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The FALL - Hex Enduction Hour (1982)
Par K-ZEN le 11 Janvier 2024          Consultée 286 fois

[… Et le revoilà, deux ans et quelques plus tard. En heures, ça commence à faire un paquet, surtout dans ce fumoir où les cigares sont légion. Un jean-foutre, Cruchot ! Vous m’entendez ?]

1981 constitua une année de profonds développements et changements pour The FALL. Après le parcours des États-Unis dans le cadre d’une tournée et la réalisation de l’E.P controversé Slates, ils clôturent définitivement le compliqué chapitre Rough Trade, signant sur Kamera Records, label à l’atmosphère positive et tenu par des rockers à l’ancienne, élément que SMITH apprécie. Ils sont ensuite invités en Islande courant septembre à l’initiative du musicien Einar ÖRN. Ils y réalisent quelques concerts et gravent trois titres aux studios Hljóðriti. L’expérience marqua SMITH, notamment les poètes locaux, proposant des monologues de dix heures en islandais avec instruments traditionnels, explication à retrouver dans Renegade.

Ces morceaux nordiques au son si particulier – et pour cause, les murs de ce studio étant constitués de lave – seront inclus au matériel compilé sur Hex Enduction Hour, quatrième – et non sixième ! – album studio envoyé par The FALL et premier en cette année 1982 décidément bien chargée pour lui, une galaxie sombre et parallèle décrite assez justement par Mark STORACE, chanteur de KROKUS. Le reste de l’album fut enregistré à Hitchin, dans le Cinema Regal.

Hex est une véritable mise en danger pour SMITH comme il le confirma à posteriori en 2008 : c’était probablement la première fois que j’allais sur un terrain où je serais seul avec mes idées. Et pour cause, puisqu’il était à l’origine prévu qu’il n’y ait pas de successeur ! Afin d’explorer ce nouveau territoire sans être dans l’obscurité la plus totale, le groupe rappelle le producteur Richard Mazda, avec lequel il avait travaillé sur le single Lie Dream of a Casino Soul mais réintègre également Karl BURNS, sans toutefois que le jeune Paul HANLEY ne soit renvoyé, initiant ainsi une composition à deux batteurs ! Une section rythmique surpuissante où la basse joue toujours le rôle de charpente et d’entrée en action sur le manifeste "The Classical", dont l’ironie du titre se fait mordante.

Figurant à la 38ème place du Top 50 festif de John Peel, pris en sandwich entre "All Along the Watchtower" de Jimi HENDRIX et "New Rose" des DAMNED, la chanson intronise une véritable politique de la terre brûlée concernant tout ce qui a précédé, son aura ayant depuis dépassé les sulfureuses lignes d’ouverture – une critique des quotas ethniques – leur ayant apparemment coûté un contrat avec la Motown d’après la légende. Lyriquement est ici exprimée la vacuité de la culture populaire anglaise et sa dominance londonienne, les charts inondés de pop dite romantique en prenant pour leur grade : trop de romantiques ici, je déteste les romantiques, acteurs, tuez-les, tuez-les !.

L’establishment et ses bastions ne sont pas en reste. La BBC est assimilée à une forteresse nazie sur le nauséeux "Who Makes the Nazis ?", "Mere Pseud Mag. Ed." attaque la presse musicale trop nombriliste et apte à retourner sa veste trop facilement, critique se poursuivant non loin sur "Fortress/Deer Park", introduit par le son du Casio-VL-Tone, un synthé révolutionnaire disponible à l’époque pour un prix modique et dont l’emploi est ici tout à fait ironique, et référençant la première nouvelle de Colin Wilson Ritual in the Dark écrite en 1949 mais seulement publiée en 1960.

Ailleurs, des fables à insomnier debout ("Jawbone and the Air-Rifle" où figurent un chasseur dans un cimetière, un maxillaire ensorcelé et une île infectée par l’anthrax, la suite "Winter" ou encore "Iceland", improvisation relatant l’expérience de SMITH en Islande) ainsi que l’alimentation de la propre mythologie des FALL via la chanson-pivot "Hip Priest" que Rolling Stone qualifia de post-punk hip hop, dans laquelle SMITH démontre qu’il est bien conscient de sa place centrale sur l’échiquier musical : Tous les jeunes groupes savent, ils peuvent imiter mais j’enseigne. Plus tendu qu’un barbelé, le titre fut utilisé dans le climax du Silence des Agneaux, fameux film réalisé par Jonathan Demme et tiré du best-seller littéraire éponyme.

Hex Enduction Hour se termine dans le fracas foudroyant asséné par "And This Day", réduction à 10 minutes d’une jam qui en comptait 25 à la base. Son ultime sentence Partout aucun putain de répit pour nous est un mantra parfait que peut se réapproprier l’auditeur à l’envi, ce dernier notant aussi judicieusement que l’album bloque le compteur à une heure pile-poil, comme le confirment trois inscriptions sur une jaquette foutraque conçue par SMITH, autant d’indices hiéroglyphiques sur le contenu négligemment semés. La chaîne de magasins HMV refusera d’afficher cette couverture, argumentant que cela suggère beaucoup trop un mur de toilettes, réaction finalement similaire à Decca concernant la jaquette produite pour Beggars Banquet, album des ROLLING STONES publié en 1968.

Les critiques sont unanimes. Colin Irwin écrit dans Melody Maker qu’il adore ce disque même s’il a passé deux nuits à essayer de décrypter son titre. Le public est du même avis, le maintenant trois semaines dans les charts anglais. SMITH fut étonné de cet accueil alors qu’il trouvait cet album moins accessible que le précédent, où l’influence du VELVET UNDERGROUND, CAPTAIN BEEFHEART et CAN se faisait extrêmement prégnante.

Jamais The FALL n’avait été aussi proche de devenir un groupe à succès. Que faire après cela ? Richard Cook résume parfaitement ce problème dans NME : Le dilemme semble maintenant résider en l’endroit où SMITH voudrait amener les FALL sans toutefois casser ce qu’il vient d’accomplir. Répéter rapidement la formule structurant Hex alors ? Plutôt ne pas la répéter du tout. Et chercher une nouvelle pièce à vivre, confortable mais toujours dangereuse.

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- Mark E. Smith (chant, bandes, guitare)
- Steve Hanley (basse, chœurs)
- Marc Riley (piano, guitare, claviers, banjo, chœurs)
- Craig Scanlon (guitare, piano, chœurs)
- Paul Hanley (batterie, guitare)
- Karl Burns (batterie, bandes, chœurs)
- Kay Carroll (percussions, chœurs)


1. The Classical
2. Jawbone And The Air-rifle
3. Hip Priest
4. Fortress/deer Park
5. Mere Pseud Mag. Ed.
6. Winter (hostel-maxi)
7. Winter 2
8. Just Step S’ways
9. Who Makes The Nazis ?
10. Iceland
11. And This Day



             



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