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- Style : Gilles Servat , Storlok

DOM DUFF - Straed An Amann (2003)
Par JOVIAL le 30 Juillet 2014          Consultée 1168 fois

Lorsqu’il débarque en 2003 avec son premier album, Straed An Amann, DOM DUFF est loin d’être un inconnu au sein du paysage musical breton. Habitué des festoù-noz dans les années 80 et guitariste du groupe DIWALL depuis 1995, c’est avec une certaine expérience de musicien qu’il entame ainsi sa carrière solo. Hors de question pourtant de se relancer dans un projet de musique traditionnelle bretonne comme ce fut le cas auparavant et dont il souhaite au contraire peu à peu se détacher. Lui le gratteux, c’est bien le folk qui l’intéresse. Il s’en forge d’ailleurs une esthétique particulière, un style qu’il revendique encore aujourd’hui et judicieusement baptisé « breton power folk ». Le premier terme ne pose pas de problème, on comprend vite pourquoi : le chant est en langue bretonne et les thèmes des morceaux tournent souvent autour de la Bretagne. « Power folk » ? La définition s’annonce plus trompeuse. Si DOM DUFF pratique effectivement un folk puissant, sauvage voire parfois rugueux, celui-ci n’en demeure pas moins plein de cœur et de générosité, donnant à sa musique une fraîcheur et une vivacité surprenantes toujours prête à déchaîner les émotions. Le Breton nous donne d’ailleurs quelques indices quant à ses influences sur le morceau d’ouverture de Straed An Amann en citant simultanément le « Zeppelin » et « l’Emile ». Et en effet, la musique de DOM DUFF se révèle comme un beau mélange d’un folk énergique à la « Bron-Yr-Aur Stomp » de LED ZEPPELIN et des protest songs du grand GLENMOR. Citons encore le vieux frère Gilles SERVAT et l’Irlandais Christy MOORE et on aura peut-être une petite idée de ce que nous réserve ce « breton power folk », dont ce premier disque fait en quelque sorte office d’excellent manifeste.

Le fil conducteur de Straed An Amann, c’est l’âme du pays pagan même, des naufrageurs et des Abers, aux confins du Léon dont notre guitariste est originaire. DOM DUFF nous dépeint avec honnêteté le monde qui l’a vu naître, par touches de couleur comme chacun de ses morceaux sait si bien nous le faire ressentir : du gris du granit des maisons au teint rouge des pêcheurs rongés par des années de vent salé, du vert des collines plongeantes au bleu pâle du ciel, en passant par l’incontournable glaz, cette intraduisible couleur bretonne dont seule la mer saurait en exprimer toutes les nuances. Mais cette musique n’est aucunement contemplative, elle reste vivante, toujours en mouvement, chaleureuse et appelante. Notre Léonard compose d’ailleurs ici des morceaux d’un héroïsme envoûtant : l‘incroyable « Setu ha Vuhez » et son bodhrán en appellent aux anciens naufrageurs, lancés tels des guerriers à l’assaut d’un certain Amoco, tandis que « C’hwezh Kerlosket » s’autorise une étrange et troublante virée transylvanienne. L‘immense « Straed an Amann » s’annonce quant à elle comme la pierre angulaire de l’album, avec sa mélodie dansante et toute païenne où l’utilisation d’une gaïda (cornemuse grecque) apporte sa saveur inédite, à la fois celtique et balkanique. Plus étonnante encore est « Friko ‘Vo » qui achève l’album de son ambiance orientale, comme si quelques percussionnistes indiens s’étaient invités un soir sur les plages de la mer d’Iroise.

À l’image de sa pochette, Straed An Amann oscille entre deux humeurs. L’une est lumineuse et directe, telles que les rayonnantes « En Nec’h » ou encore « Deiz pe Zeiz », qui laisseront tout le monde d’accord, le sourire aux lèvres. L’autre est en revanche plus mélancolique et brumeuse. « Theme Park », composée à l’origine par le Gallois Andy Jones qui chante ici quelques couplets, conte avec humilité la triste histoire d’un peuple celte fier mais opprimé (Bretons ou Gallois ?), où la rencontre entre langue bretonne et langue anglaise est une vraie merveille. « Bossen an Arvor », inspirée du traditionnel « Bossen Eliant » tiré du Barzaz Breizh, se remémore par la suite la peste de 1626 à Plouescat, village de naissance du guitariste. Ce dernier compose une vraie et émouvante chanson de veillée, accompagnée par l’amertume de la flûte traversière et du saxophone.

Pour un premier album, Straed an Amann est une vraie réussite. DOM DUFF en fut d’ailleurs largement récompensé en 2003 par pas moins de quatre prix différents en Bretagne. Son point fort est de parvenir à proposer un folk breton résolument audacieux et efficace sans pour autant rompre complètement avec les aînés du genre. Dans un registre tout à fait différent, on pourrait comparer Straed an Amann au second album des frères PLANTEC, fusion d’airs traditionnels, de rock et de musique électronique. Aidé par de talentueux guests, du Vannetais Pascal Lamour à l’Irlandais Ronan O’Snodaigh, DOM DUFF ouvre ainsi sa carrière solo de la meilleure façon qu’il soit, un coup d’essai transformé en véritable coup de maître.

4/5
À écouter absolument : « Straed an Amann », « Bossen an Arvor » et « En Nec’h ».

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- Dom Duff (guitare/chant)
- Pascal Lamour (claviers/gaida)
- Ronan O'snodaight (bodhrán/percus)
- Andy Jones (voix)
- Per Ar Gow (voix)


1. Ha Deoc'h
2. Straed An Amann
3. Gerioù Berr
4. En Nec'h
5. E Park Finn
6. Setu Ar Vuhez
7. C'hwezh Kerlosket
8. Deiz Pe Zeiz
9. Bossen An Arvor
10. Friko 'vo



             



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