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MUSIQUE ELECTRONIQUE  |  B.O FILM

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John CARPENTER - Assault On Precinct 13 (1976)
Par AIGLE BLANC le 14 Janvier 2015          Consultée 802 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Du haut de ses 26 minutes, le score de John CARPENTER pour son second film, un western urbain particulièrement tendu, sera perçu par certains comme un attrape-nigaud. L'intéressé lui-même n'a jamais envisagé de l'éditer, ignorant alors l'impact qu'il gagnerait au fil des décennies auprès de la communauté technophile qui aujourd'hui le révère comme une source d'inspiration majeure.

De toute sa carrière, le réalisateur américain n'a jamais eu, et n'aura jamais, les moyens de s'offrir le luxe d'un orchestre symphonique pour interpréter la musique de ses longs-métrages. A l'exception de Starman, film de Science-Fiction avec Jeff Bridges et Karen Allen, son plus gros budget à ce jour et l'une de ses rares incartades dans la jungle carnassière d'Hollywood, où il a pu faire appel à Jack Nitzsche, grand nom de la musique, J.CARPENTER s'est vu contraint de mettre la main à la patte en signant la Bande Originale de ses films, exclusivement électronique. Question de budget très limité évidemment.
Mais le cinéaste réfractaire au système hollywoodien n'est jamais aussi bon que dans l'adversité, lorsque sa mise en scène doit faire preuve d'une rigueur exemplaire pour compenser le manque d'argent. Cela se confirme jusque dans les musiques qu'il a composées avec les moyens du bord. En l'absence des masses orchestrales qui réussissent si bien à Jerry GOLDSMITH, James HORNER ou Howard SHORE, CARPENTER a dû tout miser sur l'efficacité. Ne cherchez pas plus loin la clef de son succès : l'efficacité à toute épreuve de ses B.O dont celle de Assault on Precinct 13 inaugure un style aussi simple et minimaliste qu'est puissante déjà l'empreinte de son auteur.

Assault on Precinct 13 n'est certes pas la meilleure B.O de sa carrière. Pour cela, tournez-vous plutôt vers celle de The Fog (1980) que votre chroniqueur se fera un plaisir de vous présenter ultérieurement dans ces colonnes. La B.O d'Assault non seulement peine à atteindre les 26 minutes, mais elle ne comporte en tout et pour tout que deux thèmes dignes de ce nom répétés ou déclinés inlassablement dans les 16 pistes que contient l'album.
Le "Main Title" qui ouvre l'album concentre à lui seul l'atmosphère étouffante de menace et d'insécurité constantes qui transpire du film. Des polars urbains virils et violents, le cinéma américain en regorge. Tous sont magnifiés par une bande sonore des plus grands noms du Jazz ou du Funk comme Lalo Schifrin, Herbie Hancock ou Isaac Hayes. Mine de rien, et sans en avoir l'ambition, J.CARPENTER les bat tous par K.O. Le beat métronomique qui ouvre les hostilités dès le "Main Title" rappelle si besoin était l'influence de TANGERINE DREAM sur sa musique. Le réalisateur n'a jamais caché avoir beaucoup écouté plus jeune le groupe d'Edgar Froese. On avait pu déjà repérer ce beat métronomique dans un court passage de l'album Ricochet (1975) et il sera décliné aussi dans Force Majeure (1979) et Tangram (1980). Mais là où le groupe berlinois n'en proposait qu'un segment, J.CARPENTER en fait l'ossature obsessionnelle d'un album entier. Et quand déboule à l'avant-scène de ce beat la masse goudronneuse d'un synthé aussi gras que de mauvais goût, alors l'ambiance devient particulièrement poisseuse et menaçante. Une deuxième couche de synthé tapisse le fond sonore, plus haut dans les aigus que celle-ci et chargée d'un désespoir morbide qui renforce le constat d'impuissance tragique que dégage le film. Ce thème absolument génial ronge les machines électroniques jusqu'à l'os, dans une veine minimaliste bien plus hardcore que celle initiée par KRAFTWERK, un patronyme que CARPENTER supporte sans rougir. Ce thème est répété au moins 7 fois, qu'il soit réduit à son seul beat métronomique ou quelque peu ralenti comme dans "Well's Flight". Dans "Ice Cream Man on Edge", il pervertit même l'enfantine boîte à musique du glacier ambulant, effet glaçant garanti.
"Division 13" est le deuxième thème de l'album, très différent du précédent. Un clavier mélancolique et fatigué entonne une sorte de Blues empreint d'infinie tristesse. Un Blues de fin du monde. On le retrouve condensé dans "Walking Out" et développé dans "Julie", seul personnage féminin du film qui transporte avec lui sa résignation. La mélodie alors se charge d'une connotation amoureuse désespérée. Peut-être que dans d'autres circonstances aurait pu naître une vraie relation amoureuse entre l'agent Wilson et Julie.
"Lawson's Revenge" est une piste nue que transperce une seule note de synthé, aussi aiguë et crispante qu'un sifflet. "Sanctuary" poursuit cette veine d'un synthé bloqué sur une note unique. L'insécurité noie vos pauvres enceintes tétanisées.

Assault on Precinct 13 n'a pas de quoi remplir un album digne de ce nom. Il fut enregistré en un seul jour parce que le tout petit budget du film ne permettait pas de louer le studio plus longtemps. Vous imaginez une seule journée pour improviser et enregistrer la musique d'un long-métrage. C'est trop peu pour un non musicien comme John CARPENTER. Alors, il est allé à l'essentiel : un thème pour les scènes d'action, un autre pour les moments calmes du film et une note, une seule, pour les scènes d'angoisse. Quand je vous disais que cette musique n'a jamais été conçue pour être éditée, mais seulement pour exacerber ce que les images transpiraient, vous comprendrez mieux sa durée dérisoire. En attendant, ce disque édité pour la première fois en 2003 (le film datant de 1976) puis en 2013 par deux labels européens témoigne du combat de David (CARPENTER) contre Goliath (le système hollywoodien). Son effarante efficacité n'a pas pris une ride. Ce score "à l'os" anticipe la House, le Hip Hop, la Techno. Il est des B.O infiniment plus friquées qui dépassent largement les 70 minutes mais dont l'empreinte carbone historique touche le zéro pointé. A bon entendeur salut !

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   AIGLE BLANC

 
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- Line-up Non Crédité.


1. Main Title
2. Napoleon Wison
3. Street Thunder
4. Division 13
5. Ice Cream Man On Edge
6. Wrong Flavour
7. Emergency Stop
8. Lawson's Revenge
9. Sanctuary
10. Second Wave
11. The Windows
12. Julie
13. Well's Fight
14. To The Basement
15. Walking Out
16. Assault On Precinct 13



             



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