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Emmylou HARRIS - Evangeline (1981)
Par LE KINGBEE le 29 Août 2022          Consultée 254 fois

Les années filent comme le vent mais Emmylou HARRIS a toujours le vent en poupe, demeurant l’une des plus grosses têtes d’affiche de la Country Music, genre dans lequel les branches se multiplient au gré des modes et des innovations.

Tout va très bien pour Emmylou, elle vient de participer à "The Legend Of Jesse James", de l’anglais Paul Kennerley, en compagnie de Levon HELM, Johnny CASH et Albert LEE, disque qui ne connaît qu’un succès minime mais contribue à établir son auteur comme l’un des bons songwriters du moment et aussi à rapprocher notre anglais d’Emmylou, celle-ci devenant Madame Kennerley pendant près de huit ans. La chanteuse vient aussi de grimper dans les charts Country suite au single "That Lovin' You Feelin' Again", un duo comme les Américains en raffolent, enregistré en compagnie de Roy ORBISON.

Comme le dit l’adage, il faut battre le fer pendant qu’il est chaud : pour la Warner, Emmylou constitue une artiste financièrement très attrayante, aussi la firme décide qu’il est grand temps de ressortir une galette. Après tout, la femme aux bottes n’a enregistré que deux albums en à peine 14 mois (Roses In The Snow et Cimarron).

Toujours placée sous la houlette du multi-instrumentiste producteur Brian Ahern, accessoirement époux de la chanteuse, HARRIS propose un album qui va quelque peu désarçonner la critique américaine. Les principaux membres du Hot Band sont toujours là, Emmylou peut aussi compter sur les présences d’autres fidèles : les ingé-son Donivan Cowart et Bradley Hartman alors que la Warner fait appel au designer Tim Ritchie (déjà responsable de la pochette de Cimarron). Celui-ci, ne se cassant pas la tête, décide d’utiliser une photographie d’Olivier Ferrand* (vu lui aussi pour "Cimarron"). Le physique avantageux de la chanteuse a beau se prêter à des visuels d’une simplicité parfois déroutante, la pochette annonce la couleur avec ses bottines à franges et une robe longue à fleurs évocatrice du style Western. On est en présence d’un disque Country. La pochette s’avère pourtant plus complexe qu’il n’y paraît : Emmylou ajuste de longs gants à manches sur ses bras, geste qui pourrait passer pour anodin mais révèle volontairement un détour par une musique non pas plus sophistiquée mais échappant quelque peu au domaine de la Country.

Sur les dix pistes de l’album, sept proviennent de sessions antérieures, Emmylou enregistrant pour l’occasion trois nouveaux morceaux. A la lecture de ces lignes, on pourrait se dire qu’il y a là anguille sous roche et que Warner nous propose une bonne refourgue tout en s’en mettant plein les poches, le disque étant épuisé un an après sa sortie. Quatre décennies plus tard, l’impression des premières écoutes nous orientant vers un album biscornu, sans trame clairement établie et à la sonorité hélas très eighties, mérite d’être revue et corrigée.

Le disque s’ouvre sur la compo de l’infatigable Rodney Crowell, "I Don’t Have To Crawl", une balade avec claviers, guitare qui parle pour ne rien dire et surtout un texte affligeant sur les rapports entre un homme et une femme. Rien de bien mirobolant en guise de mise en bouche d’autant que la production et l’orchestration sonnent vraiment eighties. Belle compo de Paul Siegel, "Spanish Johnny" avait été préalablement gravée par David Bromberg dans une version Folk de bonne facture. Ici, ce qui aurait pu devenir un brillant morceau d’Americana se trouve plombé par la présence de Waylon Jennings, d’où une relative déception avec ce duet (duo) péquenot dont est si friand le public ricain. Emmylou parvient à nous séduire avec "Millworker", une compo du songwriter James Taylor initialement écrite pour la comédie de Broadway "Working". Le timbre de la voix sied parfaitement au morceau, idem pour les guitares acoustiques, le léger soufflet d’harmonica et le bref passage de pedal steel plein de sobriété. Ce titre relègue, à notre sens, la reprise ampoulée de Bette MIDLER. Chez nous, il se voit adapté avec une certaine veine par Francis CABREL pour devenir "La Fabrique". Excellent titre de Robbie Robertson, "Evangeline" ** constitue l’un des moments forts de l’album, même si la version originale du BAND (avec Emmylou) n’est pas égalée. Titre de fermeture et dernier apport de Cromwell, "Ashes By Now" aurait pu survoler s’il n’était pas alourdi par des effets de guitares bien caractéristiques de la décennie. Une version qui renvoie cependant dans ses buts la cover ridicule de Lee Ann Womack. Le domaine de la balade se clôt ici sans réellement donner entière satisfaction.

Deux reprises plutôt rock s’agglutinent on ne sait trop comment aux balades. De son aventure peu ordinaire avec Gram PARSONS, Emmylou reprend "Hot Burrito # 2", titre phare des FLYING BURRITOS BROS. Si l’original flirtait avec la country psyché, la présente version se révèle trop pantouflarde pour nous faire lever de notre chaise et aller taper deux pas de danse. On reste sur une impression similaire avec "Bad Moon Rising", superbe hit du CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL de John FOGERTY. Le titre a été repris à toutes les sauces, il est même tombé dans la besace de groupes Zydeco, mais là, la poudre semble mouillée et le pétard ne nous pète pas aux oreilles. Comble, le passage au piano nous renverrait presque à la version pépère de Jerry Lee LEWIS.

HARRIS nous convie ici à une étonnante expédition à laquelle elle ne nous avait pas habitué, le Jazz. C’est ainsi qu’elle reprend "How High The Moon", standard des années 40 popularisé par la comédie musicale "Two For The Show". Ce grand classique des comédies de Broadway a été mitonné à toutes les sauces ; si on se souvient des versions de Gene Krupa, Benny Goodman ou de Django Reinhardt, Emmylou contribue à apporter un certain cachet via les jeux de guitare de James Burton et de Brian Ahern et le dobro espiègle de Jerry Douglas. L’orchestration impulse un décor Nashville Rock Jazzy au "Oh Atlanta" de LITTLE FEAT. Terminons notre tour d’horizon avec "Mr. Sandman", œuvre de Pat Ballard popularisée par Vaughn Monroe et les Chordettes qui firent grimper cette comptine entraînante sur la &ème marche des charts en fin 54. Pour l’anecdote, cette histoire du Marchand de Sable avait été enregistrée en trio par Emmylou, Linda RONSTADT et Dolly PARTON mais ne sortira que bien plus tard. La version single d’Emmylou se classe à la 8ème place du Billboard. La chanson figure dans une pléiade de films hollywoodiens, de séries TV et de jeux vidéo. Chez nous autres, une célèbre grande surface a utilisé la version d’Emmylou avec l’espoir qu’on remplisse nos caddies de superflu. Les paroles comblent toujours l’imagination des enfants et des cœurs solitaires : Mr. Sandman, bring me a dream (bung, bung, bung, bung) - Make him the cutest that I've ever seen - Then tell him that his lonesome nights are over.

Paradoxalement, si la presse lui accorda une critique mitigée lors de sa sortie, probablement décontenancée par un répertoire sans queue ni tête, le public se montra plus enthousiaste, le disque étant rapidement épuisé. Aujourd’hui, les amateurs d’Emmylou HARRIS accordent une plus grande importance à cet Evangeline. La notion d’éclectisme semble avoir pris le pas sur celle d’incohérence. Pour notre part, cet album vaut un petit 3, l’apparition de "Mr. Sandman" au générique de plusieurs bons films (Halloween II, Stand By M", Philadelphia ou Deadpool) a certainement joué favorablement sur notre inconscient.

*Homonyme de l’ancien député des Bouches-du-Rhône.
**Chanson homonyme avec le poème d’Henry Longfellow.

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- Emmylou Harris (chant, guitare)
- Waylon Jennings (chant 3)
- Brian Ahern (guitare, basse, tambourin)
- Rodney Crowell (guitare)
- James Burton (guitare)
- Amos Garrett (guitare)
- Albert Lee (guitare, piano)
- Ricky Skaggs (guitare, mandoline, fiddle)
- Tony Rice (guitare, chœurs)
- Frank Reckard (guitare)
- Hank Devito (pedal steel)
- Jerry Douglas (dobro)
- Steve Fishell (dobro)
- Mike Bowden (basse)
- Emory Gordy Jr (basse)
- Larrie Londin (batterie)
- Hal Blaine (batterie)
- Dave Lewis (batterie)
- John Ware (batterie, percussions)
- David Briggs (piano)
- Tony Brown (piano)
- Dr. John (piano)
- Don Johnson (piano, chœurs)
- Glen Hardin (piano)
- Bill Payne (piano)
- Lynn Langham (synthétiseur)
- Mickey Raphael (harmonica)
- Dolly Parton (chœurs 9)
- Linda Ronstadt (chœurs 9)
- Herb Pedersen (chœurs)
- Barry Tashian (chœurs)
- Cheryl White (chœurs)
- Sharon White (chœurs)


1. I Don't Have To Crawl
2. How High The Moon
3. Spanish Johnny
4. Bad Moon Rising
5. Evangeline
6. Hot Burrito #2
7. Millworker
8. Oh Atlanta
9. Mister Sandman
10. Ashes By Now



             



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