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- Style : Them, The Yardbirds , The Pretty Things
- Membre : Eric Burdon

The ANIMALS - Animal Tracks (1965)
Par LE KINGBEE le 10 Avril 2017          Consultée 1561 fois

Nous sommes en 1965 et les ANIMALS continuent leur petit bonhomme de chemin. Afin de ne pas nous montrer trop partisans, c’est cette fois-ci sur l’édition anglaise que nous nous penchons. Après tout, le quintet est anglais. En effet, les Etats Unis, via MGM, ont également publié un album avec le même titre, une pochette différente et des pistes presque totalement différentes. Entre les deux publications, seuls « Roberta » et « For Miss Caulker » subsistent. Si le compte est bon, chaque pays passe à la trappe huit titres. Pas une mince affaire.
Alors pourquoi chroniquer cette édition plutôt que l’américaine qui contient trois ou quatre titres plus connus du grand public ? Tout simplement à cause de la pochette et aussi pour une question de parité.
En parlant de pochette, signalons que l’édition anglaise propose la photo de la pochette dorsale américaine sur laquelle les Animals sont sommairement déguisés en soldats soviétiques accroupis entre les rails d’une voie ferrée. On est donc en 1965 et Nos ANIMALS ne vont pas tarder à prendre un premier coup de schlague derrière les oreilles. Le disque est à peine enregistré que l’organiste Alan Price prend ses jambes à son cou et quitte le zoo. Bien qu’issu de la population ouvrière à l’instar de ses quatre complices, une dissension s’est créée petit à petit entre le chanteur Eric Burdon et l’organiste. S’agit-il d’un problème d’égo, d’un phénomène d’usure lié aux nombreuses tournées du groupe, à une vie de moins en moins saine ou un conflit financier lié aux royalties versées pour le titre « The House Of Rising Sun » ? Il faut probablement voir dans toutes ces controverses la cause du départ du grand Alan, même si le producteur Mickey Most évoque une phobie des avions.

Revenons à cet album. Par rapport à l’édition US, huit titres passent aux oubliettes: « We’ve Gotta Get Out Of This Place » (titre fétiche des soldats américains pendant la Guerre du Vietnam), « Take It Easy Baby », la ballade Nola de Sam Cooke « Bring It On Home To Me », « The Story Of Bo Diddley », «Don’t Let Me Be Misunderstood », « I Can’t Believe It », « Club A Go-Go » et « Bury My Body ». Hormis trois titres (les premier, troisième et cinquième), aucun ne restera dans les annales. En examinant bien le répertoire, on s’aperçoit que les ANIMALS n’étaient pas un groupe de créateurs. Si Burdon et Price avaient le don d’adapter des titres issus du Black Rock' n' Roll, du R&B et de la Soul en revisitant entièrement les originaux, leur apportant une texture, une coloration parsemées d’arrangements portant leur griffe, le groupe n’aura composé que de rares chansons. Il en va de même avec « Animals Tracks ». Sur dix titres, on ne retrouve qu’une seule compo : « For Miss Caulker », un slow blues en shuffle dans lequel le piano de Price et la guitare d’Hilton Valentine se livrent un duel homérique. Voilà, c’en est déjà fini pour la partie originaux, comme le furet un titre et puis s’en va !
C’est vers la scène afro-américaine qu’il faut chercher les influences du groupe. Les ANIMALS revisitent par trois fois Ray Charles : « Mess Around », issu d’un single Atlantic de 53, se retrouve porté par les ivoires de Price et le chant volontaire de Burdon. « Hallelujah I Love Her So », autre grand succès du « Genius », a été repris à toutes les sauces, souvent immangeables (Conway Twitty, Harry Belafonte, Frankie Avallon, Connie Francis ou un tout jeune Stevie Wonder s’y sont cassé les dents) et, louons le Seigneur, Burdon et ses sbires s’en tirent haut la main. La basse de Chandler intensifie les montées d’orgue tandis que Burdon se fait déclamatoire, même si on a du mal à l’imaginer en enfant de chœur. Dernier clin d’œil à Ray Charles avec « I Believe To My Soul », titre alors peu repris à l’époque et qui rappelle que Burdon figure parmi les meilleurs chanteurs blancs de Soul.
Nos Anglais englobent deux titres estampillés New Orleans avec le standard « Let The Good Times Roll » gravé par le duo Shirley & Lee et ancien Numéro Un des charts R&B durant l’été 56 et « Roberta », une composition du pianiste Huey Smith et du producteur Johnny Vincent, dans une veine mêlant Boogie et Rock' n' Roll et dans laquelle le piano et la guitare s’en payent une bonne tranche.
La formation rend hommage à deux légendes du Rock' n' Roll avec « Roadrunner » standard de Bo Diddley gravé en 1959 pour la maison Checker. Ce Rock' n' Roll constitué au départ d’un 12 mesures typique du Blues fait clairement référence au dessin animé de Chuck Jones de la série « Looney Tunes », dont les deux protagonistes, un coyote malchanceux et un rapide et malicieux bip bip (un grand géocoucou), se livrent une bourre frénétique dans le désert californien. Si la version d’origine a marqué les esprits, celle des ANIMALS comporte de bonnes trouvailles : l’orgue de Price remplace le piano d’Otis Spann, les distorsions de guitare de Valentine lorgnent plus sur le Garage par rapport au jeu de Diddley et Peggy Jones. Si le titre connaitra au fil du temps de bonnes interprétations (Pretty Things, Stack Waddy, Chris Spedding) celle de nos Anglais se situe parmi les meilleures. Burdon reprend « How You’ve Changed », un titre obscur de Chuck Berry figurant sur l’album « One Dozen Berrys » jamais sorti en single, un slow blues lancinant permettant d’adoucir la sauce. Il aurait été préférable de placer ce titre en milieu d’album.

Si le répertoire du groupe de Newcastle n’a cessé de naviguer entre R&B, Soul, Garage et Rock n Roll, le Blues fait également office d’énorme source d’inspiration. Les ANIMALS reprennent « Worried Life Blues », œuvre du pianiste Big Maceo et premier single de la firme Bluebird. Pour l’anecdote, ce titre n’est rien d’autre qu’une variante bien pompée sur « Someday Baby Blues » de Sleepy John Estes. Toujours est-il que si le titre a été repris à foison avec des interprétations privilégiant le piano ou la guitare, celle des ANIMALS se démarque avec les montées de nappes d’orgue qui tissent une ambiance quasi religieuse. Second apport au Blues avec « I Ain’t Got You ». On notera que le morceau est victime d’une coquille, la rondelle accrédite le titre à Billy Boy Arnold au lieu de Calvin Carter, l’un des producteurs du label Vee Jay. Il n’y a là pas mort d’homme, mais l’erreur mérite d’être signalée. Ce titre a connu de multiples versions (Jimmy Reed, Billy Boy Arnold, peut être la meilleure, les YARDBIRDS jusqu’à BLUE OYSTER CULT et MOLLY HATCHET dans des versions bruyantes) et l’orgue d’Alan Price vient encore endosser le premier rôle, imprimant le rythme et déposant sa patte avec cette sonorité identifiable entre mille. Même impression avec « Bright Light Big City », standard de Jimmy Reed délivré à l’origine sous forme de mixte entre Swamp et Chicago Blues, l’orgue sonne comme un farfisa apportant une teinte plus acide et fluette que l’Hammond.

Second disque des ANIMALS, « Animals Tracks » semble marquer la fin d’une aventure. L’édition anglaise souffre d’un manque de hits capables d’intégrer les classements. Curieusement, aujourd’hui encore, plus d’un demi siècle après la sortie du disque, on ne peut s’empêcher de penser que le groupe a ouvert des brèches énormes dans l’évolution de la musique moderne, aussi surprenant que cela puisse paraître pour un groupe qui reprenait à sa sauce les chansons des autres à 85%. De ce second disque, on retiendra les volutes d’orgue tapissant l’ensemble, la voix de Burdon et les solos parfois bluesy d’Hilton Valentine.

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   LE KINGBEE

 
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- Eric Burdon (chant)
- Alan Price (claviers)
- Hilton Valentine (guitare)
- John Steel (batterie)
- Chas Chandler (basse)


1. Mess Around.
2. How You've Changed.
3. Hallelujah I Love Her So.
4. I Believe To My Soul.
5. Worried Life Blues.
6. Roberta.
7. I Ain't Got You.
8. Bright Light Big City.
9. Let The Good Times Roll.
10. For Miss Caulker.
11. Roadrunner.



             



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