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VARIÉTÉ FRANÇAISE  |  B.O FILM/SERIE

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- Style : Claude Nougaro

Michel LEGRAND - Les Maries De L'an Deux (1971)
Par MARCO STIVELL le 5 Avril 2025          Consultée 88 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Si la Révolution Française n'est pas votre période favorite de l'Histoire du meilleur pays du monde (et le plus honnête), tentez tout de même Les Mariés de l'An Deux, second film de Jean-Paul Rappeneau. Déjà que ce réalisateur bourguignon, exceptionnel, fait rimer originalité et qualité, ici et comme dans le précédent, La Vie de Château (1966), c'est un bon cocktail de rires avec de l'action à un bon rythme, tout comme les sentiments et avec un fond contextuel bien tapissé. Rappeneau s'est appuyé ici sur deux choses : une image d'époque montrant les gens faisant la queue pour demander le divorce quand le régime révolutionnaire l'a instauré comme première mesure nouvelle d'importance au mépris du clergé, ainsi que les événements de mai 68 survenus depuis son premier long métrage. Il passe du noir et blanc à la couleur et voit les choses en grand.

Son récit est, tout comme le précédent, complété par Claude Sautet, 'le redresseur de scénario' comme l'appelle François Truffaut, avec également des touches d'un certain Maurice Clavel, ancienne grande figure de la Résistance et toujours très engagé, notamment lors de mai 68. Le rôle protagoniste de Nicolas revient avec le plus grand naturel à Jean-Paul Belmondo qui sort tout juste de Borsalino (sur lequel Sautet a travaillé également), rien à voir donc, mais qui tient ici un épéiste bagarreur plein d'héroïsme encore plus fort que l'inoubliable Cartouche (1962). Cet exilé français au Sud louisianais (déjà un petit pied pour Rappeneau sous les tropiques, avant d'y revenir plus volontiers avec Le Sauvage, autre perle future de 1975) a réussi sur le plan social et doit épouser la fille d'un grand patron, mais le jour de l'union, on découvre qu'il est déjà marié ! Comme le sieur Davison le veut vraiment pour gendre, il le réexpédie en France, à Nantes où Nicolas doit retrouver son ex-compagne, Charlotte, pour réclamer le divorce instauré par le régime de la Révolution alors tout frais.

Seulement, Charlotte, jouée brillamment par une Marlène Jobert (avant de devenir tatie de la chanteuse ELSA, maman de l'actrice Eva Green et conteuse pour enfants) qui a déjà croisé Belmondo dans Le Voleur de Louis Malle en 67, est du genre coureuse et le tout ne va pas être aisé. Surtout que, bien malgré lui, Nicolas se retrouve plongé en plein complot royaliste/chouan face aux Révolutionnaires comme ce délégué interprété par l'excellent Julien Guiomar. Et comme souvent avec Rappeneau, on ne voit rien venir : des plantations américaines en passant par Nantes et ses échauffourées, on finit en beauté dans le nord-est en pleine lutte contre les Autrichiens. Le tout est rendu épique, avec une brochette d'acteurs des plus sympathiques : Pierre Brasseur (déjà présent dans La Vie de Château, de nouveau ici père de fille caractérielle), Patrick Préjean, Georges Beller, Sim (qui se devait de jouer un souffre-douleur), Sami Frey dont la soeur courageuse est interprétée par Laura Antonelli, Italienne brune merveilleuse qui deviendra reine des comédies érotiques en son pays. Et, en début/fin de film, on entend la voix-off du grand monsieur cabotin Jean-Pierre Marielle.

Ce petit bijou de superproduction à la française (avec la bénédiction d'Alain Poiré, père de Jean-Marie qu'il avait déjà largement précédé sur les voies des triomphes successifs) demeure néanmoins rythmé principalement par l'idée d'un tandem Belmondo/Nicolas-Jobert/Charlotte que rien ne peut séparer, pas même un divorce sous les coups de canon (scène des plus marrantes !). D'où ce thème formidable concocté par Michel LEGRAND, compositeur favori de Rappeneau à ses débuts (il l'avait déjà employé pour son premier film et le rappellera pour son troisième). "Les Mariés de l'An II" est une grande ballade classique, puisqu'on est vraiment dans les cinquante années qui portent ce courant musical entre la mort de Jean-Sébastien BACH (1750) donc la fin du baroque, et les futurs élans du romantisme. Clavecin rythmique, orchestre de cordes et flûtes rêveuses, magiques et gracieuses, doublure de hautbois, avant que les cuivres n'entrent en masse pour un refrain plus mélodramatique mais tout aussi superbe, c'est du grand art par un grand chef qui sait s'adapter.

Ses aspirations jâaaaazz sont ici forcément gommées, pas complètement toutefois car aussitôt après le générique, dans la première séquence américaine de mariage, LEGRAND peut se lâcher un brin non pas de maïs mais de ce côté, par l'entremise d'une fanfare dixieland, quitte à faire un anachronisme d'un siècle. La clarinette mord joliment dans cet ensemble banjo-cuivres d'autant plus rustique qu'il sonne volontairement faux ("Cérémonie à la Villa Davison"). Il y a ensuite, avec une forte résonance, "L'An II En Marche" fait de tambours militaires et de bonnes flûtes en trilles, ce dernier terme étant ici un maître-mot de la créativité de LEGRAND, également riche d'accélérations et autres surprises, qui font la magie de cette partition cinématographique.

Pour reprendre les éléments folkloriques, "Sur le Bateau de Nantes" (où Belmondo/Nicolas rencontre un adepte du philosophe Jean-Jacques Rousseau) propose une danse médiévale entre esprit léger et galant à la fois, hautement réussie avec l'accordéon du marin mais aussi le tambourin et la vielle à roue. On retrouve ces derniers plus tard, avec "La Vieille au Lavoir", un thème dont la brièveté n'empêche point la réussite émotionnelle. Les bourdons et mélodies de vielle à roue groupées sur cette complainte en mode profane de ré dit 'dorien', ne sont pas sans nous 'annoncer' (ceci dit avec le recul) que les années 1970 seront celles du folk français, entre l'arrivée du Breton Alan STIVELL et l'idée que si ce morceau avait eu des paroles, on aurait aimé y entendre les voix de Marie et Gabriel Yacoub, piliers de MALICORNE pas encore né. Magnifique !

À propos de chant, LEGRAND nous offre ici un seul et unique effort en la matière, à savoir "La Fête de la Raison", parfois renommé "Hymne à la République". Une chorale mixte façon gloria avec une chanteuse soliste indéfinissable (peut-être pas Danièle LICARI cette fois, monsieur Mimi ?) qui, comme le titre l'indique, loue le nouveau régime en accentuant trois temps sur quatre, sur fond de grand orgue d'église et de cordes graves en tapis (accompagnement 'discret' mais splendide). Les paroles sont en soi un bel élan cynique de la part du compositeur : 'gloire à la République, mort à tous les fanatiques' de la royauté naturellement, car il n'y en avait bien sûr pas du tout dans le nouveau camp ! En plus de cela, le chant soliste est celui qui double Laura Antonelli/Pauline de Guérande, cheffe des Chouans avec son frère Sami Frey/marquis Henri de Guérande, durant une belle séquence et très théâtrale de conspiration. En somme, de quoi donner de sacrés moments cocasses, entre un Belmondo/Nicolas ne sachant point chanter et un Guiomar/représentant républicain sous le charme, ne voyant rien venir !

En dehors de cela, la B.O de LEGRAND se poursuit sur ses airs plus classiques, au sens propre comme au figuré. On note juste des cordes un peu tango sur "Nicolas Emprisonné", où notre génie compositeur fait littéralement danser les instruments (flûtes, hautbois) avec une grande fluidité. Idem du "Galop des Aristocrates" avec le clavecin en prime, démarré sur un rythme 'croche-deux doubles' plus-cavalier-tu-meurs, puis soumis à de jolis changements très créatifs de la part de celui qui s'éclate autrement dans le jazz à l'extérieur. N'oublions pas le prodigieux "Duel" (ces retenues brusques d'instruments, dingues et jouissives !) où Belmondo en plein château chouan exprime ses talents d'escrimeur comme dans Cartouche presque dix ans plus tôt et sans que le temps écoulé depuis n'y fasse rien. "Le Menuet du Grand Champ" est plus formel mais tout aussi plaisant, avec ses cordes guillerettes faisant des trilles à gogo, une nouvelle fois.

Seule la fin de la B.O marque une légère baisse de régime (même si on n'est plus dans l'ancien, ha ha !) car LEGRAND tient à reprendre son thème principal, le générique jusque-là 'oublié' pour le triturer à diverses sauces au cours des quatre derniers morceaux. À chaque fois cependant, il y a un intérêt musical ou alors simplement lié à la scène ("Dispute Dans un Arbre" magistrale entre les deux protagonistes femme et homme), des petites variations sympathiques et forcément rythmées 'allegro' vu les titres ("L'infernale Poursuite", "La Traversée de la France"). Retenons surtout cet "Epilogue" fort joli, mode mineur lent précédant une fin ouverte en large optimiste, qui donne à mieux comprendre cette scène introductive bohémienne et clôture tout simplement l'un des films français historiques parmi les plus précieux. Comme tous les films de Jean-Paul Rappeneau.

Note réelle : 4,5

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   MARCO STIVELL

 
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- Michel Legrand (claviers, compositions, orchestrations)


1. Les Mariés De L'an Deux
2. Cérémonie à La Villa Davison
3. Sur Le Bateau De Nantes
4. Les Cadavres Dans L'estuaire
5. La Fête De La Raison (hymne à La République)
6. Nicolas Emprisonné
7. Le Menuet Du Grand Champ
8. L'an Ii En Marche
9. Galop Des Aristocrates
10. Les Retrouvailles
11. La Vieille Au Lavoir
12. Le Duel
13. L'infernale Poursuite
14. Dispute Dans Un Arbre
15. La Traversée De La France
16. Epilogue



             



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