Recherche avancée       Liste groupes



      
ELECTRO POP  |  STUDIO

Commentaires (2)
L' auteur
Acheter Cet Album
 



ALIZéE - Gourmandises (2000)
Par WALTERSMOKE le 15 Septembre 2017          Consultée 745 fois

Parler d'ALIZEE autrement que de manière moqueuse, c'est s'exposer à de très gros risques. Oh, rien de mortel (a priori), juste le risque de voir toute votre crédibilité s'effondrer comme un château de cartes si au détour d'une conversation, vous dites « moi j'aime bien Alizée, vraiment ». Les délires bourgeois décadents ont leurs limites. On peut prendre un plaisir pervers à voir en la synthpop commerciale des années 80 un mouvement original et bariolé, ou bien trouver quelque chose de profond chez Kaaris. Mais Alizée ? Plutôt crever.

Faut voir aussi ce qu'est Alizée, de base (la chanteuse, hein, la personne on s'en fout). Le projet de chanteuse aussi jeune que provocatrice, habillée « simplistement » et exhibant ses hormones en feu. Aux États-Unis, à la fin des années 90, on a Britney Spears – on ne part déjà pas haut. Alors, pour la copie française, on imagine le pire. Ah, on m'avertit que côté composition et écriture, on a Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. AH ! Bon, voilà qui n'arrange guère le cas Alizée. La grande rousse dépressive qui prend une brunette, corse de surcroît, sous son aile ? Le casier devient lourd, ma bonne dame. Et explosif qui plus est.

Et donc, en l'an 2000, débarque Gourmandises. Un album à la pochette presque affriolante, si l'on oublie qu'Alizée est encore mineure. Allez, on écoute le disque à la volée, entre la poire et le fromage, afin de dire en soirée « mais je suis objectif, j'ai écouté tout l'album ! » dans une hypocrisie mondaine. Emballé c'est pesé, passons à autre chose tant c'est atroce.

Vraiment ?

À l'heure où j'écris ces lignes, je suis encore un misérable mâle célibataire et puceau, j'assume. Mais si j'avais une fille de seize ans et qu'elle me présentait Gourmandises en ce jour, j'approuverais d'un hochement de tête. Car oui, le premier album d'Alizée n'est pas qu'un album ayant été acheté par des milliers de jeunes filles sans cervelle, il s'agit aussi d'une œuvre musicale finement ciselée et d'une pertinence malheureusement trop rare dans le domaine. Côté musique, Boutonnat est un homme de génie, comme à son habitude jusqu'en 2005. Il se fait plaisir dans une électro alors d'actualité, mais incroyablement pertinente, même en 2017. On voit que l'expérience glanée au détour d'Innamoramento (1999) a continué à bien servir. Côté paroles, Mylène Farmer a visiblement bien cerné l'ado pleine de spleen de la fin de millénaire. Quand on a 16 ans, on est comme les garçons, à savoir immature et conne, alors on rêvasse, on regarde les mâles (vous inquiétez pas, c'est réciproque), on extrapole toute relation appelée à durer une semaine, on se veut désirable... tout cela, la rousse fermière l'a compris et le transcrit idéalement dans les paroles. Associez-les à la musique et vous obtenez un chapelet de tubes.

Le premier d'entre eux, c'est bien sûr, of course, "Moi Lolita". C'est encore la chanson qui survit le mieux à la honte. Comprenez, on peut broder dessus en invoquant Freud et Nabokov, à peu de frais. Et le clip à la fois naïf et suggestif qui va avec... franchement, c'est la chanson de l'album que j'aime le moins, avec "Mon Maquis". Trop entendue, peut-être, ou peut-être trop calibrée pour les radios, encore plus que les autres ? Difficile à dire. On va assumer que c'est le goût, tout simplement. Par contre, à plus d'un moment, on touche la grâce – on ajoutera « pop » pour ne pas froisser les vieux gardiens du temple rock, hein. Prenez "L'Alizé" par exemple (ce n'est pas sale). Okay, ce n'est pas du Gainsbourg côté paroles, mais quand même, les effets de style offrent une poésie placée sous des vents favorables (ha). De même pour "Gourmandises" et son sous-texte équivoque. Et faut-il passer sous silence "À Quoi Rêve une Jeune Fille", formidable final tout en douceur ? La réponse est dans la question.

Gourmandises est-il l'album ultime de pop ado ? On répondra de manière définitive plus bas, mais il y a certains moments qui posent problème. "Mon Maquis" par exemple, dont le titre rappelle certes les origines corses d'Alizée, mais qui est trop long en plus d'être ennuyeux – j'ai envie de zapper systématiquement cette chanson à chaque écoute de l'album. "J.B.G.", pour sa part, sonne un peu ridicule, mais bon, ça passe. Et puis, c'est bien d'assumer son mauvais goût, de cracher sur Let it Bleed tout en louant un projet pop à la con (pour rester infiniment poli), mais on fait quoi de "Parler tout bas" ? Je tente le joker, sans conviction. Et même si ça paraît logique, certains morceaux font clairement trop Mylène Farmer, comme "L'Alizé", quand bien même c'est une bonne chanson, et "J.B.G.".

Mais dans l'ensemble, osons le dire : Gourmandises est l'album ultime de pop ado. Malgré des défauts apparents et un style musical peu propice à l'universalité, le premier opus d'Alizée est une pièce pertinente pour le public visé, tout en lui apportant une musique qui ne le prend pas (trop) pour un con, et aussi tellement réussie que d'autres se laisseraient convaincre (coucou moi).

Après, faut pas déconner : ça reste une honte d'écouter Alizée.

A lire aussi en POP par WALTERSMOKE :


Brian ENO
Someday World (avec Karl Hyde) (2014)
Eno en duo, ça peut toujours tuer !




The MAGIC THEATRE
London Town (2010)
L'Angleterre, cette mine inépuisable


Marquez et partagez





 
   WALTERSMOKE

 
  N/A



- Alizée (chant, choeurs)
- Laurent Boutonnat (claviers, programming)
- Slim Pezin (guitare)
- Bernard Paganotti (basse)
- Mathieu Rabaté (batterie)


1. Moi Lolita
2. Lui Ou Toi
3. L'alizé
4. J.b.g.
5. Mon Maquis
6. Parler Tout Bas
7. Veni Vedi Vici
8. Abracadabra
9. Gourmandises
10. À Quoi Rêve Une Jeune Fille



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod