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Bobbie GENTRY - Touch' Em With Love (1969)
Par LE KINGBEE le 17 Février 2023          Consultée 871 fois

Il n’est jamais facile de confirmer après un premier hit. En 1969, le parcours de Bobbie GENTRY aurait plutôt tendance à s’enliser pour plusieurs raisons : la personnalité fluctuante d’une artiste sans réel plan de carrière, la diversité de son répertoire, l’apport de Capitol, firme mondiale certes mais souffrant d’une production lourde, peu artistique, dont le mot d’ordre se résume souvent en un mot : vendre. En dehors du carton inattendu de "Ode To Billie Joe", Bobbie vient d’enregistrer Bobbie Gentry & Glen Campbell, un disque en duo avec le beau Glenn, autre artiste du label. Guitariste chanteur, sideman des BEACH BOYS, membre du Wrecking Crew, acteur à ses heures perdues apparaissant au générique du film Le Sillage de la violence avec Steve McQueen et du premier True Grit, le beau Glenn associé à l’ancienne mannequin connaissent encore un bon succès, l’album se classant à la 11ème place du Billboard et sur la 1ère marche du Top Country Albums, palmarès édité par ce même Billboard.

A travers ces quelques lignes, on est en droit de se demander si Bobbie GENTRY est totalement en phase avec son label. La future trentenaire vient de produire une série d’émissions pour la BBC, en plein cœur de Londres. En réalité "Touch ‘Em With Love" retranscrit parfaitement le caractère touche à tout de la chanteuse. Excellente auteure et parolière, Bobbie se retrouve transformée par son label dans la peau d’une chanteuse Blue-Eyed-Soul *, registre dont les subtilités échappent à la firme.

La pochette reste pour le moins équivoque, n’indiquant en rien le registre de ce cinquième opus. Que signifie la tenue vestimentaire de la chanteuse ? Capitol veut-il nous orienter vers un répertoire Folk ou Country ? Même sentiment avec le titre pour le moins ambigu qui nous renverrait furtivement à des ballades sentimentales. Après examen rapide des dix plages, on constate qu’il s’agit là d’un disque essentiellement constitué de reprises, seuls deux titres provenant de la plume de GENTRY. Mais c’est le nom de Kelso Herston, chargé de la production, qui étonne le plus. Kelly Gordon, sans doute trop occupé par l’enregistrement de Defunked, son premier disque comme chanteur, n’est plus de la partie. La participation d’Herston demeure confondante. Ancien guitariste bassiste de session pour Johnny CASH, Dolly PARTON et Loretta LYNN, passé à la production chez United, Mercury puis spécialisé dans la production de jingles publicitaires, Herston ne semble pas vivre sur la même planète que la chanteuse. Il semble que Capitol ait décidé de faire appel à un producteur connu pour ses succès dans le monde de la Country et dans le tout-venant instrumental afin de donner une nouvelle orientation à sa chanteuse. Pour les parties orchestrales et arrangements, Herston fait appel à Hank Levine dont le fait d’arme consiste à avoir servi de chef-d’orchestre arrangeur pour Dolton Records, un modeste label de Seattle. Les deux hommes se connaissent suite à leur collaboration avec le chanteur Bobby Goldsboro. Don Tweedy, un ancien saxophoniste dont l’unique prouesse demeure l’enregistrement d’un vinyle pour United Artists, vient complèter un tableau qui ressemble fort à du sous Ray Conniff.

D’emblée, l’accent est mis sur une coloration Soul avec "Touch ‘Em With Love", titre de John Hurley donnant son nom à l’album. Si Brooke Benton avait enregistré la chanson pour Cotillion Records trois mois plus tôt dans une tendance churchy, ici c’est un accompagnement plus fécond qui épaule la chanteuse. A notre grande surprise, pas de reproche à rapporter, même si on ne peut s’empêcher de penser que ce même titre enregistré à Muscle Shoals aurait probablement fait un malheur.
Changement de cap avec "Greyhound Goin' Somewhere", une ballade Country Folk avec léger passage d’harmonica dont le texte reprend le thème de la séparation au sein d’un couple. A l’origine ballade Bluegrass du banjoïste John Hartford, "Natural To Be Gone" prend une dimension plus orchestrale mais Levine prend soin d’incorporer les arpèges d’un banjo dans son orchestre.

Retour à la Pop ou à la Variété Internationale avec "I Wouldn't Be Surprised", une ballade du texan Larry Henley avec piano, un titre gentillet qui pourrait sans problème s’intégrer dans une galette de Carly SIMON ou de Leo Sayer. On reste sur la même lignée avec "Where’s The Playground, Johnny", une compo de Jimmy Webb préalablement enregistrée par Glen Campbell. Mais, entre les deux interprétations, la voix change carrément la donne avec, d’un côté, une voix de fausset nasillarde et, de l’autre, un timbre multidimensionnel aussi à l’aise dans la Soul, le Rock ou le Folk.

Au final, le timbre de Bobbie GENTRY fait encore mouche sur "You've Made Me So Very Happy", titre des sœurs Holloway publié par la Motown. La chanson connaît un retentissant coup de pouce deux ans plus tard en 1969, BLOOD SWEAT & TEARS la faisant grimper sur la seconde marche du podium. Pour les amateurs d’anecdotes, s’il a été repris moult fois, le titre fit l’objet d’une reprise par CHER éditée uniquement en single et dont la version initialement prévue pour figurer dans l’album 3614 Jackson Street serait passée à la trappe suite à une erreur de montage des bandes. Les mauvaises langues prétendent que l’interprétation de CHER était si médiocre que la firme Atco ne la publia qu’en single, afin d’être raccord avec le contrat de la chanteuse.

Deux reprises se détachent de l’ensemble par leur notoriété : "I’ll Never Fall In Love Again" issue de la comédie musicale Promises, Promises tirée du film aux cinq Oscars de Billy Wilder The Apartment (La Garçonnière). Composé par le prolifique tandem Burt Bacharach♦/Hal David, le morceau figure aussi au générique du film Austin Powers 2. L’orchestre offre ici un accompagnement sur mesure au rythme millimétré tandis que Bobbie GENTRY distille un chant loin de tout maniérisme. Une version qui relègue bien loin celles de Dionne WARWICK, Isaac HAYES ou des CARPENTERS, trop lentes ou trop rapides. Chez nous, Isabelle (fille de Louis De Funes) a adapté la chanson sous l’intitulé "Ne me parlez plus d’amour", interprétation qui ne connut aucun succès.
GENTRY reprend une seconde compo de John Hurley et Ronnie Wilkins, "Son Of A Preacher Man", leur chef-d’œuvre, popularisé par Dusty SPRINGFIELD. Si la version originale mérite d’incroyables louanges, on peut se demander si celle-ci ne lui est pas au moins égale. L’orchestre semble en symbiose avec la chanteuse, le rythme côtoie juste la bonne mesure et GENTRY fait preuve d’un feeling sans poudre aux yeux. Selon nous, l’un des trois meilleurs enregistrements avec ceux de Dusty SPRINGFIELD et d’Erma FRANKLIN.

Deux originaux, curieusement placés en fin de face A, viennent agrémenter la palette. "Seasons Come, Seasons Go" fleure un délicat mélange de Folk et de Pop comme GENTRY savait si bien les agencer. On se demande aujourd’hui si elle ne changerait pas certains couplets, vu le réchauffement climatique dont nos dirigeants, nos politiques et les consortiums industriels sont les plus grands coupables. Si le morceau est égrainé à cinq reprises par son titre, renforçant une impression de grande quiétude, un harmonica fort discret apporte un sentiment de mélancolie.
Avec sa brève intro de basse, "Glory Hallelujah, How They'll Sing" collectionne les paradoxes ; si la mélodie et l’orchestration constituent un point d’ancrage festif, le texte semble plus ambigu, voire pas catholique, laissant poindre une critique à peine déguisée des réunions paroissiales dominicales, tradition et coutume inhérente à l’Amérique puritaine du Grand Sud. Et puis, en fin de morceau, la strophe A small boy whispers to his mama "Do natives go to Heaven ?" met un doigt sur les inégalités que traversent le pays, comme si les gens ne naissaient pas égaux entre eux.

Si, au départ, on pouvait se montrer craintif, vu la participation des arrangeurs et la présence de Kelso Herston à la prod'., Bobbie entraîne tous les musiciens dans son sillage superbement bigarré. Certains pourront reprocher un manque de constance, mais GENTRY comme souvent ne reste pas figée les deux pieds dans le même sabot et prouve par sa diversité qu’elle est à l’aise comme un poisson dans l’eau aussi bien dans la Soul que le Folk ou la Pop. Un album dont le titre exprime un appel à la tolérance.

Note réelle 3,5.


*Certains journalistes et chanteurs considèrent cette appellation ambiguë, d’autres estiment qu’elle est carrément raciste. Raison pour laquelle certains emploient le terme White Soul, registre dont Dusty SPRINGFIELD, The Box Tops et les Righteous Brothers (pas plus frères que vous et moi soit dit au passage) sont les fers de lance.
♦A l’heure où ces modestes lignes apparaitront sur le site, on apprenait le décès du prolifique Burt BACHARACH, co-auteur d’un titre de l’album.

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- Bobbie Gentry (chant)
- Hank Levine (orchestre et arrangements)
- Don Tweedy (saxophone, orchestre, arrangements)


1. Touch 'em With Love
2. Greyhound Goin' Somewhere
3. Natural To Be Gone
4. Seasons Come, Seasons Go
5. Glory Hallelujah, How They'll Sing
6. I Wouldn't Be Surprised
7. Son Of A Preacher Man
8. Where's The Playground, Johnny
9. I'll Never Fall In Love Again
10. You've Made Me So Very Happy



             



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