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- Style + Membre : Jean-jacques Goldman

FREDERICKS / GOLDMAN / JONES - Rouge (1993)
Par SUNTORY TIME le 26 Mars 2012          Consultée 2751 fois

Les années 90 sont décidemment la décennie la plus inspirée pour Jean-Jacques Goldman. Les trois albums parus sous son nom ou celui de son mythique trio avec Michael Jones et Carole Fredericks sont trois chefs-d’œuvres pourtant très différents les uns des autres.
En 1993, le trio FREDERICKS/GOLDMAN/JONES est au sommet de sa popularité, et en plein enregistrement d’un nouvel album, qui s’avère le plus ambitieux de la carrière de Goldman.

Ce nouvel opus s’appelle simplement Rouge. Encore une couleur, après le Gris-clair et le Gris-foncé de 1987. Mais ici, l’album est conceptuel, car chaque chanson se réfère plus ou moins à cette couleur, par les significations que JJ donne au rouge dans les petites notes présentes dans le livret. Le rouge, c’est la couleur du sang, donc de la vie, de l’adolescence fougueuse, de l’Amour, mais aussi de la violence, de la guerre, et de la révolution. Toutes ces facettes du Rouge sont présentes dans les 12 titres de l’album. Chacun représentant une gamme de rouge particulière.

Tout d’abord la pochette, ou devrais-je plutôt dire le boitier, en métal sculpté, est une petite merveille et prouve tout l’intérêt que Goldman porte au boitier CD en tant qu’objet. Le livret est quand à lui illustré par le grand dessinateur italien Lorenzo Mattotti. Le visuel de Rouge est déjà une œuvre d’art à part entière, mais que dire de la musique !

Jamais la musique de Goldman n’a été aussi rock. Les guitares sont virtuoses, acérées, corrosives même parfois. On flirte même le hard FM comme sur « On n’a pas changé » où texte cynique et musique tubesque s’associent à merveille. La batterie claque sèchement et Michael Jones s’en donne à cœur joie avec des solos d’anthologie. Idem pour « Frères » à la rythmique plus lente, et au refrain magistrale. Cette chanson parle de l’absurdité du conflit yougoslave, où tout ces « frères » s’entretuent pour trois fois rien. Et force est de constater qu’elle est terriblement d’actualité encore de nos jours ; que ce soit les Israéliens et les Palestiniens, les Hutus et les Tutsis, les Flamands et les Wallons … heu, je m’égare …

La musique, puissante, est pourtant variée. Mais malgré ces différences d’arrangement, Rouge s’écoute comme un tout. Il n’y a guère que « Elle Avait 17 Ans » qui ne rentre pas vraiment dans le moule par son côté bordelique assumé. Rien de choquant cependant, elle reste dans cette même veine rock sous haute tension. Rouge n’est pourtant pas un disque entièrement basé sur l’électricité, on trouve des passages plus intimes, que ce soit l’étrange mais touchante « Serre Moi », ou « Ne lui Dis Pas », avec cette merveilleuse mélodie au piano qui nous file la chair de poule. Et puis notre JJ national n’oublie pas le blues avec « Il Part », chanson nocturne, pluvieuse, uniquement chantée – je devrais dire murmurée – par Carole Fredericks. Deux guitares et une basse s’associent pour donner à ce morceau une ambiance sombre, relatant le point de vue d’une femme voyant son amant repartir en douce retrouver son épouse légitime. Une petite merveille.

Quand je disais plus haut que la musique de Goldman n’a jamais été aussi ambitieuse, c’est que Rouge tient son lot de chansons … on va dire improbables, des titres qui sortent des schémas habituels de la pop. « Des Vôtres » en est un superbe exemple ; intro ambient, chants en chœurs alternant riffs de guitare virulents et peu éloigné du métal (si si !) et final frôlant le free-jazz avec ce piano incontrôlable. « Que Disent les Chansons du Monde » est un titre accrocheur aux ambiances complexes. Avec ces extraits de radios mixés sur lesquelles Carole Fredericks lance les premiers vers. Là aussi, la puissance des arrangements en fait un morceau redoutable d’efficacité.

Mais le summum de l’originalité, c’est la présence des célèbres choeurs de l’ex-Armée Rouge.
Vétus de leurs plus beaux costumes et de leurs immenses casquettes, ils sont une trentaine à porter leur voie puissante sur plusieurs titres de l’opus, dont « Serre Moi », petit morceau aussi étrange que délicat qui ouvre l’album. Ils font aussi une apparition aussi brève que remarquée sur « (…) les Chansons du Monde ? » en rugissant « La Révolution ! » (Comme par hasard !). Mais c’est sur le morceau titre qu’ils font leur plus belle prestation. Il faut bien le dire, « Rouge » est un morceau de bravoure à lui tout seul. Introduit par les chœurs des … rouges, les textes relatent l’espoir de la révolution russe en 1917, jusqu’à la guerre contre l’Allemagne. Là, la batterie se déchaîne, les chœurs aussi (en russe s’il vous plait !), puis la guitare de Michael Jones nous sort un refrain ravageur qui doit dire quelque choses aux lecteurs qui regardent « Taratata ». Car Goldman a réutilisé ce riff pour en faire le générique de l’émission musicale de Nagui. Le titre se finit de manière douce, tout de piano vétu, avec ces chœurs devenu chaleureux pour le coup. En 6 minutes, FGJ nous retrace l’utopie soviétique sur toute sa longueur. Loin de faire l’apologie de l’ex URSS, le texte retrace l’enthousiasme du Communisme naissant, avant que cette noble idéologie ne fût salie par les tyrans que l’on sait …

Le meilleur ? Et bien non ! Car si « Rouge » clôt à merveille la première partie du disque, le sommet se trouve à la fin. Et quel final ! Autant « Serre Moi » introduit l’album intimement, le dernier titre use d’une grandiloquence sublimissime (je pèse mes mots). « Fermer les Yeux », c’est une intro glauque, avec ces chœurs nasillards venus de Bulgarie, qui laisse place un une mélodie au piano à couper le souffle. L’émotion est déjà palpable, on en a la chair de poule. La tension monte, la batterie et la guitare surgissent du néant. Un premier solo nous envoie vers les hautes sphères avant le dernier couplet. Puis le chœur Trakia revient, plus optimiste, plus grandiose, accompagnant la batterie et la guitare qui s’énervent de plus en plus. Batterie et guitare sont d’ailleurs seuls à conclure ces presque 7 minutes de folie. Tout simplement extraordinaire, fabuleux, merveilleux (bon, je vais m’arrêter là …).

Malgré que Rouge soit l’album avec le moins de tubes de la carrière de JJ, il comporte quelques titres accrocheurs comme « Des Vies » ou « Juste Après » particulièrement poignant, relatant les pensées d’une nurse africaine venant de redonner la vie à un nouveau né. Cependant l’album reste le plus complexe de Goldman, le plus ambitieux et le plus intense. On n’a jamais été aussi loin de l’univers habituel du « chanteur préféré des Français », mais Rouge est la preuve qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il sort des sentiers battus, que ce soit par la musique que les thèmes traités. Soyons clairs, Rouge est un chef d’œuvre de plus. Et le trio FREDERICKS/GOLDMAN/JONES fait preuve encore une fois d’un talent sans limite, doublé d’un perfectionnisme maniaque. Si l’album avait été anglais, il n’est pas à en douter qu’il aurait connu un succès et une réputation immense. Comme le prouve son boîtier en métal (du moins pour la première édition), Rouge est un M-O-N-U-M-E-N-T.

P.S : A sa sortie, Rouge est paru en édition limitée à 1500 exemplaires avec un livre rempli des superbes illustrations de Lorenzo Mattotti, des textes des chansons accompagnées de nouvelles de l’écrivain et journaliste Sorj Chalandon. Ce livre est un objet magnifique en soi, et je précise que j’ai l’immense honneur d’en posséder un.

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   MARCO STIVELL

 
   (2 chroniques)



- Jean Jacques Goldman (chant, piano, guitare)
- Michael Jones (chant, guitare)
- Carole Fredericks (chant)
- Patrice Tison (guitare)
- Guy Delacroix (basse)
- Pino Palladino (basse)
- Erick Benzi (claviers)
- Chris Whitten (batterie)
- Chœurs De L’ex Armée Rouge (chœurs)
- Viktor Alexeyevitch Fyodorov (maitre de chœur)
- Chœur Trakia (voies bulgares sur « fermer les yeux »)
- Rena Kostadinova (soliste voies bulgares)
- Stephan Moutaftchiev (direction chœur trakia)


1. Serre-moi
2. On N’a Pas Changé
3. Que Disent Les Chansons Du Monde ?
4. Il Part
5. Juste Après
6. Rouge
7. Des Vôtres
8. Frères
9. Des Vies
10. Ne Lui Dis Pas
11. Elle Avait 17 Ans
12. Fermer Les Yeux



             



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