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DARK AMBIENT / DRONE  |  STUDIO

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- Style : Thomas KÖner
- Membre : Biosphere / Deathprod, Supersilent

DEATHPROD - Treetop Drive (1994)
Par JOVIAL le 26 Août 2021          Consultée 361 fois

Existe-t-il au monde un son susceptible de tuer ? Sur les anciennes estampes japonaises, on voit parfois un samouraï terrassant un petit animal de son cri, dans le but d'impressionner ensuite son adversaire. Certains historiens y voient l'origine du légendaire 'cri qui tue' dont la vérité scientifique n'a jamais été établi, et souvent improprement comparé au kiai des arts martiaux, utilisé pour accompagner l'usage d'une technique. Se pourrait-il tout de même qu'il y ait quelque part un son capable non de tuer, mais d'avoir du moins une influence sur le bon fonctionnement du corps humain ?
À cette question, DEATHPROD semble pouvoir nous apporter un élément de réponse. Il suffit pour s'en convaincre de sauter directement à la seconde piste de Treetop Drive. Impossible de ne pas sentir son cœur se serrer dans sa poitrine alors que résonne ce premier hurlement métallique, répété en boucle pendant de longues minutes, où l'auditeur courageux restera comme tétanisé, les muscles paralysés, incapable d'esquisser le moindre mouvement.

Mais faisons quelque pas en arrière, histoire de vous présenter la bête. DEATHPROD est le pseudonyme du musicien norvégien Helge STEN, et Treetop Drive sa première œuvre. Cette dernière a quasiment entièrement été réalisée grâce à l' 'Audio Virus', terme employé par l'artiste pour désigner son improbable assemblage de vieux modulateurs, de filtres, d'échantillonneurs, de thérémines et autres machines électroniques, auxquels il faut encore ajouter le violon de Hans Magnus RYAN, enregistré sur écho à bande. Notre homme travaille le son comme dans un laboratoire, déforme, transforme, superpose et associe, pour trouver là, dans ces 'sonic debris', une composition nouvelle. En cela, ses travaux ont souvent été comparés à l'univers froid et austère des disques de Thomas KÖNER, que nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer sur ce site. Parmi ses influences, le natif de Røros cite volontiers le compositeur italien Giancinto SCELSI dont il admire l'intensité des travaux visionnaires et son approche minimaliste.

Sur Treetop Drive, tout est cependant question de cycle. Les trois premières pistes, enregistrées live à l'Académie des Beaux-Arts de Trondheim, reproduisent ainsi les mêmes boucles massives, chacune pendant une dizaine de minutes, lourdes vagues qui inlassablement viennent se briser sur la roche. Mais comme l'océan et ses marées, rien n'est jamais figé. Bien au contraire, ces boucles évoluent, enflent, grandissent, comme si dans cette chute s'agrégeait autour du corps un peu de matière, toujours un peu plus, interdisant toute remontée vers la lumière. Et c'est peut-être là l'un des tours de force de cet album qui propose une musique d'une grande noirceur, mais qui, dans son approche, réveille chez l'auditeur une attraction morbide encore inconnue.

Première étape du cycle, la funèbre "Treetop Drive 1" annonce notre disparition prochaine, avec son unique note, posément répétée, comme une respiration. L'agonie arrive, la poitrine devenant douloureuse, symbolisée par les troublants gémissements du violon. "Treetop Drive 2" n'est pas encore passé de l'autre côté, mais déjà la terreur est montée d'un cran, on bascule dans l'horreur la plus pure qui, lentement, happe et broie. "Treetop Drive 3" termine enfin dans les limbes brumeux et froids, où surgit soudainement une voix, la seule de l'album, qui nous explique ce que nous avions déjà compris : Treetop Drive peint la Mort.

À ce triptyque, s'ajoute encore un dernier titre, "Towboat", assez proche dans l'esprit de "Treetop Drive 3", cependant plus rugueux, plus libre dans son évolution et qui, dans sa longue chute, résumerait presque les trois autres. Un moment un peu à part néanmoins, ce qui ne l'empêche pas de rester un excellent morceau de dark ambient, une ultime trouée sur un monde qui fascine souvent plus qu'il n'effraie. À la clé, un premier album des plus marquants et une musique incomparable, toujours aussi saisissante et inspirante après vingt-cinq ans, un premier pas vers le monumental Morals and Dogma de 2004.

Note réelle : 4,5/5

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- Helge Sten (audio virus)
- Hans Magnus Ryan (violon)


1. Treetop Drive 1
2. Treetop Drive 2
3. Treetop Drive 3
4. Townboat



             



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