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- Style : Francis Cabrel , Maxime Le Forestier , Brassen's Not Dead

Georges BRASSENS - Supplique Pour être Enterré à La Plage De Sète (1966)
Par RAMON PEREZ le 16 Décembre 2018          Consultée 437 fois

Connaissez-vous François Villon ? Cet illustre personnage, comptant parmi les plus sulfureux et énigmatiques de l’histoire culturelle française, était une influence majeure de Georges BRASSENS. « C’est mon ami », disait le Sétois, qui n’avait pas longtemps attendu pour mettre en musique quelques vers du poète-bandit (« La Ballade des dames du temps jadis », sur le deuxième disque). Ce dernier est derrière chaque couplet de la dernière chanson de l’album, où BRASSENS imagine ce qu’il aurait pu être au Moyen-Age de Villon avant de se résoudre à son sort : il est de son époque et ne mourra non pas au gibet de Montfaucon mais dans son lit comme un vrai con. Un doigt d’honneur d’une élégance rare adressé à ceux lui reprochant d’être resté bloqué dans une autre époque, de ne pas se renouveler. Le chanteur avait déjà réglé son compte à cette idée de changer pour changer avec « Les trompettes de la renommée ». Sûr de son art, il trace son sillon avec le savoir-faire développé du paysan qui le fait pour la millième fois, ne cherchant pas à faire autre chose que ce qu’il sait faire et à le faire bien. C’est donc avec sérénité qu’il enchaîne, dans ces années 60 et jusqu’en 1972, ses albums les plus aboutis.

Celui-ci se trouve en plein cœur de cette période et ne fait donc pas exception. Il est pourtant tout à fait particulier, car figurez-vous que ce n’est pas un album. C’est un « document », d’après la maison de disque. Une maquette en réalité. Au moment d’enregistrer le disque, une grève fait capoter le projet. Les dirigeants de Philips préfèrent sortir rapidement quelque chose plutôt que de faire patienter davantage le public (BRASSENS étant alors leur poule aux œufs d’or). Ils sortent donc directement la maquette enregistrée quelques mois auparavant par le chanteur dans sa maison, en compagnie de son fidèle contrebassiste Pierre Nicolas. Personnellement, ce côté brut est une des raisons pour lesquelles je place ce disque en haut de la pile du fumeur de pipe, j’aime beaucoup. Et le reste du public aussi. Gros succès pour ce document, au point que la maison de disque renonça finalement à fournir un enregistrement plus achevé. A regret pour le chanteur, qui garda longtemps en tête l’idée de refaire l’album avec une seconde guitare. Il en parla durant ses dernières années à son guitariste d’alors Joël Favreau, sans franchir le pas. Ce dernier le fera toutefois en 2011, 45 ans après le disque original donc, avec un respect admirable de l’esprit de BRASSENS (qui, parait-il, avait des idées très précises sur ce que devait jouer la seconde guitare et avait soufflé une partie de ce nouvel accompagnement).

Une autre raison pour laquelle je place cet enregistrement au-dessus des autres, c’est bien sûr la chanson qui avec le temps a donné son titre à cet album (qui n’en n’avait pas, comme à peu près tous les autres). C’est là que nous reparlons de François Villon, dont l’influence est à nouveau manifeste. Sa grande œuvre était Le Testament. BRASSENS avait déjà écrit le sien, dix ans auparavant. Il a depuis en tête d’en faire un codicille et il écrit de temps à autres de nouveaux éléments pour le constituer. Après plusieurs années, il a de quoi tenir vingt minutes. S’appliquant le régime qu’il réservait à certains poèmes mis en musique, il en écarte les deux-tiers pour arriver à la chanson finale. Sa plus grande, à tous les niveaux (longueur et qualité). J’ai déjà glissé le terme « abouti » dans cette chronique, je le remets ici car je ne sais pas ce que cela pourrait qualifier d’autre si cela ne qualifiait pas cette chanson. En partant de cette idée, pour laquelle il n’avait d’ailleurs aucun sérieux, d’être enterré sur la plage de la Corniche (où le sable est effectivement très fin), notre gratteur de cordes convoque avec humour et philosophie ses vieux souvenirs et tout ce que lui inspire sa baleine natale.

Une ville pour laquelle il avait des sentiments assez ambivalents, toujours un peu honteux d’en être parti la queue entre les jambes après s’être fait prendre la main dans le sac. C’est cet épisode qu’il raconte dans « Les quatre bacheliers ». En revendiquant ainsi son passé de chanteur-voleur (vous connaissez François Villon ?), c’est surtout à son père récemment disparu qu’il rend hommage. Lui, l’anticlérical, qui lui avait pardonné quand tous les bons chrétiens du pays avaient eu tendance à le renier. Un épisode fondateur, à l’origine de son départ pour Paris, qui imprègne nombre de ses premières œuvres où il est question de croquants et de leurs réactions face aux hors-la-loi.

Enfin une autre raison pour laquelle j’aime particulièrement ce disque, c’est qu’à peu près tout est du grand BRASSENS. Passons sur l’aspect gaillard, quoi que j’adore « La fessée », pour aller vers le « Pluriel », véritable manifeste de la pensée de l’auteur. « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, c’est ma règle ! ». Après ça, pas besoin d’autre texte social, bien que ce ne soit jamais très loin chez lui. Beaucoup d’histoires contées se concluent avec une sorte de morale et c’est en particulier le cas de « L’épave », chanson tout à fait particulière dans cette œuvre écrite par un bouffeur de flics. Un pauvre hère est détroussé par les bonnes gens avant d’être finalement secouru par un représentant de la loi, sauveur de sa corporation et derrière elle de l’humanité. On retrouve à nouveau cette idée que le clergé et plus généralement les institutions ne sont pas les gardiens des meilleures valeurs chrétiennes (la solidarité, le pardon, la tolérance…), qui dépendent d’abord de tout un chacun. Clergé à nouveau brocardé à la fin de la tragique histoire du « Grand Chêne ».

Un autre type de clergé clairement visé ici est la presse et les relais d’opinions. Ayant dû faire face à certaines rumeurs l’annonçant au plus mal, BRASSENS fournit, une quinzaine d’années avant un célèbre menteur, son bulletin de santé. Bulletin tout aussi sujet à caution : chers journalistes, si vous ne m’avez pas vu ces derniers temps, si j’ai bien maigri depuis la dernière fois, c’est que j’étais occupé à baiser vos femmes ! L’histoire ne dit pas quelle fut la réaction des journalistes en question… Enfin, une autre institution joliment démontée, dans le second chef-d’œuvre de ce disque, est le mariage. Comme pour « Le pluriel », c’est une explication d’un de ses grands principes de vie, pas si simple à tenir à cette époque. Il avait rencontré la femme de sa vie une vingtaine d’années auparavant. L’Estonienne « Püpchen », avec qui il vécut près de 35 ans une relation tout à fait particulière, puisqu'ils ne se marieront jamais (d’où la chanson), ni même ne cohabiteront. Si ce n’est dans la tombe, finalement creusée à Sète, mais dans le cimetière du Py, face à l’étang de Thau. Si vous cherchez Georges, en sortant du musée qui lui est consacré juste en face, rentrez dans ce rectangle de cyprès, dont une rangée est interrompue par une espèce de pin, un pin parasol (c’était sa préférence). Il est au pied de cet arbre qui saura vous prémunir de l’insolation quand vous irez lui faire sur cette concession une affectueuse révérence.

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   RAMON PEREZ

 
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- Georges Brassens (chant, guitare)
- Pierre Nicolas (contrebasse)


1. Supplique Pour être Enterré à La Plage De Sète
2. Le Fantôme
3. La Fessée
4. Le Pluriel
5. Les Quatre Bacheliers
6. Le Bulletin De Santé
7. La Non-demande En Mariage
8. Le Grand Chêne
9. Concurrence Déloyale
10. L'Épave
11. Le Moyenâgeux



             



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