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ARCADE FIRE - Funeral (2005)
Par BAAZBAAZ le 26 Juillet 2005          Consultée 4524 fois

Ils chantent en français. Pas beaucoup, juste quelques phrases au milieu de deux chansons, et l’une d’elles a d’ailleurs pour titre : « Une année sans lumière ». C’est peut-être ce qui a déclenché l’emballement médiatique… il n’en faut pas plus, bien souvent, pour que l’on qualifie un groupe de « cultivé » et pour que le parfum d’intelligence qui flotte alors suffise à convaincre une certaine presse rock élitiste. Qu’on se souvienne juste que la même étiquette a été apposée parfois à Franz Ferdinand à cause de deux ou trois mots prononcés en allemand au détour d’une chanson. Toute la hype agaçante vient peut-être de là, qui sait… des paroles absconses, des influences multiples et éclairées, un joyeux foutoir musical à la fois cérébral et dansant : voici la prétendue nouvelle merveille indie rock canadienne, Arcade Fire.

Qu’on se rassure tout de suite. Nous tenons là quelque chose de plus intéressant, de plus réfléchi et de moins éphémère que les dernières supercheries à combustion spontanée que l’industrie du disque a tenté de nous faire acheter après le succès – mérité – de Franz Ferdinand. Ici, pas de crissements douloureux à la Bloc Party, pas de facilité douceâtre à la Kaiser Chiefs ni de fumisterie discoïde à la The Bravery. Non, il faut admettre tout de même que Funeral est un album qui joue aisément dans la division supérieure.

Les influences sont ici bien plus éclectiques, même si elles sont mal maîtrisées. On sent que le groupe n’en est qu’à un coup d’essai, et que son potentiel n’est pas encore pleinement exploité ; contrairement aux clones précités qui ont sans doute déjà dit sans convaincre tout ce qu’ils avaient à dire…

Chez Arcade Fire, on ne croise pas que des sonorités empruntées à une new wave dont le retour en grâce ne serait pas si fatiguant si les groupes concernés avaient le moindre talent. D’aucuns diront que c’était déjà à l’époque précisément le problème de la new wave originelle, mais c’est un autre débat. Dans Funeral, ces quelques réminiscences ne sont que marginales, comme cette accélération disco à la fin de « Crown of Love » qui rappelle Franz Ferdinand, justement : elles sont utilisées avec suffisamment de parcimonie pour inscrire l’album dans l’air du temps – qu’il faut bien respirer – sans pour autant le vouer à un oubli instantané une fois que la girouette de la mode aura changé d’orientation.

En somme, le groupe a réussi un album inscrit dans la tendance du moment tout en réussissant à trouver un son original et à se démarquer de la meute.

Le début de l’album est sans pitié. On y croise d’entrée de jeu des Pixies nonchalants, aériens et égarés sur un dance floor, avec « Neighborhood #1 », avant de percuter sans avertissement le tube du disque, directement inspiré des récentes envolées magnifiques et mélancoliques de Modest Mouse : « Neighborhood #2 » est un très bon morceau, braillard et remuant, à la fois bondissant et triste comme savent si bien nous en écrire depuis des années déjà les derniers vrais représentants de l’indie rock américain. Ajoutez à cela un zest de Mercury Rev, avec des harpes et violons parfois envahissants, et vous obtiendrez le mélange qui a fait d’Arcade Fire le groupe type qui rend fous les médias spécialisés et leurs chroniqueurs savants.

Qu’est-ce qui cloche, alors ?

D’abord, l’album à un ventre mou. Passés les débuts fulgurants – les quatre premières plages – la tension retombe, les chansons deviennent plus subtiles, plus lentes aussi. Cette recherche d’une certaine finesse, d’une légèreté procédant par petites touches, est appréciable. Mais les trouvailles, dans le même temps, se font rares. Tout le disque porte la marque d’un certain culot, c’est évident. Et Funeral est un équilibre fragile et prometteur que l’on voudrait louer sans retenue, mais le groupe ne fait rien pour : « Neighborhood #4 » et « Haïti » ont une personnalité propre, une vraie saveur tant rock que lyrique qui provoque toutefois une vague sensation d’ennui, à la manière d’un Mercury Rev en petite forme. On en prendra pour preuve un morceau comme « Wake Up », dont la grandiloquence lancinante révèle les aléas d’une somme d’influences plus ou moins bien digérées.

Vers la fin, une concession à la mode du moment telle que « Rebellion (lies) », avec son petit rythme enlevé et sautillant nourri au violon, son refrain calibré et jubilatoire, finit même par soulager en redonnant une vigueur au contenu d’un disque qui se transformait doucement en musique d’ambiance.

Cette chanson, bien qu’un peu convenue, a le mérite de nous prouver que le groupe sait écrire des tubes. Que s’il l’avait seulement voulu, il aurait pu nous sortir un album bien plus facile, bien plus commode et moins risqué. Arcade Fire nous rappelle ici ce dont il est capable mais qu’il refuse de faire, à savoir la musique bientôt démodée de concurrents qu’il domine de la tête et des épaules, avec lesquels il n’a qu’un rapport conjoncturel, sans doute plus en raison d’un malentendu quant à une ou deux influences communes. Ce coup d’essai n’évite donc ni la prise de risque, ni ses conséquences : des chansons ratées. Mais la force de quelques morceaux et la classe du projet mérite tout de même un vrai respect.

Dès que les ombres des Pixies, de Modest Mouse, de Mercury Rev et – parfois – de Franz Ferdinand se seront fondus dans une personnalité propre, Arcade Fire sera grand. Pour l’instant, il importe de conserver une certaine mesure. Sachons reconnaître un potentiel avant de crier au génie, sachons admirer un premier album étonnant et marquant mais imparfait au lieu de nous perdre trop vite en louanges excessives. La suite n’en sera que plus excitante.

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   BAAZBAAZ

 
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- Sarah Neufeld (violon)
- Owen Pallett (violon)
- Michael Olsen (violoncelle)
- Pietro Amato (cuivres)
- Anita Fust (harpe)
- Sophie Trudeau (violon)
- Jessica Moss (violon)
- Gen Heistek (alto)
- Arlen Thompson (batterie)


1. Neighborhood #1 (tunnels)
2. Neighborhood #2 (laïka)
3. Une Année Sans Lumière
4. Neighborhood #3 (power Out)
5. Neighborhood #4 (7 Kettles)
6. Crown Of Love
7. Wake Up
8. Haïti
9. Rebellion (lies)
10. In The Backseat



             



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