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POST-PUNK/GOTHIQUE  |  STUDIO

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BAUHAUS - In The Flat Field (1980)
Par ARP2600 le 17 Novembre 2014          Consultée 2739 fois

BAUHAUS. Un simple mot tellement lourd de sens pour l'amateur de new wave, de post-punk et de rock gothique. Le groupe de Northampton est peut-être celui qui a le plus de personnalité dans tout ce courant musical lancé par le punk en 76-77. De l'immense diversité de leurs influences, aussi bien glam/art rock que punk, krautrock et même funk et dub, ils ont tiré une musique sombre et riche, souvent déconcertante, difficile à apprivoiser dans un premier temps mais se révélant passionnante. Ils restent en particulier une icône du mouvement gothique, avant tout par leur visuel et les thèmes de leurs singles. Les albums ne se limitent cependant pas à ce cliché, s'en éloignant même de plus en plus.

Comme pour d'autres groupes miraculeux, il aurait été difficile de prévoir une telle réussite. À la base, nous avons trois amis d'enfance, Daniel Ash et deux frères, Kevin Haskins et David J., ayant joué de la musique ensemble de tout temps. Peter Murphy, une connaissance de Ash, n'était guère musicien mais avait le bon look pour le groupe que voulait monter Ash. Ce qui n'est pas sans rappeler le cas de Phil Oakey chez The Human League, mais Murphy se révélera vite un chanteur et un compositeur d'une trempe inespérée. Tous avaient une vingtaine d'année en 78, Kevin Haskins étant encore plus jeune. D'où leur venait leur culture ? Mystère... Mais bien vite, ils ont développé une musique d'origine punk mais chargée d'éléments originaux.

BAUHAUS... C'est aussi ce mouvement artistique de l'Allemagne des années 20 d'où ils tirent leur nom. Une époque où le cinéma était encore muet et en noir et blanc, l'époque des surréalistes et d'Antonin Artaud. De nombreux éléments qui hanteront leur travail de leurs débuts en 79 jusqu'à la dissolution de 83. En particulier, le cinéma d'épouvante de ces années a dû les marquer... Des films comme Nosferatu, Frankenstein et bien sûr les films avec Bela Lugosi. L'imagerie gothique n'est pas à chercher ailleurs, après tout, la littérature du 19e siècle qui a servi de base à ce cinéma est déjà qualifiée de gothique. En partant d'une touche de glam, avec costumes et apparence androgyne, et en y ajoutant ce côté noir et blanc (surtout noir), plus une musique harassante, caricaturale, un style est apparu sur leur célèbre premier single, «Bela Lugosi's Dead». La pochette présentait déjà une chauve-souris, c'est dire... Enregistré en janvier 79 et paru seulement en août, il est contemporain de Join Hands de SIOUXSIE AND THE BANSHEES, les seuls qui peuvent prétendre les précéder dans ce style, mais avec une imagerie beaucoup moins nette. La chanson est donc également antérieure au premier JOY DIVISION.

Pour être franc, ce «Bela Lugosi's dead» est plus historique que vraiment bon, on sent que c'est un premier pas. Le second, «Dark Entries» est déjà plus probant, c'est un titre d'une violence folle, qui a été placé au début de certaines éditions du premier album, mais n'en fait officiellement pas partie. Et nous en arrivons donc au milieu de l'année 80, quand ils se sont enfin décidés à sortir quelque chose de plus ambitieux. Leurs quatre albums sont des œuvres complexes et travaillées, même si le premier est encore d'un style assez... obstiné. In the flat field est le seul qu'on pourrait crânement classer en gothique. Il se caractérise par une musique bruitiste, saturée, et tellement sombre. Le chanteur Murphy, qui ne sera pas resté longtemps un débutant, est d'un charisme incroyable. Il faut aimer sa façon d'alterner des couplets presque parlando en voix de baryton et des passages hystériques, mais en tout cas, c'est impressionnant. Encore un qui ridiculise Ian Curtis...

Tout au long de ces 38 minutes torturées, la guitare de Daniel Ash est également exceptionnelle. Il utilise de nombreux effets pour créer ces ambiances terrifiantes. Son instrument crie littéralement. «Double Dare» est un exemple particulièrement frappant de la qualité de ces jeunes instrumentistes : commencer ainsi l'album avec cette note de basse tenue et menaçante ponctuée par un sonar, c'est magistral, après quoi Kevin Haskins nous sert des tambours qui rivalisent avec ceux de Budgie. L'album est également étonnamment varié tout en restant dans ces ambiances gothiques. Ainsi, la chanson-titre et «St Vitus Dance» sont explosives, proposant un fouillis diabolique. «A god in an alcove» et «Stigmata Martyr» jouent plutôt l'agression contenue. Le saxophone sur «Dive» relâche un peu l'atmosphère. Dans tout cela, c'est la lamentation «The spy in the cab» qui est la moins réussie mais, pour être franc, on a bien besoin de cette pause au milieu de l'album. «Small Talk Stinks» est presque humoristique, avec ce rythme groovy, tandis que le final «Nerves» est une belle tentative de développer leur propos sur une plus longue durée.

Que pourrait-on alors reprocher à In the flat field ? La même chose que les critiques à l'époque, qui n'avaient pas compris cette nouveauté. Même SIOUXISIE et JD semblaient ne pas les avoir laissés aussi perplexes. Ils n'y ont vu que le bruit, et c'est vrai que c'est un peu trop difficile à écouter, c'est d'emblée le disque le plus agressif de BAUHAUS, les suivants seront moins bruts, moins virtuoses peut-être, mais beaucoup plus subtils. Avec le temps, bien sûr, l'album a obtenu une reconnaissance... La morale de ceci est qu'on peut être une bande de jeunôts anglais bizarres, baignant dans l'époque punk, et développer une musique à la fois intelligente, cultivée et d'une puissance terrible. Peut-être avaient-ils passé un pacte avec le diable, finalement ?

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   (2 chroniques)



- Daniel Ash (guitare, chant)
- Kevin Haskins (batterie)
- David J. (basse, chant)
- Peter Murphy (chant)


1. Double Dare
2. In The Flat Field
3. A God In The Alcove
4. Dive
5. The Spy In The Cab
6. Small Talk Stinks
7. St. Vitus Dance
8. Stigmata Martyr
9. Nerves



             



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