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Nana MOUSKOURI - Forever Young (2018)
Par AIGLE BLANC le 13 Mars 2018          Consultée 482 fois

En 2005, Nana MOUSKOURI entreprenait en Europe une tournée d'adieux qui comprenait un détour par l'Australie. En 2007, elle chanta pour la dernière fois à l'opéra Garnier de Paris et, en 2008, elle offrit à la Grèce ses deux derniers concerts à l'Odeon d'Herode Atticus, émouvantes soirées qui refermaient le cercle de sa carrière par un retour à son pays maternel avec lequel les relations pourtant avaient été frileuses, les Grecs s'étant senti délaissés par leur chanteuse qui passait plus de temps à courir le monde qu'à les honorer de sa présence sur scène et sur disques.
Elle mettait ainsi un terme à près de 60 ans de carrière, après avoir été une ambassadrice du monde unique en son genre. Connaissez-vous beaucoup d'artistes féminines ayant connu le succès aussi bien en Allemagne, en Grande Bretagne, en France, au Japon, aux USA qu'en Italie ou en Espagne ? Elle honorait le pays dans lequel était produit chacun de ses albums en chantant dans sa langue; c'est ainsi que l'artiste grecque a livré sur disques des interprétations en français, anglais, allemand, italien, espagnol, même en hébreux, japonais, néerlandais et en gallois, fait d'autant plus exceptionnel qu'elle ne chantait que phonétiquement des langues qu'elle ne maîtrisait pas et qu'elle poussait l'exercice jusqu'à sortir des albums unilingues. L'expérience aidant, elle doit aujourd'hui probablement être au moins trilingue et maîtriser suffisamment à l'oral l'anglais, le français et, éventuellement, l'allemand, sans compter le grec sa langue maternelle.

Non seulement, Nana MOUSKOURI demeure la chanteuse du Monde par excellence, mais le répertoire qu'elle a parcouru durant ses 60 ans de carrière couvre quasiment tout le spectre musical : Gospel, Jazz vocal, Folk et Traditionnel, Celtique, Pop, Opera et Classique. Elle a donc toute la place qui de droit lui revient dans les colonnes de Forces Parallèles qui défend la musique en dehors de tout esprit de chapelle.

Entre 2008 et 2013, l'artiste retirée se consacre à sa famille et redevient une mère, et une épouse, presque anonyme. Mais la sensation de manque provoquée par sa retraite, pour une artiste ayant consacré toute sa vie à la musique, jusqu'à sacrifier son rôle de mère (ce qu'une certaine presse "prude" n'a pas manqué de lui reprocher), la plonge au fil des mois dans une souffrance qui entraîne maladie sur maladie et aboutit à une dépression nourrie par un fort sentiment d'inutilité et de vide.
Son retour à la musique date d'octobre 2013, année au cours de laquelle elle remonte sur la scène avant de faire paraître en 2014 l'album live Happy Birthday Tour.
Et aujourd'hui, paraît son nouvel album, Forever Young. Elle y reprend sa carrière où elle l'avait laissée en 2008. De mauvaises langues ne se priveront pas de railler la prétention de l'artiste à reprendre le flambeau d'autant plus quand elle avait annoncé son retrait définitif du métier. Cela est arrivé à bien des groupes majeurs qui, après une interruption plus ou moins longue, ont sorti l'album de trop, l'album du compromis et du besoin et non plus celui de la passion, les SCORPIONS entre autres.
Mais, comme ses confrères teutons, héros d'un hard rock mondial qui n'en finit plus d'agoniser, Nana n'avait nullement besoin d'argent. Quand on a vendu dans le monde autour de 200 millions de disques et totalisé 40 disques d'or entre la France, l'Allemagne, le Royaume-Unis et le Canada, on peut écouler une retraite paisible. Mais quand cette retraite vous prive de l'oxygène auquel vous avez droit, peut-on vous interdire de remonter à la surface pour aspirer le bol d'air que réclament vos poumons ?

Forever Young, sans surprises, se présente comme un recueil de chansons ayant accompagné Nana MOUSKOURI au cours de sa vie, chansons élevées au rang de standards et auxquelles la lie un attachement singulier, faisant en quelque sorte partie de sa mythologie personnelle. On y retrouve l'éclectisme bien connu de son interprète en y croisant des figures aussi diverses qu'Elvis Presley, Léonard COHEN, Bryan ADAMS, Bob DYLAN, DALIDA, Charles AZNAVOUR, BARBARA...
Le public de fidèles qui suit depuis plusieurs décennies la discographie de Nana se trouve forcément en terrain familier dans la mesure où la chanteuse a construit toute sa carrière sur ce genre d'albums centrés sur des reprises le plus souvent adaptées dans une autre langue. Le principe n'est pas mauvais en soi, mais on peut se demander, quand on n'est pas comme moi un admirateur effréné, comment la dame a fait pour faire paraître le même album pendant 60 ans, revenant régulièrement sur certaines chansons pour en proposer des versions pas assez dissemblables pour en justifier l'exercice.
Forever Young tombe donc dans les mêmes travers que la plupart des offrandes précédentes, au premier rang desquels une orchestration impersonnelle, peut-être gentille, mais dénuée du moindre caractère, de la moindre aspérité. Les musiciens qui officient, et que Nana remercie dans le livret, sont apparemment des amis qui l'accompagnent depuis longtemps. Certes, ce sens de l'amitié honore l'artiste, mais n'augure pas forcément du meilleur. Le groupe joue correctement, c'est le minimum syndical vous me direz, et c'est là que le bât blesse. Les guitares de Jacky Tricoire et Yannick Deborne esquissent de jolis arpèges, mais que tout cela est timide, terriblement convenu ! Et que penser du saxophone hyper stéréotypé de Philippe Pregno qui finit de détruire l'insipide version du "Love is a losing game" d'Amy WINEHOUSE ? Le piano de Luciano di Napoli se montre la plupart du temps tellement discret qu'il frise le rachitisme. Quel gâchis ! Seul l'accordéon de Roland Romanelli s'insère bien dans "Sa jeunesse" de Charles AZNAVOUR ou dans "Dis, quand reviendras-tu?" de BARBARA ainsi que l'harmonica de Philippe Pregno dans la belle version du "Forever Young" de Bob DYLAN. Quant au chœur Les Copains d'Accords, ses interventions alternent le fade ("Hallelujah" de Leonard COHEN), le très bon ("Everything i do, i do it for you" de Bryan ADAMS) et le décevant ("Hey Jude" des BEATLES). Les arrangements peut-être n'aident pas les musiciens tant ils sonnent des plus classiques, tellement entendus qu'ils en deviennent transparents.

Le plus dévevant en réalité ici reste l'interprétation de Nana MOUSKOURI qui ne convainc pas toujours idéalement. Sa voix n'est plus ce qu'elle était, le timbre a perdu de sa limpidité, ce qui est frappant lorsque la dame cherche à atteindre les notes les plus élevées comme dans "Sa jeunesse" de Charles AZNAVOUR où la voix est au bord de flancher. Mais peut-on lui en vouloir ? Après tout, le vieillissement des cordes vocales n'épargne pas les plus grandes divas, rappelez-vous ce qui est arrivé à l'immense Maria CALLAS. Cependant, on ne peut que le déplorer tant ses limites vocales ont altéré l'organe exceptionnel de la chanteuse grecque.
Certaines versions proposées ici manquent de caractère, de ferveur ou de foi, alors que c'était justement l'atout principal des plus belles réussites de Nana. Que dire par exemple de la version du "Lili Marlene" de Marlène Dietrich? La chanteuse en livre une interprétation très propre certes mais qui ne vibre pas, étrangement terne. C'est le cas aussi du "Hallelujah" de Leonard COHEN, standard pourtant qui appelle à la ferveur. Dans "In the ghetto" d'Elvis PRESLEY, le chant ne se départit jamais d'une timidité qui frôle l'insensibilité. De la même façon, le "Hey Jude" des BEATLES est livré dans une version light qui vide la composition de sa substance, principalement pendant le fameux climax lorsque le chœur pourtant est sensé conduire jusqu'à l'extase.
Les réussites se font rares : "Forever Young", "Lei pikake" (un traditionnel hawaïen que Nana se fait un honneur de chanter dans cette langue), "Everything i do, i do it for you" sont les versions qui s'en sortent le mieux sans être transcendantes pour autant. En revanche, la magnifique version du "Lonely street" d'Emmilou HARRIS fait regretter que Nana ne se soit pas investie à ce degré dans le reste de l'album. La country lui sied remarquablement.
Forever Young s'adresse avant tout aux fans de la première heure. L'album n'est pas forcément désagréable, et il a plutôt tendance à s'améliorer au fil des pistes après un démarrage molasson. Mais Nana MOUSKOURI n'y trouve que trop rarement la justesse et l'émotion dont elle est capable. Dommage.

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   AIGLE BLANC

 
  N/A



- Nana Mouskouri (chant)
- Jacky Tricoire (guitare)
- Yannick Deborne (guitare)
- Philippe Pregno (saxophone, flûte, clarinette, harmonica)
- Jean-philippe Roux (basse)
- Jean-philippe Batailley (batteries)
- Luciano Di Napoli (piano, orgue, claviers)
- Karim Medjebeur (piano)
- Jean-yves Lauzach (guitare pedal steel)
- Roland Romanelli (accordéon)
- Les Copains D'accords (chœur)
- Isabelle Cornu (chef de chœur)


1. In The Ghetto
2. Love Is A Losing Game
3. Sa Jeunesse
4. Forever Young
5. Lili Marlene
6. Hallelujah
7. Lonely Street
8. Lei Pikake
9. Everything I Do, I Do It For You
10. Dis, Quand Reviendras-tu ?
11. Hey Jude
12. Durch Die Schweren Zeiten
13. Jamaïca Farewell
14. Salma Ya Salama
15. Wallflower



             



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