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BREAKCORE  |  STUDIO

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VENETIAN SNARES - Cavalcade Of Glee And Dadaist Happy Hardcore Pom Poms (2006)
Par SASKATCHEWAN le 3 Octobre 2009          Consultée 3916 fois

Cavalcade Of Glee And Dadaist Happy Hardcore Pom Poms est un album mélodique. Plus ou moins… Aucun des titres présents sur cet album ne se fredonne sous la douche. Si l’un d’entre eux passait à la radio, la plupart des auditeurs dégaineraient leur portable et signaleraient un problème technique à la régie de la station. Les autres éteindraient le poste. J’ajoute encore qu’à moins d’avoir traîné ses guêtres dans le joyeux (et radioactif) monde de la musique électronique un peu barrée (un peu seulement), le fait de d’écouter cet album vous procurera une sensation d’étonnement comparable à celle qu’un individu lambda obtient en plongeant sa main dans un panier d’osier douteux, pour en sortir un serpent à sonnettes particulièrement misanthrope. Et encore, contrairement au Breakcore, le serpent à sonnettes, lui, ne fait que piquer. Mais qu’est-ce que le Breakcore ?

Le Breakcore, c’est une tentative de donner un visage humain à une musique qui ne s’en est jamais vraiment soucié, de son visage humain. On imagine qu’un jour, pendant une rave, un festivalier s’est endormi près d’une enceinte juste au moment où le set Hard Acid et Hardcore Techno émettait ses premières pulsations. Durée totale de l’évènement prévue par les organisateurs : cinq heures… On prétend souvent que le bruit assourdissant réveille immanquablement : c’est faux. Seule l’absence de bruit assourdissant après un concert cité dans les pages du Robert en exemple de la définition du mot « assourdissant » réveille immanquablement. C’est ce qui arriva à notre festivalier. Au lieu d’aller vomir ce qu’il restait de son cerveau dans un casque de CRS, comme tout individu normalement constitué le ferait après avoir été soumis à un tel assaut sonore pendant son sommeil paradoxal ; notre homme se dit que tous ces morceaux supersoniques, c’était bien gentil, mais qu’il y avait moyen de faire bien mieux. Ainsi naquit le Breakcore. Au lieu de passer à l’accélérateur les morceaux de Techno et d’Acid-House, on eut l’idée de les passer à l’accélérateur ET à la moulinette. Résultat : un chaos de rythmes qui partent dans tous les sens, même dans les sens interdits et les zones piétonnes, le tout nimbé de quelques vagues nappes de synthés, parce que l’IDM c’est chouette aussi, y’a pas de raison que l’on ne s’en inspire pas.

Cependant, il convient de préciser la place que tient le Breakcore par rapport à l’IDM, histoire de régler le cas une bonne fois pour toute. J’imagine que la majorité d’entre vous connaît l’écureuil fou de Tex Avery, dont les attributs les plus fréquents sont le marteau et le bicorne de Napoléon. Cet écureuil-là, sage, plutôt classique dans sa folie furieuse, c’est l’IDM. Imaginez maintenant que l’on dote l’animal, non plus d’un marteau, mais d’un corps d’artillerie complet, d’une escadrille de bombardiers, d’un assortiment de perceuses électriques, d’un éventail de gongs à faire pâlir le Dalaï-Lama, d’un lance flamme, de deux cuillers et d’une casserole. Ça, c’est le Breakcore. Autant dire que la première fois qu’on pose une oreille sur le genre, il vaut mieux s’être entraîné sur un marteau-piqueur un peu avant. Ou plutôt : « il valait mieux… », car depuis 2006 et la sortie de Cavalcade Of Glee Etc. sur Planet-Mu, l’ascension vers le mont Breakcore possède sa compagnie de sherpa assermentés. En effet, sur son seizième album studio (sans compter les collaborations), VENETIAN SNARES a choisi de faire la part belle aux influences IDM du genre Breakcore, histoire de sortir ses fans de l’état catatonique dans lequel le très abrasif Meathole les avait plongés. D’où le qualificatif de « mélodique » souvent apposé à cette album.

Dès lors, le Breakcore élaboré par Aron Funk n’est plus seulement divertissant, il est aussi émouvant, voire triste. VENETIAN SNARES, à travers ses tornades rythmiques complètement imprévisibles, réussit à extirper le peu de grâce qui existe dans la technologie et en fait de la musique. Seulement, la technologie ne se laisse pas faire ; la boîte à rythmes crache ses beats et recouvre tout le spectre sonore, laissant bien peu d’oxygène aux frêles compositions aux synthés qui avaient réussi à creuser leur trou dans le chaos ambiant. Cette musique-là a quelque chose d’étouffant au début : on a beau essayer de se raccrocher à la moindre esquisse de mélodie, on glisse invariablement vers l’incompréhension et la lassitude. Mais peu à peu, ce n’est plus seulement un petit passage au synthé qui plaît, c’est un son évocateur ou loufoque, puis tout un ensemble de rythmes, et enfin le morceau en entier. Au final, ce que l’on trouvait gracieux dans la musique d’Aron Funk ne se révèle être qu’une passerelle vers un réseau complexe de changements de rythme ; le sel qui révèle la saveur de l’aliment, en quelque sorte.

A partir de là, il n’y a plus qu’à se laisser porter par les excellents titres de cet album. « Plunging Hornets », dans un premier temps, illustre parfaitement la recette décrite ci-dessus : des nappes de synthés étonnamment délicates accompagnent une accélération ravesque, auxquelles succède une grosse charge rythmique particulièrement déstructurée. Le comble de l’égarement est atteint par l’auditeur sur « Vache » et son ambiance horrifique faite de sonorités mécaniques, de passages aux synthés terriblement angoissants et de stridences industrielles. On se sent happé dans le tableau dérangé composé par Aron FUNK dès l’intro cauchemardesque ; on imagine une sorte d’usine démente, une chaîne de montage interminable qui tourne inlassablement, avec en point d’orgue l’irruption d’un solo de batterie plus vrai que nature qui vient se mêler aux sonorités plus électroniques. Entre temps, le grotesque a fait son apparition avec ce sample de voix, tour à tour en français et en anglais : « C’est une machine… pour faire des vaches. »
« Vache » n’est pas le seul morceau à intégrer un sample en français ; un autre titre fait honneur à la langue de Molière : « Tache ». Cette fois-ci, c’est une sorte de poème nostalgique qui s’immisce entre les boucles synthétiques, déclamé avec un accent dont on ne sait trop s’il est espagnol ou allemand. Ces quelques lignes surréalistes transcendent le morceau, et sans rien retirer au talent d’Aaron FUNK, je crois que l’on peut attribuer une grande partie du mérité à Philippe Soupault, l’auteur de cette merveille.*¹
En fait, on pourrait presque citer tous les titres de cet album au rang des réussites, de « Pwntendo » et ses sonorités très 8-bit à « XIII Dub », sorte de ballet déstructuré, digne successeur de l’orientation orchestrale de l’album Rossz Csillag Alatt Született. Seul « Twirl » semble faire défaut avec ses rythmiques peu engagées et ses quelques notes aux synthés peu inspirées, contrairement à « Donut » et « Swindon », qui tirent leur épingle du jeu dans le même registre que « Twirl », un Breakcore assez classique.

Cavalcade Of Glee And Dadaist Happy Hardcore Pom Poms est donc l’un des albums les plus accessibles de VENETIAN SNARES, tout en gardant une base très Breakcore, contrairement à Rossz Csillag Alatt Született, plus orchestral. A ce jour, Cavalcade Of Glee est sans doute le dernier « grand album » de VENETIAN SNARES, et semble d’ailleurs avoir servi de modèle à quelques-unes de ses productions les plus récentes, le génie en moins.


*¹ Jugez plutôt :
« Je n’ai pas fini d’espérer
infatigable comme une araignée vigilante
je quitte pour les retenir
dans ma toile quotidienne
les joies du soir et du matin
sui filent à toute vitesse
Tant pis pour les chagrins et les douleurs
et les emmerdements
qui passent lentement
et qui s’accrochent

Oui mais voilà
je sais que je dois chaque jour
chaque heure
m’avancer vers cette falaise
et vers ce grand trou sans fond
je me retourne souvent
et j’aperçois très loin
Le brouillard de ma naissance
Je suis le nomade qui marche la nuit
Et qui attend le jour et l’oubli »
Philippe Soupault, Poèmes et poésies : "Quand on regarde une montre", 1973, Grasset. Collection "Les Cahiers Rouges", page 257.

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1. Donut
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