Recherche avancée       Liste groupes



      
ROCK PROG SYMPHONIQUE  |  STUDIO

L' auteur
Acheter Cet Album
 


 

 Site Officiel (332)

The ENID - In The Region Of The Summer Stars (1976)
Par MARCO STIVELL le 12 Décembre 2010          Consultée 1827 fois

Lorsque le premier album de THE ENID (et son plus célèbre) paraît en 1976, son leader Robert John Godfrey n'en est pas à sa première expérience en termes discographiques, mais il affirme à partir de ce moment-là (plus qu'avant) une carrière des plus ingrates, malgré toute la richesse musicale qui en découlera. Voilà, en une phrase j'ai à la fois résumé le passé de Godfrey, la critique qui va suivre et aussi tout l'avenir de THE ENID. Ca mérite explication tout ça... Bien, aloooors *fait craquer ses doigts*. Installez-vous je vous en prie, et écoutez l'histoire de celui que certains périodiques musicaux ont appelé "Le Secret le mieux gardé du Royaume-Uni" (merci Big Bang).

Le pianiste Robert John Godfrey, vers la fin des années 60 alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme, rompt brutalement avec le conservatisme de l'enseignement rigoureux classique et démarre une collaboration avec le groupe Barclay James Harvest, pour qui il écrit des partitions d'un orchestre qu'il dirige lui-même. D'un tempérament assez fort, il n'apprécie guère de ne pas être mentionné dans les crédits des albums (on le serait à moins...) et attaquera Barclay James Harvest en justice, pour un procès qu'il gagnera mais beaucoup plus tard. Juste après cela, il enregistre un album, The Fall of Hyperion, qu'il publie en 1972 sur Charisma, label qui a pendant longtemps été celui de Van Der Graaf Generator et Genesis. Ce disque pose quelques fondations pour ce qui formera l'école THE ENID musicalement parlant, mais est aussi un échec commercial. Vers cette même époque, Robert fait la connaissance des guitaristes Stephen Stewart et Francis Lickerish, avec qui il fonde le groupe THE ENID. Ils sont rejoints par le bassiste Glen Tollet et le batteur Robbie Dobson qui viennent compléter la formation pour l'enregistrement du premier album, In the Region of the Summer Stars. L'histoire nous raconte que cet album devait s'appeler au départ Voyage of the Acolyte, mais que Tony Stratton-Smith, patron de Charisma, a, en plus de refuser le projet entier, refilé le nom à Steve Hackett, alors guitariste de Genesis. In the Region of the Summer Stars paraît sur un label indépendant d'EMI, Buk Records.

Le décor posé est, tenez-le vous pour dit, entièrement instrumental. THE ENID avait un chanteur, Peter Roberts, qui s'est suicidé un an avant la sortie de l'album, et que Robert John Godfrey a jugé irremplaçable, donc... Du reste, une formation rock, avec deux guitaristes et deux claviéristes dont un multi-instrumentiste et surtout un maître d'oeuvre, un directeur artistique hors-pair, cela promet de belles et solides envolées musicales, "permissives" comme dirait l'ami Steve Hackett. Le fait est que In the Region of the Summer Stars est le type même de l'oeuvre de rock progressif qui attirera des masses... et en fera fuir beaucoup plus ! Les morceaux ne sont pas bien longs (tout juste "The Last Judgement" arrive à huit minutes), mais waouh, quelle masse musicale ! Quelle charge émotionnelle ! Tous ces rebondissements et fioritures dégoûteront plus que jamais les détracteurs du "prog", tandis que ceux qui adorent et étaient jusque là passés à côté de THE ENID prendront un pied monstrueux.

Il faut dire que Robert John Godfrey, de par sa forte personnalité, arrive, encore plus que les autres membres du groupe, à imposer sa virtuosité et sa capacité à faire naître les émotions. Et maintenant qu'il est dans un groupe dont il est responsable, il n'hésite pas à faire bien ressortir sa participation, allant jusqu'à se créditer à part pour sa fabuleuse prestation au piano sur "The Lovers". La musique de THE ENID est donc ainsi, pour le moins... grandiloquente. Pas prétentieuse, ni pompière (quoique beaucoup diraient que si), juste grandiloquente, classieuse, magistrale. En réalité, si Robert John Godfrey s'est à une époque affranchi des codes de la rigueur classique, ce n'était que pour mieux en conserver ses fondements et ce que la Grande Musique a produit de meilleur. Côté influences, Godfrey se situerait plutôt vers le romantisme, avec sa tendance à jouer sur la présence d'un orchestre massif à la Richard Wagner. Un orchestre ? Mais il n'est pas crédité... C'est normal car il n'y en a pas. Pas un violon, pas une flûte, rien, nada. Tout vient des claviers. En effet, si sur son premier album solo, Godfrey ne pouvait avoir recours qu'au piano et au mellotron pour recréer une texture classisante, depuis les synthétiseurs sont apparus en grand nombre et ont permis de plus larges possibilités. On se doute bien que l'ami Robert en a profité, et c'est le cas, à fond même. Ceux qui connaissent bien THE ENID disent que de tous les claviéristes des groupes de rock progressif des années 70, c'est bien lui qui a, le mieux, réussi à retransmettre toute la force des orchestres grâce à ces instruments électroniques sans passer obligatoirement par le mellotron.

Ce qui nous donne une musique tout à fait conforme à ce que l'on pouvait attendre, avec d'un côté la force orchestrale, et de l'autre la force rock. Mais les deux se mélangent ici avec une aisance qui a de quoi abasourdir. D'abord, il faut savoir que THE ENID joue beaucoup sur les nuances. On peut passer d'un seul coup d'un motif musical au piano à peine audible à un déferlement de charge électrique en fortissimo qui dévaste tout sur son passage. Dire que c'est la plupart du temps soudain serait mentir, en fait ces différents passages "s'amènent" les uns aux autres. Il y a bien des moments doux comme le début de "The Sun" ou encore "The Lovers", et d'autres plus "violents", avec en tête le monstrueux "The Devil" (raaah ces guitares), mais aussi la progression et le cataclysme du boléro "The Last Judgement". La rythmique Tollet / Dobson se révèle plus qu'efficace, tandis que les guitaristes Francis Lickerish et Stephen Stewart matraquent ou font pleurer délicieusement leurs guitares ("Death, the Reaper", le radieux "In the Region of the Summer Stars"), et que Robert John Godfrey distille le tout par le biais de claviers savants et généreux. Tout un ensemble que l'amateur de rock progressif symphonique ne peut qu'apprécier. Seuls King Crimson et Genesis (en ne tenant pas compte du premier essai pop que même ces derniers préfèrent oublier) sont arrivés à une telle qualité et une telle maturité en ayant à peine commencé !

Le problème c'est que In the Region of the Summer Stars est paru tard, beaucoup trop tard. Même si début 1976, même si l'on considère que l'âge d'or du "prog" va jusqu'à 1977, avant que les Sex Pistols, les Clash et autres punks ne viennent tout balayer... Cela fait très tard par rapport à tous les autres grands groupes, et c'est sans doute ce qui, malgré une petite renommée internationale pour ce premier opus (jusqu'au Japon mais rien de très enthousiasmant quand même), va empêcher la reconaissance que méritait déjà amplement le groupe. Et dites-vous bien que, non seulement ça ne fait que commencer, mais aussi que In the Region of the Summer Stars constitue l'apogée de THE ENID en termes de ventes. Mais quel dommage ! Reste un album fabuleux, à consommer sans modération et qui laisse rêveur par rapport à la suite.

A lire aussi en ROCK PROGRESSIF par MARCO STIVELL :


Bernard BENOIT
Bernard Benoit (1984)
Rock progressif breton.




Franck CARDUCCI
Oddity (2011)
L'avenir du rock progressif


Marquez et partagez





 
   MARCO STIVELL

 
  N/A



- Robert John Godfrey (claviers, percussions)
- Francis Lickerish (guitares)
- Stephen Stewart (guitares)
- Glen Tollet (basse, claviers, tuba)
- Robbie Dobson (batterie, percussions)
- Dave Hancock (trompette)


1. The Fool... The Falling Tower
2. Death, The Reaper
3. The Lovers
4. The Devil
5. The Sun
6. The Last Judgement
7. In The Region Of The Summer Stars



             



1999 - 2017 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod