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Nicole WILLIS - Happiness In Every Style (2015)
Par LE KINGBEE le 23 Février 2016          Consultée 1004 fois

Native de Brooklyn, Nicole Willis n’a pas, contrairement à ses nombreuses consœurs et collègues, fait ses gammes dans la chorale d’une paroisse. Au milieu des années 80, elle tente sa chance à Londres, intègre divers petits groupes locaux, devient choriste de The The, le groupe de Matt Johnson. On la retrouve ensuite au sein de Repercussions, une formation de Nu Soul, collabore à un single de Curtis Mayfield puis rencontre le jazzman finlandais Jimi Tenor pour plusieurs enregistrements. Si comme le dit l’adage la musique adoucie les mœurs, elle a aussi parfois des conséquences inattendues, puisque Nicole et Jimi ne tardent pas à convoler en justes noces.

A l’orée du nouveau millénaire, Nicole enregistre deux albums qui passent totalement inaperçus, mais avouons qu’il n’y avait pas de quoi sauter au plafond à l’écoute de ces deux purges. C’est en 2005 que Nicole apparait véritablement sur les radars de la nouvelle scène Soul avec « Keep Reachin’ Up », un album scintillant qui la place sur le devant de la scène. Il n’y avait au départ pas de quoi s’extasier : une chanteuse choriste, comme il y en a à la pelle, un saxophoniste très ancré dans le jazz et une troupe de soulmen finlandais adeptes de sonorités vintage. La tendance du moment marquée par un retour à de la Soul sixties voyait l’apparition de nouvelles formations haut de gamme : Sharon Jones & The Dap-Kings, les Sweet Vandals en Espagne, Baby Cher, The Bamboos en Australie. Nicole Willis & The Soul Investigators délivraient donc en 2005 l’un des albums Soul de l’année avec « Keep Reachin’ Up ». Et comme on l’a dit plus haut, la partie était loin d’être gagnée, sans parler de la pochette peu engageante (on y voyait le visage de Nicole agrémentée d’une coiffure à la Mireille Mathieu le tout sur un fond oranger peu engageant), mais l’album possédait quelques pièces sans faille. Le Président Obama utilisait d’ailleurs deux titres de Nicole lors de sa campagne de réélection. Pendant près de deux ans, Nicole allait surfer sur la vague de ce super album avec les titres « Feeling Free », « If This Ain’t Love », « No One’s Gonna Love You » ou « Keep Reachin’ Up », qui rentraient tous de plein fouet sur les ondes des radios.

La suite s’annonçait moins rose avec la sortie en 2013 de « Tortured Soul ». La faute à un répertoire plus intimiste et l’absence de hit capable de faire vendre l’album auprès d’un public lambda. Le label finlandais Timmion Records ne lançait pas son second pavé dans la marre. L’équation chanteuse afro américaine + groupe scandinave vintage ne marchait plus auprès de la critique internationale, probablement moins surprise et plus hermétique face à ce talent.

Avec Happiness In Every Style, Nicole Willis revient un peu vers le répertoire de Keep Reachin’ Up. La cohésion entre les différents membres du groupe est évidente. Chose rare, la line up n’a pratiquement pas changé depuis dix ans. On retrouve la même section rythmique Sami Kantelinen à la basse, Jukka Sarapää aux baguettes. Les cuivres n’ont pas bougés avec les présences de Lasse Tolvanen, Jimi Tenor, Antti Lauronen aux sax, Martti Vesala (trompette), Erno Haukkala (trombone). L’organiste Antti Määttänen est toujours aussi délicat. En fait, seules les guitares subissent un turnover avec les arrivées de Pete Toikkanen et Seppo Salmi en remplacement du guitariste producteur français Didier Selin. Dernière chose, par rapport à son album de référence, Nicole a supprimé les violonades de Pekka Kuusisto qui évoquaient probablement trop certaines productions Motown. Certains amateurs se réjouiront de cette absence d’effet de violons qui finit souvent par lasser et ne sert souvent qu’à édulcorer le répertoire.

Après plusieurs écoutes, il ne fait guère de doute que Nicole a balayé tout emploi de smash hit capable d’intégrer les ondes radio. Cette carence de titres accrocheurs parfois destinés à masquer certaines faiblesses ne nuit pas à l’ensemble, celui-ci gagnant en homogénéité. « One In A Million », titre d’ouverture sert à poser les bases de la fondation : cuivres efficaces, petits gimmicks de guitare mettant la voix au diapason. La chanteuse délivre ensuite une ballade avec « Where Are You Now », l’orgue apporte du velouté tandis que la flute de Jimi Tenor contribue à une touche nostalgique. Les petits riffs de gratte sur « Let’s Communicate » n’ont de cesse que de relancer la machine, jusqu’à ce que l’air de la chanson finisse par nous rentrer dans la tête, pour ne plus en ressortir. Grand moment de douceur avec « Angel », la guitare fuzz de Pete Toikkanen n’est pas sans rappeler le phrasé d’Anthony Hawkins, guitariste de BLACK MERDA.

L’instrumental « Bad Viberations » marque une rupture, le riff squelettique de la guitare devient vite obsédant, le parfait contrepoint de la flute. Le vocal de Willis s’impose sur « Together We Climb » nappé par l’orgue et un passage de fuzzing guitare tout au toucher, ici pas de pédale wah wah. Second moment de tendresse avec « Open Sky » sur lequel les cuivres se font plus pressants. Le mid tempo « Paint Me In A Corner » sort du lot avec l’intervention d’un vibraphone discret. Le nuageux « Thief In The Night » à l’ambiance mi-zen, mi-free laisse le meilleur rôle aux claviers, tandis que le vocal monte crescendo. Second instrumental avec « Vulture’s Prayer », la flute de Tenor, les guitares et les percu s’entremêlent sur une atmosphère free et psyché. L’album se conclue sur le remix du single « Hot Sauce » dans une version contenant des zestes de Disco, la voix se fait tour à tour cajoleuse et intrigante tandis que la guitare ne cesse, sans avoir l’air de faire monter la sauce.

Si ce nouvel opus de cette exilée new-yorkaise installée au pays du Mölkky s’avère moins clinquant que Keep Reachin’Up, le répertoire plus épuré et moins tape à l’œil se situe largement au dessus de certaines productions soul actuelles que les medias et radios essaient de nous faire ingurgiter à grands coups de slogans publicitaires ou de matraquages radiophoniques. Cette troupe finlandaise rompue à la scène internationale s’avère aussi efficace que sincère. Un album conjuguant Son Stax, Nu Soul, Soul Vintage, Psycho Soul et Funk sensuelle.

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   LE KINGBEE

 
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- Nicole Willis (chant)
- Pete Toikkanen (guitare)
- Seppo Salmi (guitare)
- Sami Kantelinen (basse)
- Jukka Sarapää (batterie)
- Antti Määttänen (orgue)
- Erno Haukkala (trombone)
- Lasse Tolvanen (saxophone)
- Martti Vesala (trompette)
- Jimi Tenor (saxophone, flûte, vibraphone)
- Antti Lauronen (saxophone, flûte, percussion)


1. One In A Million.
2. Where Are You Now.
3. Let's Communicate.
4. Angel.
5. Bad Viberations.
6. Together We Climb.
7. Open Sky.
8. Paint Me In A Corner.
9. Thief In The Night.
10. Vulture's Prayer.
11. Bonus Track: Hot Sauce.



             



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