose, produit et interprète, semble plutôt légitime), l’album voit le guitariste proposer deux courtes pièces instrumentales, l’hispanisante et acoustique « Ni Dos ni Agua » qui évoque une course effrénée dans la nuit mexicaine, ainsi que l’atmosphérique et électrique « A Fairy Prank », aux accents plus orientaux. La guitare reste maîtresse des débats quel que soit le propos, se faisant d’une beauté désarmante sur la ballade « Dawn », à la fois puissante et intimiste. Le mariage avec le chant sublime d’Olaf Senkbeil offre un résultat dont on ressort bouleversé. La seconde ballade de l’album, « For the Fairies », se fait pour sa part résolument orientée blues, apportant ainsi une couleur inédite à l’album qui n’avait pas encore autant mis en avant cette influence. Plusieurs titres mid-tempo servent de mortier entre ces différents éléments, et constituent des pièces imposantes, dont l’épaisseur est décuplée par le ralentissement des tempi : « Spin » est un véritable tour de force, tout comme le plus progressif et syncopé « One Rule », sans doute plus difficile d’accès.

Sous le kiosque céleste, la fiesta électrique s’achève sous les applaudissements nourris des angelots pour qui la beauté pure, bien que monnaie courante, se doit d’être dignement saluée. Sous les vivats et les hourras, Helge Engelke et ses camarades en tournée jusqu’au plus haut des cieux, s’inclinent, rangent leur barda et s’en retournent sur le plancher des vaches, puisque leur œuvre n’est pas encore achevée. Savent-ils, ont-ils conscience de proposer une musique à la saveur unique, sur la Terre comme au ciel ? Sur ces considérations, je m’en vais trinquer avec une poignée de rockers disparus trop tôt, juste à temps ou indéniablement trop tard, un large sourire me barrant le visage, provoqué par la certitude absolue que, sur Terre aussi, les anges savent brancher les amplis et chanter dans un micro.

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   GEGERS

 
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- Olaf Senkbeil (chant)
- Helge Engelke (guitare, batterie)
- Torsten Luederwaldt (claviers)
- Lars Lehmann (basse)


1. Stop Being Deep
2. Spin
3. Around
4. Ni Dos Ni Agua
5. All Of Us
6. Merciless Sun
7. Dawn, 8. One Rule
8. Drop The Curtain
9. A Fairy Prank
10. For The Fairies
11. Leisure Saints



             



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