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BLOC PARTY - Four (2012)
Par KID66 le 23 Septembre 2012          Consultée 1097 fois

Après un album de la trempe d’Intimacy, on aurait plutôt vu BLOC PARTY battre le fer tant qu’il était chaud. Et bien ce fut tout l’inverse, puisque quatre longues années séparent cet opus de la dernière livraison des anglais, sobrement intitulée Four, et dotée d’une pochette bien moins expressive que les précédentes (toujours réussies). La promotion faite autour de sa sortie fut relativement minimale, et le premier single lâché peu avant la sortie de l’album, sans vraiment faire office de rampe de lancement (l’opposé de l’« effet Silent Alarm »). Un retour donc discret, après 4 années pesantes où le groupe s’est un peu éparpillé dans divers projets solo (Kele et Russel, qui se montrent plus productifs que leurs talentueux collègues), en faisant peu parler de lui. Suffisamment cependant pour que des rumeurs de départs ou de split parcourent le net ! De simples ragots, bien entendu, et la bande de Kele semble d’ailleurs aujourd’hui vernir avec application son image fraternelle.

J’ai personnellement attendu ce Four pendant longtemps, encore tout étourdi par la baffe Intimacy. Alors, quelles idées ont bien pu germer dans les esprits des anglais pendant autant d’années ? Qu’on se le dise, BLOC PARTY n’a pas revu son ambition à la hausse, loin de là. Etonnant venant d’un groupe qui multipliait en son temps (pas si lointain) les petites expériences sur trois albums riches et variés. Certes, Intimacy se rapprochait beaucoup de Silent Alarm du point de vue du style ou de la structure, mais l’audace des britanniques se sentait davantage dans l’interprétation que dans l’esprit du disque. Breaks novateurs, expérimentations électro diverses (« Mercury » reste un exemple frappant), aventures stylistiques ici et là (« Zephyrus », « Better Than Heaven »), il était difficile de ne pas y trouver son compte. L’injustement décrié A Weekend In The City est également un modèle à ce niveau-là : gros travail d’uniformité sur une heure guidée par un parti pris, celui de l’ambiance urbaine et éthérée. Four, quant à lui, n’innove en rien et se repose sur des lauriers qu’il eût fallu soigner avec plus d’assiduité. Un exemple comme un autre, le tiède « Octopus », qui reprend allègrement mais en moins efficace des éléments qui ont fait la notoriété du groupe (sur les très bons « Helicopter » et « Banquet ») : gimmick répétitif, rythmique pauvre (un comble !), chant irritant et refrain digne d’un générique de série pour adolescentes californiennes. Reste un solo assez atypique de Russel, plutôt plaisant.

Attention, avant de crier à l’infamie, il convient d’évoquer un élément qui détonne tout de même largement par rapport aux productions précédentes : les guitares. BLOC PARTY, comme pour contrebalancer son manque d’inventivité, mise sur l’autre aspect de sa musique, ce rock propre, léger, pas agressif pour un sou, et muscle très nettement son propos : les guitares deviennent tranchantes, robustes voire carrément épaisses le temps de riffs particulièrement puissants. Sentant leur balance perdre en substance du côté des expérimentations, les anglais chargent le deuxième plateau, jouant la carte d’un déséquilibrement salutaire. Un choix que l’on peut considérer comme audacieux, mais qui ne peut fonctionner sans une réelle inspiration et un certain jusqu'au-boutisme. Le raté se produit à ce niveau-là, car BLOC PARTY ne décroche pas de ses racines tubesques confortables et c’est dommage. De plus, les morceaux concernés ne sont pas forcément les meilleurs. Ainsi, cette nouvelle frange ne comporte que trois représentants qui, s’ils marquent de façon certaine, n’ont pas l’impact espéré. J’aime tout de même beaucoup le nerveux « We’re Not Good People », au riff grandiose (tiré tout droit d’Origin Of Symmetry de MUSE, sans plagier pour autant), qui installe une tension particulièrement intense, malgré un refrain un poil trop monocorde. « Coliseum » est une curiosité bipolaire étonnement sèche et rigide pour un tel combo, mais dont le décollage brutal ne manquera pas son effet. « Kettling », dans une même veine, fait mieux en injectant dans ce nouveau son la finesse d’exécution typique de la musique du groupe. Le perfectionnisme rythmique de BLOC PARTY apporte beaucoup à ces titres qui ne parviennent malgré tout pas à convaincre totalement.

Une vérité toujours valable pour les autres morceaux bien entendu, et le duo Matt/Gordon constitue par exemple l’unique force de « Team A », vilain rejeton qui rejoindra « Price Of Gasoline » ou « Ares » dans le carton des fautes de goûts du groupe. Dans le même esprit moderne et léger, « V.A.L.I.S » et « Real Talk » s’en sortiront mieux, malgré un évident clin d’œil aux succès d’antan. Une nouvelle fois, l’intelligence mélodique et instrumentale compense des refrains un peu faciles. Je suis par contre entièrement conquis par l’introduction « So He Begins To Lie », reflet de cette aisance qu’ont les anglais dans un registre à la fois puissant et touchant. L’urgent « 3x3 », quoiqu’un peu bâclé, montre de façon expéditive une facette sombre potentiellement intéressante qu’on ne connaissait pas à BLOC PARTY.

Si le virage corrosif dont je parlais plus haut est négocié de façon tout à fait naturelle par ses trois amis, Kele y trouve un challenge peu évident. Ce nouveau style lui correspond simplement moins, mais le chanteur s’en tire bien. En revanche, sa prestation sur les ballades, registre qu’il maîtrise maintenant à merveille, est encore une fois magistrale. Il sublime, de par sa voix chaude et ses vocaux angéliques les magnifiques « Day Four » (au rythme original), « Truth » (lumineux et frais) ou encore « The Healing », perle mélodique incroyablement poignante. Trois réussites, qui font tout de même un peu regretter le fait que le groupe n’ait pas eu la même application dans les autres registres.

Les quatre membres de BLOC PARTY sont très talentueux, c’est un fait indéniable, mais manquent ici leur coup. « Team A » ou « Octopus », les morceaux les plus dispensables du disque, sont précisément ceux qui lorgnent le plus du côté de la jeunesse passée des anglais, celle des excellents « Like Eating Glass », « Helicopter », « Luno », « Song For Clay », « Hunting For Witches » et j’en passe, petits exploits que les britanniques peinent à réitérer. Ce fait, auquel s’ajoute le léger manque d’ambition manifeste des quatre compères, laisse potentiellement dubitatif quant à l’avenir du groupe. J’ajoute que je les trouve définitivement plus à l’aise dans un registre émotionnel déjà bien maîtrisé (« The Pioneers », « Kreuzberg », « Signs », « Ion Square ») que dans cette nouvelle orientation chargée en testostérone, mais il est peut-être un peu trop tôt pour se prononcer. Entre baisse d’inspiration et hésitation sur la voie à suivre, BLOC PARTY signe là un album agréable, mais qui ne restera pas dans les annales, la faute à un trop grand nombre de titres anecdotiques qui réduisent sa durée de vie. Sans doute leur moins bonne galette.

2,5/5.

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   KID66

 
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- Kele Okereke (chant)
- Russell Lissack (guitare)
- Gordon Moakes (basse)
- Matt Tong (batterie)


1. So He Begins To Lie
2. 3x3
3. Octopus
4. Real Talk
5. Kettling
6. Day Four
7. Coliseum
8. V.a.l.i.s
9. Team A
10. Truth
11. The Healing
12. We Are Not Good People



             



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