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 The Black Dogma (155)

The BLACK DOG - Music For Real Airports (2010)
Par STREETCLEANER le 12 Juillet 2010          Consultée 1812 fois

The BLACK DOG est un trio britannique de musique électronique, formé à la fin des années 80, et composé alors de Ken Downie, Ed Handley et Andy Turner. Ces deux derniers sont ensuite partis pour former un autre groupe également bien connu, Plaid. Différents musiciens se sont ensuite succédés autour de Downie. Le line-up s'est dorénavant stabilisé de la manière suivante : Ken Downie, Martin Dust et Richard Dust (de Dust Science Recordings). On notera que le groupe est passé chez le célèbre label Warp, gros pourvoyeur de groupes incontournables d'IDM, Techno et autres musiques électroniques. Il a élu domicile depuis quelques années chez le label Soma Quality Recordings.

Music For Real Airports (MFRA pour faire court)... une bonne partie des lecteurs doit sans doute se dire que le nom de l'album ne lui est pas totalement inconnu. Et pour cause, en 1978, l'incontournable propagateur anglais de la musique ambiante, Brian Eno, avait composé son fameux Music For Airports ! Plus de 30 ans déjà... La volonté semble a priori affichée avec ce MFRA : il s'agirait de remettre au goût du jour l'oeuvre de Eno. En fait, ce n'est pas tout à fait exact... Ce n'est pas l'oeuvre de Eno qui est retravaillée, mais en réalité plutôt son idée (1). Car The Black Dog (TBD) ne fait pas un Music For Airports 2. Surtout pas… Le groupe revendique même MFRA comme une riposte au travail de Eno qui aurait déçu dans le traitement du sujet. Si la thématique abordée semble en apparence identique, et si nous faisons face dans les deux cas à une musique électronique de type ambiant (avec une prédominance du piano chez Eno, contre de la techno chez TBD), on notera rapidement que cet ambiant-là, de 2010, ne ressemble pas vraiment à celui de Eno. L'ambiant de Eno en 1978 se voulait serein, très calme, flottant, assez linéaire... très loin justement du bruit et du stress causés par un embarquement, ou par l'activité humaine tout simplement. Il était donc sans aucun lien avec les aéroports malgré son nom. Il était d'ailleurs tout le contraire : une musique pour oublier l'activité humaine. C'est donc peut-être l'explication à ce titre de 2010, celui de la "musique pour les vrais aéroports"... Quoique... si on y réfléchit bien, TBD ne compose pas non plus véritablement de la musique pour aéroports. Mais plutôt de la musique ambiante qui baigne, en partie seulement, dans un environnement de type aéroportuaire. MFRA semble être le prétexte pour composer une musique plus ambiante et pour travailler le field recording. Un projet qui aura été travaillé et retravaillé pendant trois longues années environ, et lancé à Sheffield le 24 avril 2010.

TBD ne reproduit donc pas ici un précédent Further Vexations, ou Radio Scarecrow. Non, ici vont prédominer les nappes ambiantes, et les rythmes ou beats, lorsqu'ils sont présents, sont assez contenus. Moins d'énergie déployée ici, moins de dynamisme, et c'est la face (plutôt) calme du groupe qui est présente. Cependant, si la musique est ici moins agitée, elle n'est pas pour autant sereine. Car elle s'imprègne ici d'atmosphères légèrement sombres et de tensions qui pourront plaire... à ceux qui n'aimaient pas Music For Airports justement. Et puis l'environnement aéroportuaire, sans être omniprésent, se rappelle à certaines occasions. L'oeuvre va nous donner l'occasion de suivre le parcours d'un voyageur qui doit emprunter l'avion. Ainsi, dès "M1", nous sommes plongés dans l'environnement urbain : chants d'oiseaux, voitures, portière qui claque, moteur qui démarre... Arrivée à l'aéroport ("Welcome to the East Midlands Airport" nous annonce-t-on) où on recevra les consignes de sécurité. Le tout baigne dans des nappes flottantes, un peu irréelles, et pas totalement sereines "Terminal EMA". La tension commencera à monter sur "DISinformation Deck" (le point de DESinformation) avec des percussions et basses de plus en plus stressantes : est-ce l'énervement qui gagne ? De même, lors du "Passport Control" notre coeur commence à battre, on ressent ses pulsations. Vais-je passer le contrôle inquisiteur de la police des frontières ? Il semble que oui alors que nous reprenons notre souffle. Une jolie mélodie rêveuse aux accents symphoniques nous occupera lors du temps d'attente "Wait Behind This Line", et s'évanouira dans des atmosphères vaporeuses. Mais c'est sur "Empty Seat Calculations" que la techno va se faire le plus sentir avec des rythmes qui gagnent en dynamisme. On aura noté jusqu'à présent la montée très progressive de l'intensité qui s'accentuera sur un "Strip Light Hate" encore bien plus dark. Sur "Future Delay Thinking", ce qui semble être des sons stridents et particulièrement agressifs de réacteurs vont s'inviter sur fond de rythmes mécaniques. Retour ensuite de notre voyageur dans l'aéroport avec "Lounge", purement environnemental, puis le piano plutôt triste fait son apparition "Delay 9" et on retrouvera là encore un passage quasi symphonique de toute beauté. L'intensité ira decrescendo avec "Sleep Deprivation 1" et ses petits bips (semblables à un téléphone resté décroché) qui finissent par s'intégrer au motif rythmique et à la mélodie minimale aux synthés. Des petites basses sourdes et non dénuées de profondeur accentuent le côté immersion dans un environnement de nuit et de rêve (on entend aussi cette voix synthétique lointaine et déformée sur "Sleep Deprivation 2" qui laisse deviner un état de demi conscience). Le moment plus drone, sur fond de petite mélodie lointaine et fantomatique "Sleep Deprivation 2" qui gagne progressivement en intensité, est un des moments les plus enchanteurs de ce MFRA : on se sent véritablement endormi, en plein dans les bras de Morphée. Pendant ce temps, la vie doit continuer son cours ("He Knows"). On constate là une superbe interaction entre ces deux titres car on continue de ressentir l'endormissement du morceau précédent et maintenant notre vision gagne en hauteur sur l'ensemble de l'environnement ! "Business Car Park 9" nous ramène peu à peu à la réalité, on se réveille sur de jolies nappes de synthés et une attachante ligne de basse. Voici que le soleil va se lever et nous quittons tranquillement ce monde anxiogène...

En conclusion, on sent bien que MFRA est un travail qui se veut plus ambiant que les précédentes productions de The BLACK DOG. Sans lien évident avec Music For Airports de Eno, l'idée d'un environnement "voyageur" est cette fois-ci véritablement prise en compte. Certains regretteront peut-être une immersion pas aussi forte qu'on pouvait l'espérer. Qu'il n'y ait toutefois pas de méprise. Il s'agit ici d'une musique ambiante dont l'environnement aéroportuaire est un support, un prétexte, et non une finalité en soi. MFRA ne se fait pas autant oublier que la musique de Eno, puisque quelques passages plus stressants et rythmés sont présents. Et le groupe, ne voulant sans doute pas transformer ce travail en une sorte de pur album de techno, semble avoir vraiment choisi la voie de la retenue sur les rythmes et motifs rythmiques. Le côté "mélodies" en a également fait les frais au passage... Mais le travail est très largement satisfaisant, très convaincant...

Note réelle : 3.75/5.

(1) “It is a response to the reality of occupying the semi-public space of an airport, and a contemporary reply to Brian Eno's work from the 70s… Airports' promise travel, exploration and excitement but endlessly break that promise with their stale, tedious pressure… We argue that, considering their importance in our lives, airports have not been sufficiently represented by artists. Perhaps the best known artistic response to airports is Brian Eno's Music for Airports, whose purpose seems to be largely elegiac, even if conceived as an antidote to the stress of plane delays. Our performances, events and installations are a more accurate update to Eno's work, and to a degree, a riposte. Some members of The Black Dog were disappointed by Eno's treatment of the subject in 1978 and have been considering how to produce a more meaningful response ever since” : The Black Dog.

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- Ken Downie
- Martin Dust
- Richard Dust


1. M1
2. Terminal Ema
3. Disinformation Desk
4. Passport Control
5. Wait Behind This Line
6. Empty Seat Calculations
7. Strip Light Hate
8. Future Delay Thinking
9. Lounge
10. Delay 9
11. Sleep Deprivation 1
12. Sleep Deprivation 2
13. He Knows
14. Business Car Park 9



             



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