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1971 Wet Willie
1972 Wet Willie II

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WET WILLIE - Wet Willie Ii (1972)
Par LE KINGBEE le 13 Mars 2023          Consultée 219 fois

Parmi la vingtaine de pochettes ayant orné les murs de l’espace Hi-Fi de Phil « Scout » B., ancien vendeur du magasin Pygmalion et grand spécialiste des registres Southern Rock et Soul Sudiste, ce visuel aura connu une place de choix. Contrairement à d’autres inexorablement remplacées au fil du temps, elle n’a jamais été délogée, jusqu’à ce que Scout quitte ses pénates parisiennes pour la Charente.
Cet aparté pourrait résumer à lui seul l’importance d’un disque qui n’aura connu que peu de succès chez nous au moment de sa sortie, principalement en raison de son importation et d’un prix excessif.
En 1972, les charts US glorifient un panel musicalement relativement varié regroupant entre autres Neil YOUNG ("Heart Of Gold") Harry WILSON ("Without You"), Bill WITHERS ("Lean On Me") et en fin d’année le "Me And Mrs Jones" de Billy PAUL. En Terre Gauloise, on se trémousse sur "Popcorn" de Hot Butter, les filles rêvent et pleurent avec Mike Brant tandis que les radios s’emparent de "L’Avventura" chanté par le sympathique couple Stone et Charden. Premier constat, pas une once de Rock Sudiste là-dedans !

Au même moment, le label Capricorn de Phil Walden change de distributeur, exit Atlantic remplacé par Warner Bros. Depuis un an, Capricorn a modifié ses rondelles de 33 tours, désormais c’est bien le nom du label qui flotte en guise de bannière en lieu et place d’Atco. Second gros changement, le studio d’enregistrement, anciennement détenu par Phil Walden, son frère Alan et le regretté Otis REDDING tragiquement décédé fin 67 dans l’accident de son Beech 18, subit une importante rénovation suite aux arrivées de Jim Hawkins et Tom Hidley, concepteur de studios d’enregistrements et ingé-son de génie. Phil Walden voulait créer une sorte de mixture combinant le son de la Stax à celui de FAME Records. Cette galette provient de plusieurs sessions s’étant déroulées d’une part à Macon et d’autre part à Muscle Shoals.

En cette belle année 72, WET WILLIE enregistre son second disque avec une line-up inchangée, juste complétée par l’arrivée d’un second guitariste Wick Larsen ; l’anglais Eddy Offord en charge de la production et des consoles est toujours là. Offord connait une période luxuriante, participant à une poignée d’albums qui feront date : Close To The Edge de YES, Trilogy d’EMERSON, LAKE & PALMER. Avec une pochette ne renseignant en rien sur son contenu, laissant place au doute et à l’incertitude, on pourrait presque penser que Capricorn était à côté de ses pompes avec cette paire de godillot sur le point d’être engloutis par la marée. Les esprits sombres y verront eux une transcription au suicide avec cette paire de chaussure laissées dans l’eau à l’image d’une lettre annonçant un départ pour un monde meilleur. Toujours est-il que s’il interroge, le visuel de ce disque ne lui sera en rien bénéfique en termes de vente, les gens n’étant pas trop curieux par nature et ne voulant surtout pas dépenser plus de 20 balles pour entrevoir de quoi il s’agissait. N’oublions pas non plus un titre qui n’a rien d’engageant, après un premier éponyme, le label n’a guère fait preuve d’imagination avec ce second intitulé qui a cependant le mérite d’être clair.

Contrairement à son premier disque, la formation propose un album moins personnel, sur neuf titres on ne retrouve que cinq compositions. Cependant, d’entrée de jeu on sent que la mayonnaise est montée en gamme avec une impayable reprise de "Shout Balabama". Sur une compo aussi délirante que rythmée d’Otis REDDING, le groupe jette les fondations d’un Rock Sudiste patiné de R&B. Si Mickey Murray et Johnny Corley (alias The FANTASTIC JOHNNY C) avaient repris la chanson durant les sixties dans une orientation Soul, ici le piano de Johnny Anthony et le chant plein de fougue de Jimmy Hall nous expédient sur les terres de COMMANDER CODY. Agrémenté d’un texte désopilant, ce premier titre se déguste comme une invitation à la danse, on se laisse encore prendre par des paroles pour le moins cocasses : "I'm shoutin' Bamalama - Lord have mercy on my soul - How many chickens have I stole - I'm going back and tryin' to get 10 or 11 more. Une hilarante parabole sur le travail à la chaine, la religion et la pauvreté".
Une fois n’est pas coutume, rendons à César ce qui lui appartient. Si Elmore JAMES a grandement popularisé "It Hurts Me Too", il s’agit bel et bien d’un titre de Tampa Red qui inspirera plus tard Big Bill Bronzy avec "When Things Go Wrong". Toujours est-il que le groupe nous offre encore un virage à 90 degrés avec ce Blues lent particulièrement moelleux dans lequel le piano et la sobriété d’une guitare aérienne tissent un doux cocon. Si les puristes et adeptes de la slide lui préfèreront les versions d’Elmore James ou Junior WELLS, la symbiose entre les différents instruments et le chant nous semblent parfaite de maitrise. Une reprise qui évoque celle de John MAYALL.
Troisième reprise, en ouverture de face B, avec "Keep On Knockin'", un Rock n Roll énergique popularisé en 1957 par Little RICHARD. Là encore si l’auteur de la chanson demeure incertain (on évoque tour à tour Perry Bradford et Mayo Williams) le titre mis à toutes les sauces (R&B, Western Swing, Blues, Blues Rock, Zydeco) reprend ici le concept de la version la plus connue, celle de Little Richard, Jimmy Hall au saxophone marchant sur les traces de Grady Gaines. On peut s’étonner qu’un texte aussi répétitif puisse avoir engendré autant de succès et de reprise avec cette histoire d’un amant éconduit par sa belle qui refuse invariablement de lui ouvrir sa porte. La guitare de Rick Hirsch tisse un entrelac limpide sur "Grits Ain’t Groceries", un R&B fifties de Titus Turner aussi connu sous le nom de "All Around The World". Repris par Little Willie John et bien plus tard par Little Milton, cette piste met en avant la voix chaleureuse de Jimmy Hall.

Les cinq compos reflètent l’éclectisme des différents membres et dévoilent une certaine affiliation avec l’ALLMAN BROTHERS BAND. Après une intro de piano électrique, "Love Made Me" monte en cadence, Wick Larsen avec sa guitare rythmique jouée à plat produit un son de steel guitar, alors qu’en contrepoint Ricky Hirsch apporte une coloration nettement plus Rock. Changement de ton avec l’instrumental "Red Hoy Chicken" où tour à tour le piano, le saxophone se taillent la part du roi , bientôt remplacé par un excellent travail de percussions et un jeu d’harmonica évocateur de celui de Magic Dick et du J. GEILS BAND. Une histoire sans paroles dans laquelle fusionnent Rock Sudiste, Soul et Free Jazz. Une guitare wah-wah ouvre les premières mesures sur "Airport" *, on croirait par moment entendre un mixte entre la gratte de Duane ALLMAN et la future talk-box de Peter FRAMPTON. Composé par Ricky Hirsch, "Shotgun Man" pourrait s’insérer dans un disque du J. Geils Band, si l’harmonica s’offre ici un bon petit solo, le duel entre les deux guitares vient booster l’ensemble et vaut assurément le détour. Wet Willie, reste rarement figé les deux pieds dans le même sabot, comme en atteste "Shaggi’s Song", une ballade de Wick Larsen qui pourrait aussi bien provenir de LYNYRD SKYNARD que du "Exile On Main Street" des STONES avec en guise de mise en bouche une excellente intro de dobro.

Si l’apport d’une seconde guitare laisse penser que Wet Willie voulait alors se rapprocher de l’Allman Brothers Band, c’est en priorité les apports de sax et d’harmo et la complémentarité entre les claviers de John Anthony et la guitare de Ricky Hirsch (futur accompagnateur de CHER, Bonnie BRAMLETT et Randy NEWMAN) qu’on retient cinquante ans après sa sortie. Certains spécialistes prétendent que ce disque, comme beaucoup d’autres, a été bouffé par le succès de « Eat A Peach » de l’Allman Brothers Band. Un disque à ranger entre Grinderswitch et Doctor Hook & The Medicine Show. Les deux premiers disques de Wet Willie ont été regroupés et remasterisés en 2020 par Beat Goes On (BGO) en format CD.

*Titre homonyme à celui des Motors.

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- Jimmy Hall (chant, harmonica, saxophone, percussions)
- Ricky Hirsch (guitare, chœurs)
- Wick Larsen (guitare, dobro)
- Jack Hall (basse, chœurs)
- Lewis Ross (batterie)
- John Anthony (piano, orgue, chœurs)
- Donna Hall (chœurs)


1. Shout Bamalama
2. Love Made Me
3. Red Hot Chicken
4. It Hurts Me Too
5. Keep On Knockin'
6. Airport
7. Grits Ain't Groceries
8. Shoutgun Man
9. Shaggi's Song



             



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