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- Style : Justice

DAFT PUNK - Random Access Memories (2013)
Par A.T.N. le 17 Juin 2013          Consultée 6365 fois

Quelqu'un peu informé du buzz, tombant par hasard sur les fins balais de l'exquis "The Game of Love", ou sur la guitare élégante de "Beyond", ne pourrait jamais deviner de qui il s'agit (jusqu'au vocoder, qui donne un indice...). En cela, c'est déjà une prouesse.

A la base, je ne suis pas fan de DAFT PUNK. Les gimmicks simplets qui se répètent sans variation mélodique, même sur le dancefloor ivre mort à 3 heures du matin, ça me bourre le mou. "Around the World" m'attrape pendant 1 minute, mais cette litanie sur 7 minutes c'est l'ennui suprême. Excellents ingénieurs, piètres compositeurs. Leurs morceaux ont cependant le mérite d'avoir installé un "son" très identifiable dans le paysage musical.

Alors pourquoi ces 4 étoiles ? Qu'est-ce qui a changé ? Rien. Et tout.
Rien : les mélodies sont peu inventives.
Tout : ce sont des musiciens qui jouent. Et des bons, des vrais, des grands.

Random Access Memories (super titre) marque un saut dans l'ambition de ces techniciens qui se retrouvaient "comme des magiciens dont tout le monde connaît les tours" (sic) depuis l'avènement des home-studios et de la possibilité pour M. Tout-le-Monde de produire de la musique dansante à domicile.

Retrouver la classe de la production de Thriller ou Off the Wall ? Sonner comme du Stevie WONDER ? Evoquer la pop baroque de Phantom of the Paradise ? Faire danser comme du CHIC ? Tout en restant DAFT ? Un casse-gueule évident. La garantie du kitsch ou du pastiche.

Pourtant, c'est très réussi. Thomas et Guy-Manuel sont allés au bout de leur idée, et rien que cela mérite une admiration béate. Rendre hommage, imiter, tant d'artistes s'y collent chaque semaine. Eux ont pris leur temps, convoqué les artisans du son des albums qu'ils ont adoré, et mieux : ils leur ont demandé de co-écrire certains morceaux. On retrouve donc des musicos de JACKSON, le gratteux du fameux "Le Freak c'est Chic", le bassiste de Barry WHITE (ah ce jeu sur "The Game of Love" !), entre autres.

Pour le dancefloor, c'est Nile RODGERS et ses cocottes qui s'y collent, guitare et co-écriture, pour "Get Lucky", "Lose Yourself to Dance" et "Give Life back to Music" (quelle ouverture !). Le son est monstrueux, et le manque de break/couplets (ce fameux côté répétitif qui d'ordinaire me gonfle) se fait oublier par la force des morceaux (sauf pour "Lose Yourself..." qui ne tient pas du tout la longueur). "Get Lucky" est hallucinant d'évidence, de simplicité, d'adhésion immédiate. On dansera encore dessus dans 30 ans ! Buzz mondial archi-mérité, synthèse parfaite, mélodie imparable, addiction obligatoire.

L'ambition dingue, elle, se manifeste dans les deux longues pistes "Giorgio Moroder" et "Touch", longues, symphoniques, variées et invitant au voyage au travers l'hommage aux années 70, celles de Midnight Express et de Phantom of the Paradise. Violons et chœurs, ou trio déchaîné basse/batterie/clavier, toutes les atmosphères y passent et nos oreilles font le lien entre ces Maîtres (Giorgio, donc, ou Paul Williams) et ces princes versaillais de l'électro qui leur doivent tant. C'est beau d'avoir osé des morceaux pareils.

Ceux qui savent écrire des mélodies (GONZALES ou Julian CASABLANCAS) sont réquisitionnés pour mettre une respiration pop dans ce voyage dans l'histoire des dernières décennies. Pour "Within" c'est raté : le génie de GONZALES est toujours aussi émouvant, mais le flot de ces paroles banales chantées avec vocoder, par-dessus ce piano divin, ça enlaidit pas mal. Alors que "Instant Crush" est vraiment chouette, immédiat, et possède ce fameux équilibre couplet/refrain qui manque souvent dans leur œuvre.

Les pistes moins prenantes (le dispensable "Motherboard", le final "Contact", un gimmick en boucle sans intérêt, très chiant, ou le très très laid "Doing It Right") nous empêchent de hurler au chef d'œuvre.

Et ce putain de vocoder alors ? Il va en parler de ce putain de vocoder ? Oui il est encore assez présent (sauf sur les pistes chantées par Pharell WILLIAMS, excellent dans son rôle). C'est parfois agaçant. Mais ce vocoder incarne aussi la touche identitaire, la continuité de l'opération anonymat : les voix du duo ne doivent pas être reconnaissables. Ces maîtres du marketing ont souhaité poursuivre leur branding jusqu'au bout. Le break de "Get Lucky" en est un exemple. Impossible de reconnaître DAFT PUNK dans ce phénoménal titre funk si on ne le sait pas, sauf pendant le passage en question, où le vocoder associé au rythme appuyé fait penser "eh, mais ce serait pas les Frenchies, là ?". Oui c'est les Frenchies. Et on leur dit merci.

Give life back to music !

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   (4 chroniques)



- Thomas Bangalter, Guy-manuel De Homem-ch (voix, production)
- Panda Bear (voix sur 12)
- Julian Casablancas (voix, guitare sur 5)
- Todd Edwards (voix sur 11)
- Dj Falcon (claviers sur 13)
- Chilly Gonzales (claviers sur 1, piano sur 4)
- Giorgio Moroder (voix sur 3)
- Nile Rodgers (guitare sur 1, 6, 8)
- Paul Williams (voix sur 7)
- Pharrell Williams (voix sur 6, 8)
- Chris Caswell (claviers sur 1–4, 7–11, arrangements)
- Paul Jackson, Jr. (guitare sur 1–3, 7–11)
- Nathan East (basse sur 1–6, 8, 11)
- James Genus (basse sur 3, 7, 9–11, 13)
- John 'j.r.' Robinson (batterie sur 1–6)
- Omar Hakim (batterie sur 3, 7–11, 13)


1. Give Life Back To Music
2. The Game Of Love
3. Giorgio By Moroder
4. Within
5. Instant Crush
6. Lose Yourself To Dance
7. Touch
8. Get Lucky
9. Beyond
10. Motherboard
11. Fragments Of Time
12. Doin' It Right
13. Contact



             



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