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Maurice JARRE - Julia And Julia (1988)
Par AIGLE BLANC le 21 Août 2016          Consultée 223 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Un film peut réunir à l'écran des artistes aussi iconiques que Kathleen Turner, Gabriel Byrne et Sting (eh oui, cher lecteur, ces trois-là ont joué ensemble) et avoir pourtant sombré dans les limbes de l'oubli. Le fait que le célèbre compositeur Maurice Jarre, père de vous-savez-qui, en ait signé le score ne lui a pas permis non plus d'accéder à la moindre lueur de reconnaissance.
Le film et sa musique ont disparu de la carte-mémoire. Amusez-vous à chercher sur la toile des informations sur le long-métrage de Peter Del Monte, vous risquez d'attraper des sueurs froides avant de tomber sur un article quelque peu étoffé.

Julia and Julia méritait-il ce sort funeste ? D'après les souvenirs de votre serviteur qui a découvert l'oeuvre non en salle de cinéma mais grâce à une ancienne cassette VHS (aujourd'hui disparue) parue à la fin des années 80, ce film ne méritait pas d'être snobé de la sorte par les distributeurs comme par les gérants des salles obscures. Sans être non plus le chef-d'oeuvre des chef-d'oeuvre, il s'inscrit dans une branche du cinéma fantastique dite psychologique voire littéraire, branche exigeante, on le sait bien, tant le cinéma excelle dans l'étalage d'effets horrifiques mais échoue souvent lorsqu'il s'agit au contraire d'explorer la voie de la suggestion et de la douceur ambiguë.
Aucun cinéphile n'a pu passer à côté du mythique Lost Highway de l'immense David Lynch avec lequel pourtant Julia and Julia partage une thématique commune ainsi que la même approche d'une schizophrénie vécue du point de vue exclusivement subjectif. Le titre du film de Peter Del Monte éclaire d'ailleurs simplement la dualité qui confronte la belle Julia (Kathlen Turner à l'écran), mariée à Paolo (Gabriel Byrne), mère épanouie d'un petit garçon mais entretenant une liaison adultère avec un mystérieux autant que séduisant photographe (Sting), et son double, l'autre Julia qui, elle, n'a jamais eu d'enfant puisque Paolo, son mari qu'elle venait d'épouser, est mort des suites d'un accident de la route au cours de leur voyage de noces. 2 Julia coexistent donc. D'une part l'épouse et mère accomplie autant qu'adultère, d'autre part la jeune veuve tourmentée par la tragédie qui a tué dans l'oeuf tous ses projets de vie familiale. Peter Del Monte ne prend partie pour aucune des deux Julia, aucune des deux vies possibles qu'il traite d'ailleurs dans le même style, semant ainsi la confusion. C'est que la schizophrène est dans l'incapacité totale et définitive de résoudre sa cission identitaire.
Le sujet est ardu, complexe, tortueux et le spectateur le suit sans le recul suffisant qui lui permettrait de classer l'affaire de Julia. Le film n'a eu aucun succès parce qu'il ne dégage aucune émotion et épouse un rythme étrangement lent, d'une lenteur vénéneuse qui donne au spectateur l'illusion d'être sous l'emprise de laudanum.

Maurice JARRE a reçu 3 oscars pour les films de David Lean : Lawrence d'Arabie, Docteur Jivago et La route des Indes, trois merveilles symphoniques devenues des références en matières de musiques de films. Le compositeur a travaillé par la suite davantage dans la discrétion, ses oeuvres n'éveillant plus semble-t-il un grand intérêt de la part de la presse musicale. Dans les années 80, il a oeuvré pour des films aussi populaires que L'année de tous les dangers, Witness, Le cercle des poètes disparus et Mosquitoe's coast (tous les 4 de Peter Weir), Gorilles dans la brûme, Liaison fatale, Dreamscape et Enemy mine. Cette décennie curieusement l'a vu abandonner le symphonisme pour se tourner presqu'exclusivement vers la musique électronique. Ce qui peut paraître paradoxal dans la mesure où c'est son fils, Jean-Michel, qui occupait la supprématie dans ce domaine. Cependant, le père n'est pas le fils. Il n'a pas du tout la même approche des claviers et synthétiseurs digitaux.

Et Julia and Julia reflète jusqu'à la caricature le style très personnel du père Jarre. Le score du film de Peter del Monte est aussi difficile à appréhender que l'atmosphère cotonneuse dans laquelle il baigne à l'écran. L'absence quasi totale de rythmiques en rend l'écoute d'une austérité quelque peu rébarbative. En effet, les 7 titres de l'album s'enchaînent imperceptiblement dans la plus parfaite confusion. Une première écoute s'avère trompeuse car elle laisse croire que les compositions se suivent sans ligne mélodique précise, dans une sorte d'errance brûmeuse quasi informe. Quelques amorces de thèmes remontent à la surface par ci par là, mais rien qui n'accroche l'attention, rien qui soit apte à constituer un repère rassurant pour l'auditeur.
Ce qui ajoute à la confusion, c'est la palette minimale des textures choisies par M. JARRE. Sur un arrière-plan hypnotique où il étale à l'infini des nappes de synthés de basse fréquence, un clavier effilé comme un verre mouillé, autour duquel on promènerait son index, esquisse des amorces de mélodies neurasthéniques. Au fil des titres, finit par s'imposer une atmosphère pesante, lancinante voire glaçante. La schizophrénie guette au détour d'une nappe aérienne quand ce qui semblait terriblement anodin devient sans crier gare dérangeant parce que jamais explicite.
Si aucun air ne vient vraiment flatter l'auditeur, force est d'admettre que Maurice JARRE a parfaitement compris l'esprit du film. Sa musique immersive, qui ne contient jamais de silence, dans un perpétuel continuum, abolit les frontières de l'espace et du temps pour nous plonger dans la psyché troublée de Julia éternellement tiraillée entre ses aspirations à la plénitude conjugale et son désespoir suite à la tragédie qui lui a ôté ses rêves de femme, d'épouse et de mère.
Julia and Julia avance avec douceur sur des territoires abstraits sporadiquement traversés d'amples mouvements d'inquiétude et d'étrangeté. Les amateurs d'Angelo Badalamenti (compositeur attitré de David Lynch, auteur de Twin Peaks et Mulholland Drive entre autres) devraient apprécier le travail de M. JARRE pour sa dimension fortement immersive jusqu'au malaise.

Un seul thème se retient de tout l'album, celui qui traverse de loin en loin les titres "Happy Days", "The tunnel" et que reprend, en en amplifiant la portée, jusqu'aux limites du lyrisme, le très beau "With Paolo, Forever". Une BO étrange au charme insidieux qui ne s'impose qu'après plusieurs écoutes. La connaissance du film aide grandement à l'appréciation de ce score évanoui dans la nuit des temps.

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   AIGLE BLANC

 
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- Rick Marvin (claviers)


1. Julia
2. The Old Lady
3. Happy Days
4. The Tunnel
5. The Penthouse
6. Daniel
7. With Paolo,forever



             



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