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ZEBDA - Utopie D'occase (2002)
Par RAMON PEREZ le 7 Août 2020          Consultée 211 fois

Il en aura fallu du temps à ZEBDA pour digérer "Tomber la chemise" ! Si le groupe s’est montré au clair avec son saucisson lors du second tour (il venait fort bien terminer leurs excellentes prestations), si le dernier album a été lancé avec un titre de la même veine (« Les petits pas ») ou qu’encore aujourd’hui MOUSS & HAKIM l’interprètent en expliquant qu’ils ont eu l’occasion de monter au poteau, de secouer la cloche puis de descendre et de continuer leur chemin, à l’époque ce n’était pas la même chose. Si tu étais là en 99 (il y a eu un an entre la sortie de l’album et l’explosion du single), tu te rappelles forcément à quel point cette chanson fut matraquée. Un tube de l’été par excellence qui a laissé au bout d’un moment un gout amer à pas mal de monde. C’est souvent le destin de ce genre de chansons, tellement entendues qu’on en est écœuré.

A cela s’ajoute pour le groupe (et surtout pour Magyd, la "tête pensante", ou tout du moins le stylo puisque c’est l’auteur des textes) le sentiment d’un malentendu. Le côté festif de ZEBDA a toujours été présent, mais l’important restait le propos général. Or, au fond, peu de monde a vraiment écouté cette chanson (souvenir des petits concerts de quartier aux débuts du groupe) qui a pourtant éclipsé le reste de ce que les toulousains avaient à dire. Ajoutons à cela un contexte général qui amplifie le malaise : érigés symboles de la France « Black, blanc, beur » presque au même titre que la bande à Zidane d’un côté, ZEBDA n’en n’est pas moins spectateur de l’autre des émeutes dans les quartiers toulousains à la suite de l’assassinat d’un jeune par la police fin 98 (ils participèrent d’ailleurs à un très bon documentaire sur le sujet au moment d’Utopie d’Occase, "Le bruit, l’odeur et quelques étoiles"), de l’échec final du mouvement "Motivés" début 2001 puis de ce terrible mois de septembre qui vit le choc des civilisations monter d’un cran et, plus localement, une usine dévaster la ville rose avec le quartier populaire du Mirail aux premières loges. Sans oublier la claque finale du 21 avril.

Alors oui, il y a l’ombre d’un doute au moment d’enregistrer le nouveau disque. ZEBDA s’accorde vite sur la nécessité de changer le ton, de tout faire pour ne pas faire le petit frère de "Tomber la chemise" selon les mots de Joël, le bassiste. Cela commence par la couleur musicale retenue, nettement moins chaleureuse. Pour l’essentiel, le fond de sauce reggae-dub des plats servis jusqu'ici est laissé de côté. Utopie d’occase est plutôt travaillé à l’acoustique, dans une veine Chanson française à peine parfumée à l’orientale, avec toutefois un côté beaucoup plus rock, les guitares électrique faisant régulièrement concurrence à l’accordéon. On peut aussi noter la présence des cordes de l’Orchestre national de chambre de Toulouse. Disons-le, le groupe fait le choix de blanchir sa musique ce qui se révélera logiquement préjudiciable à son succès populaire, mais profitable pour l’estime d’un public plus habitué à ce type de musique. Personnellement c’est bien plus par cet album que par Essence ordinaire que j’ai fini par accrocher à ZEBDA. Ce n’est pas non plus un hasard si c’est ce disque qui fut récompensé du prix de l’académie Charles Cros.

Peut-être que ce public se retrouve éventuellement plus en phase avec le propos, davantage nuancé, pour ne pas dire amer. Un disque musicalement orienté Chanson signifie une place plus importante accordée au texte. Magyd Cherfi se retrousse les manches pour livrer de fort belles combinaisons de mots. Son côté littéraire trouve un très bon terrain d’expression pour accoucher de rimes intéressantes, d’associations bien senties, de références plus ou moins explicites. Le tout dessinant un tableau quelque peu différent des précédents, même si le fond reste bien-sûr le même. Que peut l’art ? Vaste et éternelle question que les temps traversés par le groupe leur ont posée avec force. Magyd tente une réponse marquée d’une sévère autocritique avec "Troisième degré". Dire sa colère à ceux qui n’en n’ont pas ne change pas grand-chose pour ceux qui, tournant la tête, ne sont bons que pour la défaite. Plutôt que la dénonciation des inégalités, dont on peut penser que ZEBDA a peu ou prou fait le tour, Utopie d’Occase va plutôt jouer la carte de la promotion de la différence.

Malgré le ton et l’état d’esprit plus mélancolique, les toulousains livrent une solide poignée de titres tout à fait positifs. Les souvenirs d’enfance remontent pour raconter ce que c’était que de grandir dans une famille immigrée et, les frères Amokrane nous le disent, y avait du Soleil ! L’école, la famille, la rue… autant d’espaces aux règles différentes où chacun doit trouver sa place. Le tableau dressé ne fait pas l’impasse sur les choses moins glorieuses ou plus problématiques (la place des femmes par exemple), qui viennent nuancer un propos finalement assez volontariste. Plutôt que de pleurer un pays que l’on ne connait pas (ou plus), relevons la tête, disons une bonne fois pour toutes "j’y suis j’y reste" et confrontons nos différences plutôt que de nous éviter. Cette thèse, que constitue une bonne partie des chansons, connait deux antithèses avec des portraits incarnant des discours inverses, avec plus ou moins de finesse ("Sheitan", le jeune en colère ; "Le paranoïaque", le vieux inquiet). La synthèse c’est cette Utopie d’occase dont je te laisse seul juge.

Ajoutons à ce tableau deux chansons disant autre chose. "La fête", peut-être l’utopie la plus radicale du disque, servie par un rock des plus saignants. Le contre-chant évident du tube dont nous parlions précédemment. Et puis le premier morceau, très imagé, exprimant déjà quelques doutes sur les intentions américaines, plus d’un an avant la guerre en Irak. Par sa posture, sa teneur et sa couleur musicale, cet album est sans nul doute le plus adulte de ZEBDA et montre ainsi un autre de leur visage. Sans doute moins immédiat, mais pas moins intéressant. Au contraire. Toutefois, avec le recul, le groupe a exprimé plus tard de fortes réserves car cette nouvelle direction n’a pas résolu le problème de fond, ce malentendu qui a fini par avoir sa peau. La séparation eut en effet lieu peu après, ouvrant la voie à plusieurs projets menés par Magyd CHERFI ou par MOUSS & HAKIM qui ne sont pas dénués d’intérêt. Utopie d’occase fut ensuite franchement mis de côté lors du second tour, ZEBDA exprimant ainsi qu’ils auraient dû suivre le courant plutôt que de lutter contre. Bref les toulousains revenaient en paix avec "Tomber la chemise", mettant quelque peu cet album en position de hors-jeu au sein de cette discographie. Le but avait pourtant été marqué.

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   RAMON PEREZ

 
  N/A



- Rémi Sanchez (claviers, accordéon)
- Vincent Sauvage (batterie)
- Pascal Cabero (guitares)
- Joël Saurin (basse)
- Mouss & Hakim Amokrane (chant)
- Magyd Cherfi (chant)


1. L'erreur Est Humaine
2. J'y Suis J'y Reste
3. Le Plus Beau
4. Du Soleil à La Toque
5. Mêlée Ouverte
6. Sheitan
7. Ça... La Famille
8. La Fête
9. Troisième Degré
10. Goota Ma Différence
11. Le Bonhomme Derrière
12. Le Paranoïaque
13. Le Répertoire



             



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