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EELS - Daisies Of The Galaxy (2000)
Par GEGERS le 2 Octobre 2011          Consultée 1284 fois

Lorsque la dépression devient un gagne-pain, l'artiste doit tout de même se poser quelques questions. L'expression du malheur serait-elle universelle ? Le partage de son mal-être peut-il mener vers un succès critique et commercial ? Lorsque EELS publie Electro-shock Blues en 1998, album qui connut un destin enviable dans les rayons « rock alternatif » des disquaires, ces questions ont du émerger dans l'esprit torturé tête-pensante du groupe, l'énigmatique E. Car cet album, le deuxième des Américains, constitue avant tout un recueil de titres inspirés par la mort de l'entourage de l'artiste : La crise cardiaque de son père tout d'abord, le suicide de sa sœur ensuite, et la perte de sa mère, victime du cancer, enfin. Autant d'événements tragiques qu'E parviendra à extérioriser, avec sobriété et en évitant le pathos, sur son deuxième album. Ainsi, c'est en réaction à cet Electro-shock blues mortifère que paraît deux ans plus tard le formidable Daisies of the Galaxy.

Car tout ici respire la vie. Mais la vie douce-amère. Celle qui reprend souvent bien plus qu'elle vous donne. Le ton n'est pas optimisme, il ne célèbre rien, il prend seulement le temps d'apprécier les quelques bonnes choses qui valent la peine de l'être. E exprime très bien le sens de cet album : « Electro-shock Blues, c'est le coup de téléphone, en plein milieu de la nuit, auquel personne n'a envie de répondre. Daisies of the galaxy, c'est ce coup de fil matinal du réceptionniste d'hôtel qui t'annonce que ton petit déjeuner est prêt ». Pas de quoi crier au bonheur parfait, donc. Il faut dire que sur Daisies of the Galaxy, le niveau de lecture est double. Regardez cette pochette. Cet aspect de bonheur enfantin, de candeur attendrissante, n'est-il pas sans rappeler les codes graphiques des propagandistes américains des années 30 ? N'y-a-t'il pas, à l'écoute de l'enjoué et acoustique « I like birds », ce sentiment que derrière ces paroles résolument joyeuses se cache une virulente critique envers le pays de l'Oncle Sam, qui n'incite pas les gens à comprendre ce qu'ils éprouvent. Ressentir, sans réfléchir. Voilà ce contre quoi E se bat. Il serait, il est vrai, facile de prendre Daisies of the Galaxy pour un petit album pop-rock aux mélodies simplettes et enfantines, dont la persistance en mémoire est due à un sens aiguisé de la composition et une utilisation savante de samples électroniques. Oui, « Tiger in my tank », « Packing blankets », « Wooden nickles » ou le tube « Mr E's beautiful blues » pourraient laisser penser à un de ces albums sans lendemain, qui flattent les esgourdes sans faire de mal à une mouche. Mais, dans ce cas, quel est ce sticker « Parental advisory » dans le coin droit de la pochette ? Il doit être apposé ici pour prévenir de la crudité des paroles de « It's a motherfucker », petite ballade piano-voix dont le sens reste mystérieux. E, auteur de l'intégralité des textes, se fait virulent c'est certain, mais avec une subtilité irrésistible et envoûtante.

La palette musicale déployée par EELS sur cet album n'est pas loin de couvrir l'ensemble du spectre des émotions humaines. Entre l'allégresse et la mélancolie, il n'y a qu'un pas que le groupe franchit à de nombreuses reprises, constituant ainsi un de ses albums les plus hétérogènes, mais aussi les plus convaincants. Tout comme « I like birds » précède la désabusée « Daisies of the galaxy », cette-dernière précède l'inquiétante « Flyswatter », pièce intrigante et ambiguë marqué par un refrain à compter parmi les plus enragés du groupe. L'arc-en-ciel laisse ses couleurs défiler, succède à la pluie et laisse poindre une éclaircie revigorante mais peu honnête. Devant ce spectacle, l'auditeur fond et ne peut que faire autrement que de fondre face au talent d'un E, qui sous couvert de petites chansons simplistes et immédiates produit au final un album multi-couches dont la richesse musicale n'a d'égale que la variété des compositions. Un album-exorcisme imparable, véritable ovni rock/pop/alternatif que chacun se doit de découvrir, ne serait-ce que par empathie.

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   GEGERS

 
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- E (chant, guitare)
- Butch (batterie et percussions)
- John Parish (guitare, claviers, percussions, programmation)
- Koool G Murder (basse)


1. Grace Kelly Blues
2. Packing Blankets
3. The Sound Of Fear
4. I Like Birds
5. Daisies Of The Galaxy
6. Flyswatter
7. Its A Motherfucker
8. Estate Sale
9. Tiger In My Tank
10. A Daisy Through Concrete
11. Jeannie's Diary
12. Wooden Nickels
13. Something Is Sacred
14. Selective Memory
15. Mr E's Beautiful Blues



             



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