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Emmylou HARRIS - Elite Hotel (1975)
Par LE KINGBEE le 12 Août 2022          Consultée 298 fois

Véritable icône de la Country, Emmylou est comme un poisson dans l’eau dans différents registres : Country Rock, Bluegrass, Country Gospel, Folk. Au fil des ans, elle s’est même orientée vers un mixte d’Americana et de Country dite alternative sans que Music City (Nashville) ne lui adresse le moindre grief.

Et pourtant, au départ, rien ne la prédestinait à une telle carrière. Fille d’un officier des Marines, Emmylou passe sa jeunesse en Caroline et en Virginie au gré des affectations de son paternel. Adolescente, elle se voit dans le théâtre, étudie la danse avant de se lancer dans le Folk. Au milieu des sixties, elle devient serveuse tout en se produisant le soir dans le circuit de Greenwich Village. Repérée par Chris HILLMAN, elle rejoint les Fallen Angels de Gram Parsons avec lequel elle connaît une grande histoire d’amour. Mais, vous le savez sûrement, ce genre d’histoire se termine souvent mal, Gram étant victime d’une surdose en 1973.

Si "Gliding Bird", son premier album publié en 1970 par le label Jubilee, reste un échec commercial cuisant, Emmylou HARRIS rebondit avec Piece of The Sky, un disque acclamé par la critique. A peine un an plus tard, Emmylou remet le couvert avec Elite Hotel, album qui la hisse sur la première marche des charts, deux titres édités en singles lui permettant de décrocher deux premières places, tandis que "One of These Days" fait presque aussi bien en grimpant sur la 3ème marche des charts Country.

Si une photographie de Tom Wilkes (le gars qui vient de réaliser les pochettes des albums bleu et rouge des BEATLES, ou le Harvest de Neil YOUNG) permet d’installer la notoriété de la chanteuse guitariste assise devant un dépôt de bus Greyhound en plein désert Mojave, l’album doit avant tout son succès à son éclectisme novateur. Epaulée d’une équipe hors-norme, HARRIS parvient à fusionner plusieurs courants allant de la balade, au Country Rock, au Hillbilly d’antan, au Nashville Sound jusqu’à la Pop British. Enregistré en Californie sous la houlette du canadien Brian Ahern (aussi présent à la basse et à la guitare acoustique), cet album n’aurait probablement pas vu le jour s’il avait été enregistré à Nashville, Music City ayant toujours des œillères en matière de productions artistiques en cette période des mid-seventies.

Si l’unique compo' est placée en ouverture avec "Amarillo", une histoire d’amour perdu sur un tempo entraînant, l’emboîtement du banjo et de la steel pourrait combler aussi bien les amateurs de Country que les aficionados du Rock. Si HARRIS se révèle dans son élément dans plusieurs registres, le domaine de la balade demeure ici transformé par diverses bonnes pioches. C’est ainsi qu’elle redonne un coup de jeune à "Together Again" *, vieux titre sixties de Buck Owens qui figurait au départ sur la face B d’un single. Si la version d’origine avait permis de mettre en valeur Tom Brumley, grand spécialiste de la pedal steel, la reprise reste un modèle du genre via la virtuosité de Ben Keith (ex-Patsy CLINE, MOTHER EARTH, Neil YOUNG) associé au débutant Hank DeVito (futur Don Williams, Hoyt Axton). Une balade qui grimpa sur la 1ère marche des charts.
Seconde bonne trouvaille avec "Sweet Dreams" **, hit de Don Gibson et futur succès de Faron YOUNG et Patsy CLINE et accessoirement second Number One pour Emmylou. Si le titre a fait l’objet de nombreuses covers par tout ce que Nashville compte de chanteuses et chanteurs, il est aussi tombé dans l’escarcelle de la musique noire via Bettye SWAN, Esther Phillips ou Mighty Sam McClain. Malgré ce florilège de covers de tout poil, HARRIS parvient à se réapproprier la chanson, le phrasé de gratte de James Burton ne pouvant laisser insensible que les sourds. Résumer le charme et la qualité du disque à ces deux Numéro Un serait à notre sens largement réducteur, on retrouve ainsi plusieurs balades d’un niveau similaire. De son aventure avec Gram Parsons, elle reprend "Sin City" ***, apportant une touche plus romantique et glamour que celle des FLYING BURRITO BROS. Autre petite douceur avec "Till I Gain Control Again" de Rodney Crowell, futur membre du Hot Band de la chanteuse. Si la chanson sera curieusement reprise par moult péquenots en stetson, aucune n'arrive à la cheville de cette interprétation. Seule Alison KRAUSS parviendra à rivaliser avec Emmylou dans un Tribute dédié à son idole.
Autre petite balade accédant au podium des charts Country, "One of These Days"**** compo' d’Earl Montgomery (frère de Melba) avait fait l’objet d’un premier single de George Jones. Là, Emmylou nous délivre une interprétation hautement plus convaincante, une ode à la liberté et aussi un petit clin d’œil mystique au Seigneur. Si Tammy WYNETTE a repris la chanson dans une veine similaire, il en sera tout autrement de l’actrice Carole LAURE qui transforme cette belle balade en un vrai chemin de croix. La chanteuse apporte une touche de mélancolie au "Here, There and Everywhere", titre des BEATLES figurant dans l’album Revolver. Pour les amateurs d’anecdote, la chanson a récemment été reprise par Sean Ono Lennon et Elvis COSTELLO lors de la célébration du 80ème anniversaire de Sir Paul McCartney. Si "Satan's Jewel Crown" diffuse une agréable mélodie pleine de nostalgie et de tendresse, on goûte moins les paroles de ce Country Gospel popularisé par les Louvin Brothers et tombé depuis dans la besace de nombreux groupes Bluegrass des Appalaches.

Avec l’appui du Hot Band, HARRIS sait aussi accélérer la cadence à bon escient, c’est ainsi qu’on retrouve deux pioches issues du répertoire de Gram PARSONS avec "Wheels", titre de fermeture qui prend une légère dégaine entre Psy et Country Alternative. "Ooh Las Vegas", tiré de l’album posthume Grievous Angel, nous invite à une entraînante quadrille. Le titre sera repris dans un registre plus froid par les canadiens Cowboy Junkies. Grand succès d’Hank WILLIAMS, "Jambalaya", l’un des hymnes des bayous louisianais, a été mis à toutes les sauces. Inspiré du "Gran Prairie" d’Happy Fats, la chanson est ici délivrée avec une certaine sagesse, presque trop respectueuse. On a connu des versions plus aventureuses (Brenda LEE, Shocking Blue ou Doug Kershaw).
En guise de conclusion, adressons une petite mention à "Feelin' Single, Seein' Double", compo' de l’excellent songwriter Wayne Kemp, reprise par George Jones en version Hillbilly Rock. Il faudrait être malentendant ou cul-de-jatte pour ne pas se lever de sa chaise et taper du pied sur ces paroles espiègles : Well, I really had a ball last night - I held all the pretty boys tight. Un programme alléchant !

Devenu un grand classique de la Country mid 70’s Elite Hotel, s’il a contribué à lancer la carrière de cette légende de la Country, n’a pas pris une ride. Si on peut aujourd’hui mettre un petit bémol sur les deux pistes aux fragrances prêchi-prêcha, rappelons que le Seigneur est une thématique souvent employée dans le domaine de la Country. Si l’album bien produit par Brian Ahern (futur mari de notre chanteuse) récolta un Grammy lors de sa sortie, la Warner resta Gros-Jean comme devant, Emmylou refusant d’enregistrer une seconde mouture afin de ne pas tomber la tête la première au fond d’un genre, celui de la Country à pognon.


*Titre homonyme à ceux de Janet Jackson, Paul Anka.
**Titre homonyme à ceux de Yes, Eurythmics, Captain Beyond et Beyoncé.
***Titre homonyme à celui d’AC/DC.
****Titre homonyme à ceux de Pink Floyd, Mose Allison, Ten Years After, Neil Young, Paul McCartney.

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- Emmylou Harris (chant, guitare)
- James Burton (guitare)
- Amos Garrett (guitare)
- Rodney Crowell (guitare, chœurs)
- Bernie Leadon (guitare, chœurs)
- Herb Pedersen (guitare, banjo, chœurs)
- John Starling (guitare, chœurs)
- Rick Cunha (guitare)
- Brian Ahern (guitare, basse)
- Ben Keith (pedal steel)
- Hank Devito (pedal steel)
- Mike Auldridge (dobro)
- Emory Gordy Jr. (contrebasse, choeurs)
- Byron Berline (fiddle, mandoline)
- Ron Tutt (batterie)
- John Ware (batterie)
- Glen Hardin (piano)
- Bill Payne (piano)
- Mickey Raphael (harmonica)
- Dianne Brooks (chœurs)
- Linda Ronstadt (chœurs)
- Fayssoux Starling (chœurs)
- Jonathan Edwards (chœurs)


1. Amarillo
2. Together Again
3. Feelin' Single - Seein' Double
4. Sin City
5. One Of These Days
6. Till I Gain Control Again
7. Here, There And Everywhere
8. Ooh Las Vegas
9. Sweet Dreams
10. Jambalaya
11. Satan's Jewel Crown
12. Wheels



             



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