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- Membre : Belshama

SEVEN REIZH - (partie 2) L'albatros (2018)
Par MARCO STIVELL le 1er Mai 2019          Consultée 249 fois

Où l'on comprend tout, enfin : l'histoire des marins Jean-Marie Le Bris et Noël Le Henaff, de SEVEN REIZH. Le Hénaff s'est énormément battu, toute sa vie pour la reconnaissance officielle de son aïeul, Le Bris, dans le développement de l'aviation au XIXème siècle et après avoir, comme lui, pris la mer. Enora et Maël, les protagonistes des deux premiers volets de la tétralogie musicale de SEVEN REIZH (Strinkadenn' Ys et Samsâra), ne sont pas des personnages inventés, comme on l'a cru longtemps : Maël est le "moi" spirituel de Noël Le Hénaff, de même qu'Enora se trouve être la personnification magique de la barque ailée (créée pour porter secours aux marins naufragés), la concentration au féminin de tous les rêves, doutes et autres sentiments de Jean-Marie Le Bris.
Noël Le Hénaff est décédé, prématurément, en 2009. Gérard Le Dortz, désormais employé graphiste dans un ESAT, se charge de mettre en mots (roman, paroles) et en images (album, disque) l'histoire de son ami Noël et de l'aïeul Le Bris. Pendant ce temps, Claude Mignon travaille comme éducateur spécialisé et reste l'architecte sonore, des fondations de SEVEN REIZH jusqu'au toit.

Dans son roman, Le Dortz use de pseudonymes pour tout le monde - sauf Le Bris –, y compris lui-même et notamment pour les musiciens, écrit à la première personne pour se mettre dans les peaux à la fois de Noël/Maël et du lointain aïeul. Ce qui résulte en un travail de récit enchâssé, d'autant plus inouï que les deux parties concordent en particulier au niveau des récits maritimes, les deux hommes ayant servi pour l'armée. Ils ont traversé le cap Horn, véritable cimetière de marins, dans un sens ou l'autre, ont vu New York à deux époques bien différentes. L'écriture est excellente, haletante malgré quelques fautes d'orthographe, souvent à répétition proche quand il y en a. Le récit n'est pas dénué de longueurs, chose tout à fait normale au vu de telles aventures pour des gens "normaux" au final, simplement portés par leurs rêves au cours de leur vie.

On ne peut se formaliser tant les bouleversements de la vie de Le Bris nous passionnent, pour peu qu'on souhaite les suivre. Le récit maritime est très beau, les essais de la barque Enora et de l'Albatros révèlent tout ce qu'il y a de plus émouvant au sens romanesque, comme le fameux amour caché de Le Bris au Royaume-Uni, le décès prématuré de nombre de ses enfants, sa venue à l'Exposition universelle de 1867 à Paris où il aurait rencontré Jules Verne entre autres, le soutien financier apporté par Napoléon III pour ses créations (mais l'Albatros, comme Enora, s'est écrasé...), sa participation à la guerre avec la Prusse en 1870 et à travers l'horrible camp de Conlie, tâche noire dans l'histoire de la Bretagne. La vie de Le Hénaff et de son entourage nous marque aussi d'une autre façon, et puis comment ne pas adorer une oeuvre, déjà si riche, qui cite les noms de GENESIS, PINK FLOYD, Alan STIVELL et tant d'autres, leurs meilleurs albums aussi ?

Tous ces détails ont leur importance pour la compréhension musicale de ces deux derniers albums, même si on aurait aimé avoir un ou deux chapitres concernant leur élaboration. Le nombre de musiciens, le ton global qui s'éloigne du rock progressif classique, les rapprochent d'une musique indépendante et personnelle à l'image de Mike OLDFIELD et, surtout, Alan STIVELL au moment de sa Symphonie Celtique.

Comme le morceau "Divodan" sur ce disque mythique de 1979, le rock n'arrive qu'au bout de plusieurs tours de chants en complainte avec de fortes dynamiques, de longs espaces aux airs mélancoliques, chose que tout le monde ne peut apprécier aisément. Si les influences dépassent largement le cadre de la Bretagne, en termes ethniques, SEVEN REIZH, jusque dans son nom, conserve cette obédience plus que tout autre, cette patte enchanteresse dont les Celtes ont le secret.

Et puis, sans parler de l'excellent Farid Aït Siameur et son savoir faire à lui, outre Bleunwenn Mével et Stefanie Théobald, une attention délicate reste portée aux voix de fées, et on adore cela. Depuis 2015, au chant en anglais d'Astrid Aubron, que l'on a tant aimée sur La Barque Ailée, se substitue celui de Laurène Bourvon, gagnante de la Star Academy 9e édition en 2013. Sans parler de l'émission, une belle victoire, parce qu'elle aussi chante divinement bien, avec comme Doro.t sur Samsâra en 2006, un timbre qui s'accorde parfaitement avec les mélodies spatiales auquel on ajoute des synthétiseurs et un brin d'électronique, tout en pouvant donner plus de caractère. Sur "Kriz", elle fait tellement (et délicieusement) penser à Anna LaCazio, ex-chanteuse de COCK ROBIN !

Les qualités instrumentales, quant à elles, sont les mêmes que sur La Barque Ailée, pour tous les instruments invités. La base prog de SEVEN REIZH, sans excès démonstratif, demeure bien conservée à travers la batterie versatile, la basse claquante, le solo de guitare classique suivi par l'électrique sur la fin de "Lostmarc'h", le doigté shred léger ajouté à cette dernière sur "Kriz". Bien cachée aussi, car le passage du milieu du disque reste le moment le plus aérien du projet.

C'est la partie qui résume les longs mois au camp près de Conlie en 1870, ville de boue pour les conscrits bretons, dans le froid, la pluie, la maladie et la mort. Le saxophone de Bernard Le Dréau n'attend pas longtemps avant de revenir nous lécher l'oreille sur "Brizh", effet sensuel qui s'ajoute aux voix de Bleunwenn et Laurène Bourvon. Son solo long de deux minutes sur les quinze globales est un équivalent à celui de Clarence Clemons sur "Jungleland", morceau-emblème de Bruce SPRINGSTEEN, nom mentionné avec admiration dans le roman lors de son passage à Carhaix, aux Vieilles Charrues en été 2009, quelques semaines avant le décès de Noël Le Hénaff.

Que dire encore, sans trop le faire car cela fait déjà beaucoup ? "Klasker-bara", avec tous les chanteurs et la harpe de François Pernel, est merveilleux. Le versant oriental/world est renforcé sur "Tiqit weman" (et ces guitares acoustiques folk à la GENESIS !) et bien sûr, "Le pavillon chinois", pour la visite de Le Bris à l'Exposition universelle. Et "Er lein", ce final grandiose, avec bagad, claviers, cymbalum et une Laurène Bourvon d'autant plus émouvante qu'elle tente de soutenir Le Bris dans sa dernière tentative de vol, seul, sans appareil, du haut d'un phare...

SEVEN REIZH, depuis le début de son histoire, s'est toujours donné le moyen de grandes et belles oeuvres personnelles, musique comme réalisation, prenant de gros risques financiers, mais cela a toujours payé. La conclusion (?) de la démarche entamée avec Strinkadenn' Ys est bien plus qu'à la hauteur, elle comble les attentes que l'on n'avait pas, car on ne connaissait que la partie immergée.

Entre (fin de) terre de Bretagne, mer et ciel, de la naissance de Jean-Marie Le Bris en 1817 à la sortie de L'Albatros en 2018, il s'est écoulé plus de 200 ans. Un coffret volumineux contenant un livre de 400 pages, des vies humaines et deux technologiques (Le Hénaff a pu recréer les engins de son aïeul, à une heure où le transport par avion est complètement ancré dans les moeurs), des photos et illustrations en pagaille, deux CDs qui font suite à deux autres avec un nombre incalculable de musiciens... Oeuvre d'une vie et de plusieurs vies à la fois... Deux critiques bien longues... Voilà un effort qu'on ne peut décrire en quelques mots, et où, en tant que chroniqueur, on se sent plus petit que d'habitude. Au moins, on peut toujours l'aimer et le défendre, de tout son coeur !

90 euros (livraison comprise), cela ne semble pas trop non plus, à côté, ni le temps qu'on peut y consacrer. Si vous aimez lire, lisez le roman. Si vous aimez cette musique, allongez-vous et laissez vous porter, en pensant être sur un bateau ou aux commandes d'une barque ailée. Réécoutez les disques... C'est un merveilleux cadeau à faire, à vous de décider pour qui, mais ne vous ignorez pas.

A lire aussi en ROCK PROGRESSIF par MARCO STIVELL :


HARMONIUM
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Chant du cygne




GENESIS
Duke Revisited: Live At The Lyceum (1980)
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   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Gérard Le Dortz (paroles, conception littéraire et graphiqu)
- Claude Mignon (guitares, lap steep, piano, claviers, arrang)
- Farid Aït Siameur (chant et paroles kabyles)
- Bleunwenn Mével (chant breton)
- Laurène Bourvon (chant anglais et français)
- Stefanie Théobald (chant français et allemand)
- Louis Mével (choeurs)
- Olivier Carole (basses)
- Gurvan Mével (batterie, percussions)
- Ronan Hilaireau (piano)
- Bernard Le Dréau (saxophone ténor, clarinette)
- Olivier Salmon (guitares électriques et acoustiques)
- Régis Huiban (accordéon)
- François Pernel (harpe celtique)
- Mihai Trestian (cymbalum)
- Michel Hoffmann (hautbois)
- Philippe Durand (cor)
- Cyrille Bonneau (doudouk)
- Sébastien Charlier (harmonica)
- Gwenaël Mével (whistles, bombarde)
- Gwendal Mével (flûte traversière, paroles en breton)
- Erwan Le Gallic (cornemuse écossaise)
- Loïc Bléjan (cornemuse irlandaise)
- Marcel Aubé (erhu)
- Shane Lestideau (violon)
- Jonathan Dour (violin)
- Mathilde Chevrel (violoncelle)
- Thierry Runarvot (contrebasse)
- Bro An Aberioù (pipe band)
- Goulwen Bono (direction du bagad)


1. Le Pavillon Chinois
2. Brizh
3. Tiqit Weman
4. Dalc'h Mad
5. Klasker-bara
6. Kriz
7. Lostmarc'h
8. Er Lein



             



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