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POST PUNK FOU ET DANSANT  |  COMPILATION

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The FALL - 50 000 Fall Fans Can’t Be Wrong (2004)
Par NOSFERATU le 14 Décembre 2020          Consultée 311 fois

La discographie de THE FALL est gigantesque, démontrant la densité créatrice de son instigateur, le ténébreux Mark E. Smith. Pas loin de 100000 disques impossibles à chroniquer sur un site généraliste comme Forces Parallèles, à part si le valeureux k zen veut se lancer. 50 000... est la première, là aussi, des compilations de ce crucial groupe post-punk, il en existe par wagons entiers. Celle-ci a été concoctée par un des 50 000 fans de ce combo hors-norme, le journaliste et auteur Daryl Easlea en 2004, époque alors marquée par un revival post-punk du genre de RADIO FOUR, qui a aussi écrit les notes de la pochette. Le groupe a ainsi parodié le 50 000 000 Elvis fans d’Elvis, sorti en 59 et montrant l’esprit totalement punk inséparable du groupe. Coté parodique par l’image démultipliée du leader, le pilier de bar Mark E. Smith avec un affreux pull, qui donne à la fois un aspect banal et étrange à ce bonhomme, l’anti-sex symbol (cette tronche de cinglé qu’il avait !) par rapport au beau ELVIS. En 2018, au moins 3000 titres ont été ajoutés mais on ne chronique ici que la compil' originelle qui offre un bon panorama de ce combo malade. Dans tous les cas de figure, une bonne rétrospective de la carrière hors des sentiers battus de THE FALL, du moins jusqu’en 2004.
Parler de l’influence de THE FALL est proprement abyssal. Il y a ceux qui revendiquent l’héritage bruitiste américain, BIG BLACK , BUTTHOLE SURFERS, SONIC YOUTH ou GIRLS AGAINST BOYS en tête, d’ailleurs vomis au début des années 90 par un Mark E. Smith certainement jaloux des succès alternatifs de ces derniers. Plus localement, il existe la descendance plus pop assumée par les filles d’ELASTICA, les rigolos d’HAPPYS MONDAYS ou les « glammers » de SUEDE durant les années 90. A la même époque, PIXIES et PAVEMENT en retiennent aussi la substantifique moëlle, à la fois noisy et pop. Sans parler des revivalistes des années 2000, les très bons LCD SOUNDSYSTEM (pour le coup les moins « revivals » du lot) en premier.

Tout commence à Manchester en cette fin particulièrement pluvieuse des « seventies ». A l’origine, un jeune homme malingre lecteur de Lovecraft, qui porte les mêmes habits tristounets depuis l’âge de 16 ans, hésitant dans ses goûts entre le rock' n' roll des fifties et le heavy métal à la BLACK SABBATH. Puis, en 76, comme l’affirme Dave Thompson : « Mark E. Smith n'a pas rencontré le punk-rock. C'est le punk-rock qui l'a rencontré ». En fait, il tombe sur un concert des excellents et locaux BUZZCOKS. Il en ressort fasciné par la violence et les mélodies simples proposées par ses compatriotes. Parallèlement, il s’entiche du krautrock, du VELVET UNDERGROUND, des STOOGES, de CAPTAIN BEEFHEART, bref de tout le rock détraqué des années 70.
La potion magique est en place. Il crée rapidement un groupe avec des individus ayant les mèmes affinités aventureuses que lui. D'autant plus qu'il affirmera plus tard, péremptoirement, qu'il n'y avait rien à Manchester, d'où l'idée judicieuse de créer le gang ultime. La formation se baptise The Fall, d'après le roman La Chute de Camus que ses membres adulent. Manchester, le Royaume Uni, la vie sont des absurdités en soit pour Mr Smith, donc autant rebâtir le rock. PLus qu'un exutoire, un sacerdoce.
Le premier show a lieu dans un local loué par le label de Factory Records, l’année de la vague punk en mai 77. Local fréquenté aussi par un autre groupe noir de noir, JOY DIVISION. Mark E. Smith les déteste cordialement (comme il hait tous les autres groupes, même s’ils ont les mêmes influences que lui) et la bande à Ian Curtis le lui rend bien. Car tous ces gens gris préparent le son du futur qui va donner naissance à l'après-punk, empruntant l’énergie farouche des épinglés à nourrice et les expérimentations ardues du « krautrock ». Tous se disputent alors le leadership de ce courant fondamental.
Rapidement, le fameux D.J John Peel, découvreur des talents du rock « rosbif », rapidement fan devant l’éternel, diffuse leurs titres. Mais Mr Smith, éternel râleur, qui n’ira jamais au sénat américain (oui c’est nul mais bon j’avais envie de l’écrire !) impose sa dictature taciturne, virant comme il les appelle ses pantins, surtout lorsque ces derniers lui proposent des compositions un poil trop commerciales à ses yeux. Il est tellement insupportable qu’en 1980 il ne reste que lui comme membre originel, lui et ses habits du gamin renfrogné de 16 ans. Sauf que cette année, il tombe amoureux d’une infirmière psychiatrique (normal, il est fou), une certaine Kay Carroll, qui devient un peu son tranquillisant, mais aussi manageuse du groupe, et qui l’oriente vers d’autres voies moins cataclysmiques et plus créatives. Et c’est une autre compagne, Brix Smith, qui devient la seconde guitariste et emmène le groupe vers les mélodies pop sixties. En fait il n’y a que les femmes qui font changer notre patibulaire Mark. Son groupe obtient même quelques succès à partir de 1986, tranchant toutefois avec la new-wave synthétique de l’époque.
Mais à partir de 1988, Bramah, membre fondateur exclu en 1979, la remplace et marque un retour vers des morceaux plus déviants. Bon j’arrête là l'historique, surtout par flemme, mais en gros la carrière de THE FALL, ce sont surtout des allées et venues de musiciens qui ponctuent l'histoire de ce combo bizarre avec toujours l’omniscience de l’ivrogne Mark Smith râlant après la terre entière et surtout après lui-même.

Au départ, ce qui interpelle nos oreilles, ce sont des sonorités montrant l’influence du garage-rock pour ce genre de compositions qui paraissent à la ramasse. Mais cet amateurisme est doublé d’une créativité qui renvoie aux groupes allemands des années 70, du moins les trucs barrés à la FAUST. Puis, le combo apporte une touche « teen pop » qui contraste fortement avec l’apparent chaos se dégageant de la plupart des compos. Cette chrysalide se réalise avec la série presque parfaite d’albums de The Fall au milieu des années 80, de Hex Enduction Hour (1982) à Bend Sinisterde sorti en 1986.
Avec PUBLIC IMAGED, on retrouve le même souci d’expérimenter mais pas de trace de dub' ici, pas de noirceur protogothique à la JOY, pas de fièvre pré-hardcore à la WIRE, mais une facette pop déglinguée qui dénote avec ses valeureux concurrents de « l’after punk ».
Deux aspects se distinguent, l’un montrant les débuts plutôt chaotiques du post-kraut revu par l’énergie du punk, mais aussi vers les années 2000, et l’autre dévoilant une orientation pop dansante salement dégénérée.
Le premier angle montre une facette rêche avec le lancinant "Repetition",le punk dérangé de "Industrial Estate", le grésillant "Fiery Jack" avec sa mélodie ensorcelante. "Pole Art Theat" est quasi noise-rock dans sa construction, THE FALL donnant ici une leçon de rock' n' roll aux artys de la « no wave » contemporaine new-yorkaise. "No Bulbs" marche sur les plates-bandes d’un NEU qui aurait vécu en Angleterre. "Crop-Dust" joue sur la lourdeur et la répétition. L’expérimental "Green Eyed Loco-Man" est une version moderne du rock spatial de SILVER APPLES.
De ce coté post-punk rude, on distingue cinq morceaux frappadingues au-dessus du panier. D’abord "Rowche Rumble" avec son orgue crade répétitif qui donne le tournis. THE FALL sonne ici comme une sorte de VELVET manchesterien. On louche vers le noise-rock américain qui va pas tarder à émerger. Un must, repris plus tard évidemment de façon sauvage par SONIC YOUTH. Ensuite, le jerk déglingué et sautillant de "Lie Dream Of A Casino Soul", similaire à "Rowche Rumble", ressemble à un GUN CLUB qui serait né au Royaume-Uni. "Hip Priest" ,ballade ultra-comateuse, se transforme en un PINK FLOYD de la première époque, bouffé par le punk au milieu, et finit par le son d'une inquiétante basse. "Mr Pharmacist" dénote comme du MONKS, avec son mémorable refrain complètement décalé. Enfin, "Free Range" préfigure les travaux électro-punk du savant fou James MURPHY dans le laboratoire LCD SOUNDSYSTEM.
On est mal dans sa tronche et on danse. A ce niveau plus « dance » dans l’esprit, la bande à Mark Smith est bien plus excitante, à nos yeux, que les jérémiades « synth cold funk dépressive » de NEW ORDER. Prenez "C.R.E.E.P.", c’est presque du HAPPY MONDAYS (des suiveurs locaux ?) à l’écoute, avec des chœurs féminins sixties en bonus. "Hit The North" illustre la folie « mandchesterienne » comme on disait à la toute fin des années 80. "Masquerade" est une expérience « technoïde », de même que "Susan Vs Youthclub".

Ce que l’on retient, c’est évidemment ce chant unique de poivrot punk similaire, surtout à ses débuts, à John Lydon de PUBLIC IMAGED. Un chant montrant l'esprit acerbe du personnage se foutant de la terre entière. Mais sur "Victoria", Mark chante réellement, il en est même émouvant.
Concluons par cette phrase de John Peel qui les défendait donc bec et ongles : « Ils sont toujours différents, ils sont toujours pareils ». La marque des très grands peut-être.

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- Mark E Smith (chant)
- Et Les Autres ...


1. Repetition
2. Industrial Estate
3. Rowche Rumble
4. Fiery Jack
5. How I Wrote 'elastic Man
6. Totally Wired
7. New Face In Hell
8. Prole Art Threat
9. Lie Dream Of A Casino Soul
10. The Classical
11. Hip Priest
12. The Man Whose Head Expanded
13. Kicker Conspiracy
14. Eat Y'self Fitter
15. C.r.e.e.p.
16. No Bulbs
17. Spoilt Victorian Child
18. Cruiser's Creek
19. U.s. 80's-90's
20. Mr Pharmacist
21. Living Too Late
22. Hey! Luciani :
23. There's A Ghost In My House
24. Victoria
25. Telephone Thing
26. High Tension Line
27. Free Range
28. Why Are People Grudgeful ?
29. Behind The Counter
30. M5
31. Feeling Numb
32. The Chiselers
33. Powder Keg
34. Masquerade
35. Touch Sensitive
36. Crop-dust
37. Susan Vs Youthclub
38. Green Eyed Loco-man



             



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