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John CARPENTER - Lost Themes (2015)
Par AIGLE BLANC le 24 Mars 2015          Consultée 1107 fois

JOHN CARPENTER compte parmi les très rares cinéastes à avoir acquis une reconnaissance européenne en ayant oeuvré presqu'exclusivement dans les domaines du Fantastique et de la Science-Fiction, genres dénigrés autrefois par la presse spécialisée. Je ne vois guère que David Cronenberg, Wes Craven et David Lynch à avoir gagné aussi les suffrages de la Critique. JOHN CARPENTER n'a jamais envisagé le genre Fantastique comme un moyen de gagner de l'argent en séduisant un public d'ados. Au contraire, il voue au genre une authentique passion et un respect qui forcent l'admiration.
Depuis Ghost of Mars (2001), on ne peut pas dire que sa filmographie se soit beaucoup étoffée : un épisode de la série Masters Of Horror, Cigarets Burns en 2005, et un Thriller passé inaperçu, The Ward, en 2010. Le réalisateur américain reconnaît s'être lassé des tournages ou plutôt des difficultés inhérentes aux tournages qui deviennent encore plus discriminantes quand on prend de l'âge et que l'on reste surtout un incorruptible frondeur.
Et voici qu'en ce début d'année 2015, il se rappelle à ses fans non pas en ajoutant un titre à sa filmographie, mais en sortant un disque sous son seul patronyme.

La surprise n'est que partielle dans la mesure où CARPENTER a toujours signé la musique de ses films, principalement en raison des petits budgets qui lui étaient alloués. Il va sans dire qu'avec les années, il a réussi à établir autour de sa musique une véritable reconnaissance au point d'avoir soulevé un culte parmi les DJ et autres bidouilleurs en électronique.
Lost Themes ne rassemble que des compositions inédites. Mais il ne s'agit pas de titres écartés du montage final de ses films et qu'il aurait décidé aujourd'hui d'éditer. Non seulement les compos sont inédites mais de plus totalement actuelles. C'est donc d'un véritable album, son premier hors du circuit des BO, dont nous gratifie l'amateur musicien.

Lost Themes marque la volonté pour son auteur de pousser sa musique à un niveau supérieur, c'est-à-dire en dépassant le cadre étroit et contraignant de la musique de film. Il avoue avoir pris un pied d'enfer en se délivrant notamment des contraintes temporelles. Certains titres ainsi peuvent franchir la barre des 8 minutes sans que les nécessités du montage n'obligent à des coupes drastiques. La nouvelle dimension de sa musique concerne aussi le domaine de la composition. Pour l'aider dans cette tâche, le cinéaste s'adjoint la collaboration de son fils, Cody Carpenter, et de son beau-fils, Daniel Davies, qui partagent à trois non seulement la composition mais aussi l'interprétation et la production des 9 titres de l'album.

Il est vrai que les compositions bénéficient d'un travail plus poussé qui conviendra à tous les sceptiques de la BO. L'univers cinématographique de CARPENTER traverse bel et bien les 48 minutes de l'opus. Ce dernier espère même que l'album, considéré par son fils comme un "Soundtrack Sampler", servira de banque de données à des cinéastes qui pourront y puiser des musiques pour leurs films.
Si le disque ne déçoit pas, c'est avant tout parce que son contenu respecte à la lettre ce qu'un fan est en droit d'espérer de son réalisateur-musicien. En tant qu'album de CARPENTER donc, Lost Themes tient bien son rang. On y savoure ces ambiances sombres et menaçantes, gorgées de suspens et mâtinées d'Electro, de Funk et de Rock Progressif. Le cinéaste ne cache jamais son héritage musical qui va d'HENDRIX à KRAFTWERK en passant par TANGERINE DREAM et GOBLIN.
L'ennui c'est que cette qualité présente aussi son propre revers : Lost Themes ne surprend jamais. Il déroule un programme souvent excellent mais qui ne s'éloigne jamais d'un style irrémédiablement vintage.

L'album s'ouvre sur l'excellent "Vortex". Du pur CARPENTER. Sur une séquence pulsée efficace, que martèlent des accords puissants de claviers, un beat monstrueux se trouve rapidement dominé par des synthés au gros son de guitare saturée. L'espace sonore dégage une belle densité.
"Obsidian", qui succède à cette ouverture spectaculaire, pousse le style encore plus loin grâce à une composition à tiroirs d'influence progressive. Le premier mouvement sur un beat puissant et robotique appuie ses accords de claviers que viennent engloutir des arpèges de guitare électrique. Le deuxième mouvement plonge ses claviers rugueux dans une ambiance poisseuse qu'adipe une guitare lourde sur un beat épidermique. Ensuite un orgue part à l'assaut d'un suspens croissant que soulignent des synthés vintage. Une cassure brutale amorce un interlude où les synthés se font très mélodiques. Et quand le cinquième mouvement, par un schéma cyclique bien connu des aficionados des suites progressives, annonce le retour du thème initial, l'émotion culmine, transcendée par les arpèges endiablés de la guitare. 8 minutes d'une rare intensité, et tout simplement le meilleur titre de l'opus.

La suite malheureusement ne retrouve jamais ce niveau ni cette ambition : si "Fallen" avec sa séquence tangerine-dreamienne et sa guitare menaçante bénéficie d'un beau feeling traduisant une violence souterraine particulièrement sournoise, "Domain" déçoit quelque peu par manque de cohérence avec son refrain poussif qui souffre d'une batterie et de synthés emphatiques.
L'album devient même insignifiant dans sa partie centrale. "Mystery" tourne vite en rond avec ses synthés peu inspirés qui rappellent certains travers de JEAN-MICHEL JARRE. Un comble quand on connaît la musique d'habitude si racée de CARPENTER. "Abyss" plonge son ennui dans une ritournelle désuète bien exécutée mais déjà entendue mille fois. Heureusement que le second mouvement retrouve un peu les synthés rugueux, et limite disco, de GIORGIO MORODER, tandis que l'ultime thème sonne comme un bon générique de film.
"Wraith" a le mérite d'être court et original. Il fait se succéder une séquence schulzienne à base de sons entrechoqués et un solo de guitare proche de ceux d'EDGAR FROESE à la fin des années 70, période Force Majeure. Passons "Purgatory", peu inspiré, qui ne sait jamais comment développer le thème initial et retenons le sombre et poétique "Night" qui conclut l'album de bien belle manière : dans un climat mystérieux et envoûtant, les synthés viennent frotter leurs cordes métalliques en une séquence rugueuse comme le maître en a le secret. Un beau générique de fin.

Lost Themes plaira aux fans de TANGERINE DREAM, GOBLIN et KRAFTWERK qui se laisseront bercer par sa saveur de madeleine. Les autres risquent d'être agacés par la texture vintage des instruments électroniques. Sortir un tel disque en 2015, c'est soit la manifestation éclatante de l'esprit frondeur de CARPENTER soit celle de son ignorance en matière de musique actuelle.

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   AIGLE BLANC

 
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- John Carpenter (tous les instruments)
- Cody Carpenter (tous les instruments)
- Daniel Davies (tous les instruments)


1. Vortex
2. Obsidian
3. Fallen
4. Domain
5. Mystery
6. Abyss
7. Wraith
8. Purgatory
9. Night



             



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