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The FALL - Dragnet (1979)
Par K-ZEN le 10 Janvier 2021          Consultée 117 fois

Mark E. SMITH était peu dithyrambique sur le travail déjà accompli, estimant que le groupe « était dans la mauvaise direction avec ce qu’il faisait » et voulait « liquider cette image prétentieuse » qui leur collait à la peau. Un point de vue plutôt punk, éminemment provocateur mais dénotant aussi d’une ambition certaine pour The FALL. A l’opposée, pourtant, les critiques étaient élogieuses. Le groupe était encensé, autant pour sa musique que pour son adressage dans l’échiquier de l’époque : ils avaient opéré entre punk, power pop et new wave, faisant leurs preuves. Et alors qu’à ce moment 2-Tone et Revival Mod montaient irrésistiblement en Angleterre, The FALL se tenait en dehors et au-delà.

Le concert « The Gig Of The Century » du 25 Mars 1979 où ils partagèrent l’affiche avec STIFF LITTLE FINGERS, GANG of FOUR, The HUMAN LEAGUE, MEKONS et The GOOD MISSIONARIES – groupe dans lequel officiait Mark PERRY, éditeur du fameux fanzine Sniffin’ Glue – entérina ce constat. Un concert tumultueux – interrompu par un envahissement de la scène – et théâtre des premières esquisses de "A Figure Walks" et "Before The Moon Falls". Présent, le critique Charles Shaar Murray déclara ainsi « The FALL était le groupe le plus inorthodoxe de l’affiche. Ils sonnaient moins comme les CLASH que n’importe qui d’autre, excepté The HUMAN LEAGUE. Ils sont différents ».

Si le premier jet vous semblait rebutant, que dire de celui-ci ? Dragnet signifie « rafle », intitulé pouvant revêtir certaine connotation sulfureuse. Le terme figurait aussi dans la publicité pleine de hargne corrosive pour ce nouvel album : « Les FALL sont de retour. Toujours aussi talentueux. Pas teintés. Rafle. Toi pop-stock, moi Smith ». Comme pour « attraper les gens » au vol dixit SMITH, le son ayant subi une mutation, le public visé doit aussi nécessairement changer. Peut-être est-ce cela finalement, cette vitrine désignée par Tina Prior : un innocent papillon piégé dans les filets indestructibles d’une araignée. Une sorcière abandonnée sur un bûcher, en sacrifice, au cœur de la gueule d’un lion. Witch Trials est mort, vive Witch Trials ! Et place à des idées neuves.

Sorti le 26 Octobre 1979, le disque a été enregistré plutôt vite, comparativement à l’album précédent. Pourtant, le contexte était difficile, avec déjà un important turnover, un constat qui deviendra une norme tout au long de la carrière de The FALL.

Le départ de Martin BRAMAH, à l’influence quasi-égale à celle de SMITH, a ainsi été officialisé en Avril 1979 pour « divergences personnelles et musicales ». Pour le remplacer, deux futurs fidèles lieutenants des FALL : le guitariste Craig SCANLON (typographié SCANLAN dans les crédits) et le bassiste Steve HANLEY. D’autre part, Marc RILEY passe aux guitares tandis que Mike LEIGH suppléé Karl BURNS à la batterie. Le groupe est presqu’entièrement renouvelé.

Dans cette mouture, la bande s’embarque pour des tournées. Son exposition se renforce à mesure que les autres géants du punk se désagrègent ou trahissent les idéaux du mouvement. Les SEX PISTOLS sont morts, les BUZZCOCKS sont épuisés, les CLASH s’américanisent au contact de Sandy PEARLMAN, producteur de leur second album, et de leur première tournée chez l’Oncle Sam pour défendre l’enregistrement.

En Août, The FALL sort un nouveau single, "Rowche Rumble", aux allures de maison des horreurs, une ode à l’industrie pharmaceutique suisse Hoffman La Roche. Le titre est couplé à "In My Area", parfait instantané sur la montée et la chute désenchantée dans la foulée du mouvement punk. Un morceau plus calme en apparence mais illustrant aussi au vitriol la relation amour-haine de SMITH avec ses anciens acolytes ou même la presse spécialisée. Single épitaphe pour la claviériste Yvonne PAWLETT qui quitte le navire dans le même mouvement. Sur la réédition CD, vous trouverez aussi d’autres prises de ces 2 chansons, faux-départs inclus, à écouter jusqu’à parfaite lobotomie.

Dragnet est un ensemble cryptique. Les thèmes évoquent pêle-mêle « psychique, showbiz, chances, criminels, prisons, résultats de la Guerre de Boer, pop, blagues cruelles, paranoïa, stimulants, démons… ». C’est une expédition dans une mine de charbon, dangereuse, où les sens et notamment l’ouïe semblent nous abandonner. A moins que ce ne soit cet enregistrement lo-fi atone où l’inexpérience et l’amateurisme de Grant Showbiz transparaissent assez nettement. Il culmine sur le climax flippant "Spectre Vs Rector", réponse à la no-wave muni de musique concrète dans son équipement. La chanson a été enregistrée dans un entrepôt avec des échos sur les vocaux. Baignant dans ce bain de smog psychédélique, SMITH, semblant sous l’effet d’amphétamines ou de quelque drogue amplifiant son écriture automatique, évoque la créature de cauchemar Yog-Sothoth issue de l’imaginaire de Lovecraft. "A Figure Walks", "écrit lors d’un retour à la maison avec un anorak qui baissait ma vision de 60% » dixit SMITH, est tout aussi paranoïaque, sorte de "Set The Controls For The Heart Of The Sun" des FALL, un krautrock des cavernes cuit à l’étouffée, lentement. "Muzorewi’s Daughter" est encore plus insoutenable, avec ses revirements épuisants et les ponctuations carnassières du chanteur.

Plus conventionnel, « Psykick Dancehall » se veut une tentative commerciale d’interface accessible. SMITH y évoque la postérité dans le rock’n’roll et les gens qui continueront de « danser sur ses vagues » une fois qu’il sera « mort et enterré ». « Printhead » et « Dice Man » sont deux punk songs rentre-dedans, la seconde cultivant un aspect plus rockabilly et tirant son patronyme du livre de George Cockcroft dépeignant un homme interrogeant un dé pour décider de ses actions. Plus mystérieux et introspectif, « Before The Moon Falls » est mon doudou, un excellent tube, idéal pour exercer sa lycanthropie par une nuit claire.

Dragnet est mieux accueilli encore que Witch Trials, Rolling Stone le jugeant « dense et dissonant ». Mais déjà "Fiery Jack", nouveau single calibré new wave, confirme ce que les effluves folk de "Flat Of Angles" laissaient entrevoir : le début d’une nouvelle aventure dans la décade 80, avec la volonté de Geoff Travis de signer le groupe chez Rough Trade. Le train du grotesque n’attend pas.

3.5/5

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- Mark E. Smith (chant, piano électrique, kazoo, bandes)
- Steve Hanley (basse, chœurs)
- Marc Riley (guitares électrique et acoustique, chœurs)
- Craig « Scanlan » Scanlon (guitare électrique, piano électrique, kazoo, bande)
- Mike Leigh (batterie)
- Kay « Mrs. Horace Sullivan » Carroll (chœurs)
- Yvonne Pawlett (claviers sur « rowche rumble » et « in my area »)


1. Psykick Dancehall
2. A Figure Walks
3. Printhead
4. Dice Man
5. Before The Moon Falls
6. Your Heart Out
7. Muzorewi’s Daughter
8. Flat Of Angles
9. Choc-stock
10. Spectre Vs Rector
11. Put Away
12. Rowche Rumble
13. In My Area
14. Fiery Jack
15. 2nd Dark Age
16. Psykick Dancehall (no. 2)
17. Rowche Rumble (take 2)
18. Rowche Rumble (take 3)
19. Rowche Rumble (take 4)
20. Rowche Rumble (take 5)
21. In My Area (take 1)
22. In My Area (take 2)



             



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