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THE FALL - Live At The Witch Trials (1979)
Par K-ZEN le 28 Août 2020          Consultée 275 fois

Longtemps, j’ai cru que le premier album des FALL était un live. Live At The Witch Trials. Ça sonnait bien, en direct du procès des sorcières, de Salem ou d’ailleurs, peut-être qu’un stade ou une salle de concert s’appelait ainsi à l’époque, voire encore aujourd’hui.

Pourtant, j’ai dû me rendre à l’évidence. Ceci n’est absolument pas un album live. C’est le premier contre-pied du leader et tête-pensante du collectif FALL, ce bon vieux Mark E. SMITH, dont l’année de naissance coïncide avec la date de sortie de La Chute d’Albert Camus, ouvrage auquel le groupe a emprunté son patronyme. Moins connu que l’Etranger ou la Peste – surtout en ce moment –, cette nouvelle prend la forme d’un long monologue, la confession d’un homme à un autre. Jean-Baptiste Clamence y décrit son dégoût progressif pour sa nature et toutes les mauvaises actions lui revenant en mémoire et ayant balisé sa vie, dont une a fait office de déclic et ainsi de point de départ de sa "chute" : son indifférence vis-à-vis du suicide d’une femme à Paris. Il y a du Clamence indéniablement dans les textes féroces de SMITH, qui ne se gêne pas pour pointer du doigt tout ce qui lui déplait dans la société. Un récit qui colle finalement assez remarquablement au tempérament général des FALL : singulier avec de régulières sautes d’humeur.

La première minute de "Crap Rap 2" se charge de faire les présentations : "nous sommes les FALL. Des petites merdes du Nord qui rétorquent. Ne nous baisez pas. Nous sommes des étoiles glaciales". Un parfait ice-breaker.

Le groupe, comme une bonne centaine d’autres, s’est formé après le deuxième show des SEX PISTOLS au Free Trade Hall de Manchester en Juillet 1976, auquel SMITH assista en compagnie du guitariste Martin BRAMAH et du bassiste Tony FRIEL. Avant d’enregistrer leur premier album studio, les Anglais ont pas mal bourlingué, subissant déjà une mutation en 1978 avec les départs de FRIEL et de Una BAINES, la petite amie de SMITH qui était aux claviers, et passant par la case Peel Sessions et une bonne dizaine de concerts. Des titres que l’on retrouve sur le disque bonus de cette réédition par Castle Music, avec notamment un live à Liverpool en 1978.

Sorti en 1979, Witch Trials a suivi son propre cheminement et sa propre maturation. Il s’agit d’un album punk, sans le moindre doute. Quoique. Le titre éponyme, cet angoissant canular d’une minute sous forme de manifeste d’intention sème le doute. Est-ce la nouvelle pirouette d’un gars qui, ayant VAN DER GRAAF GENERATOR et les GROUNDHOGS dans sa collection de disques, affirme "je crois encore au rock n’roll dream " ? Ou le refus de se laisser enfermer dans un carcan puisque de toute façon il a "toujours un coup d’avance sur nous" ? Peut-être n’est-ce juste qu’une constatation. Celle comme il l’affirme, "qu’on était dans le rock, on le faisait bien mais avec une attitude différente", les énergiques "Underground Medecin ", "Futures And Pasts" ou le second single "It’s The New Thing" peuvent en attester. Comme une accréditation de la thèse asseyant le punk comme une nouvelle vague rock n’roll, rassérénée et régénérée 20 ans plus tard avec un nouvel état d’esprit.

Cet opus cru et abrasif, enregistré en un jour, est complété par des titres bonus tirés des premiers concerts, aux qualités pas très débordantes et au son moyen, mais également par le premier E.P Bingo-Master’s Break-Out ! contenant "Repetition", une composition dont je ne suis pas fan, mais cependant assez emblématique pour contenir en son sein la philosophie musicale du groupe. "We've repetition in the music, and we're never going to lose it" soit "nous avons de la répétition dans notre musique et nous ne la perdrons jamais". Le critique Ian Wood s’est montré pour le moins dithyrambique avec cette composition la qualifiant de "classique mancunien pour rivaliser avec Boredom des BUZZCOCKS". C’est cet aspect à la fois métronomique et météoritique qui va rendre la musique du groupe décisive.

Sur Witch Trials sont déjà présentes ces lignes de basse minimales et pourtant monumentales, parfaites assises rythmiques. Celle de "Rebellious Jukebox", hymne imparable et sans doute meilleur titre de la galette, reste incrustée dans la tête. On a aussi cet énorme son de batterie, avec un musicien, Karl BURNS, qui a joué pour des groupes de heavy metal. Ce petit piano électrique un peu cheap, comme une fine pincée de sel sur une viande fameuse. Et le style inimitable de Mark E. SMITH pour compléter tout cela, aux vocalises entre vociférations et apostrophes.

Certains titres s’étirent parfois déjà sur des durées conséquentes et anormales pour un groupe punk. Près d’un quart d’heure au cumulé pour les radicaux "Music Scene" et "Various Times", des morceaux qui s’imposent comme des pièces maîtresses et résonnent à l’instar d’autres titres ambitieux du punk comme " Justice Tonight" des CLASH ou "Theme" des PIL. Le second nommé inaugure également sur son refrain la voix de canard qu’on plume de SMITH que l’on retrouvera régulièrement par la suite.

Sur le plan des champs lexicaux, comme SMITH le fait remarquer, "il y a des drogues dans les chansons". Les amphétamines, seul et piégé dans les chiottes de ce bar qui vient de fermer. Bienvenue dans "Frightened ", parfaite ouverture et chanson écrite par Marko à 16 ans, une version ralentie de "Steppin’ Stone" des MONKEES, qui sera d’ailleurs magistralement reprise par les SEX PISTOLS. Plus loin, place aux hallucinogènes dans le très krautrock "Two Steps Back" où on préfère les "champignons des champs aux fabriques d’acide". Le timbré "No Xmas For John Quays" brosse, habilement dissimulé derrière son intitulé astucieux, un portrait de junkies. Mais la critique sociale n’est jamais très loin entre les substances : le cinglant "Industrial Estate" cite les travailleurs ordinaires tout en ironie, qui une fois rentrés s’envoient des doses de valium pour "oublier que leur patron leur pique tout leur salaire".

Alors, où est la sorcière ? Pendue en haut de cet arbre dont on aperçoit la souche ? Au loin, la lande désertique, inquiétante. Un ciel blanc laiteux, lardé de ses caractères mauves, presque grotesques tellement ils sont pompiers et gigantesques. Un buisson qui ressemble à un requin. Et 2 arbres à l’horizon qui se font face. Comme la musique du groupe qui, finalement, n’a pas encore véritablement choisi entre punk et post-punk. Sans doute un peu trop arty pour les premiers, trop abrasif pour les seconds. "Toujours différents, toujours les mêmes" les a un jour décrits un critique. Le train est en route. Prochain arrêt, dans moins d’un an : la toile d’araignée emprisonnant la station "Dragnet".

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- Mark E. Smith (chant)
- Martin Bramah (guitare)
- Tony Friel (basse)
- Marc Riley (basse)
- Una Baines (piano électrique)
- Yvonne Pawlett (piano électrique)
- Karl Burns (batterie)


1. Frightened
2. Crap Rap 2/ Like To Blow
3. Rebellious Jukebox
4. No Xmas For John Quays
5. Mother-sister!
6. Industrial Estate
7. Underground Medecin
8. Two Steps Back
9. Live At The Witch Trials
10. Futures And Pasts
11. Music Scene
12. Bingo-master's Break-out!
13. Psycho Mafia
14. Repetition
15. It's The New Thing
16. Various Times
17. Dresden Dolls
18. Psycho Mafia
19. Industrial Estate
20. Stepping Out
21. Last Orders

1. Rebellious Jukebox (bbc Session)
2. Mother-sister! (bbc Session)
3. Industrial Estate (bbc Session)
4. Futures And Pasts (bbc Session)
5. Put Away (bbc Session)
6. Mess Of My (bbc Session)
7. No Xmas For John Key (bbc Session)
8. Like To Blow (bbc Session)
9. Like To Blow (liverpool '78)
10. Stepping Out (liverpool '78)
11. Two Steps Back (liverpool '78)
12. Mess Of My (liverpool '78)
13. It's The New Thing (liverpool '78)
14. Various Times (liverpool '78)
15. Bingo-master's Break-out! (liverpool '78)
16. Frightened (liverpool '78)
17. Industrial Estate (liverpool '78)
18. Psycho Mafia (liverpool '78)
19. Music Scene (liverpool '78)
20. Mother-sister! (liverpool '78)



             



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