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John CARPENTER - The Fog (1984)
Par AIGLE BLANC le 2 Juillet 2018          Consultée 193 fois

AVERTISSEMENT : cette chronique de bande originale de film est également susceptible de contenir des révélations sur le film

Il est rare que The fog soit le film de John CARPENTER le plus cité tant par les critiques de la presse cinématographique que par les fans du cinéaste américain. Si ce dernier aujourd'hui considère son film comme une réussite, il n'a pas oublié non plus l'horreur qu'en fut le tournage, probablement son plus mauvais souvenir, ce que le réalisateur lui-même considère comme "le point le plus bas de [sa] carrière."
Pourtant, tout avait débuté sous les meilleurs auspices : John CARPENTER et sa coproductrice Debra Hill avaient déniché, à seulement 40 miles au nord de San Francisco, le phare idéal pour planter le décor marin de cette sombre et effrayante histoire de fantômes qu'est "The fog". Ils avaient écrit le scénario entre février et mars, le tournage s'était déroulé d'avril à mai, ce qui, même pour un film à petit budget, reste une affaire rondement menée, sans temps mort ni perte d'argent inutile. Une fois le tournage achevé, et avant de s'atteler au montage, le réalisateur avait pris quelques jours de congé à Tahiti, avec Adrienne Barbeau, sa nouvelle épouse rencontrée lors du tournage de son film, qui interprète Stevie Wayne, la DJ d'Antonio Bay animant dans le phare de la ville une émission de radio.
De retour de vacances, et dans les studios de Samuel Goldwyn, J. Carpenter aidé de Tommy Lee Walace (futur réalisateur de l'adaptation télé du Ca de Stephen King) s'attèle au montage de son film. Et là, horreur ! Le résultat se révèle accablant. Le film ne fonctionne pas du tout. Il lui faut à tout prix composer un score apte à rattraper l'ensemble. Mais une fois la musique créée, mixée et intégrée au film, la vérité demeure accablante : The fog ne fonctionne toujours pas et sa musique, lourde et ostentatoire, ne le sauve pas du désastre.
Debra Hill et John Carpenter doivent récrire le scénario, reconsidérer le découpage des séquences, et même retourner des scènes entières voire en tourner de nouvelles. Toute l'énergie est concentrée pour conférer au film l'atmosphère anxiogène souhaitée. Même la musique est entièrement retravaillée. Soulagement ! Au bout d'un mois supplémentaire de travail, le film fonctionne enfin et le moins que l'on puisse dire est qu'il revient de loin.

Comme The fog, qui raconte une histoire de fantômes et de vengeance somme toute traditionnelle, sorte d'hommage à H. P. Lovecraft, auteur préféré des jeunes années de CARPENTER, sa bande musicale occupe une place particulière par son classicisme affiché. C'est en effet sa BO la plus douce, presque la plus discrète, qui privilégie quelques notes parsemées de piano et des accords plaqués de synthés aux basses sourdes et des plus glauques. Elle contient très peu de moments pulsés, signature pourtant du réalisateur-musicien, et beaucoup d'autres qui se contentent de déployer une atmosphère brumeuse (c'est le cas de le dire pour un film mettant en scène un brouillard surnaturel).

La première édition, parue chez Varese Sarabande en 1984, comprend 8 pistes et comptabilise 33 minutes d'écoute. Le titre principal "Theme from The fog", qui accompagne le générique de fin, blanc sur fond noir, est le plus représentatif de la manière de son compositeur. A partir d'une séquence de 12 notes au piano, ossature obsédante qui répète inlassablement la même montée de notes à l'octave supérieur et la même descente à l'octave inférieur, et que double en écho une séquence identique exécutée aux synthés, John CARPENTER ajoute en arrière-plan plusieurs lignes de percussions entrechoquées. Le résultat sonne optimal malgré l'économie de moyens, sorte de hit en miniature dont notre cinéaste musicien a le secret. La répétition du motif central conduit le titre jusqu'à la hantise.
Le deuxième thème, juste après la scène d'introduction, apparaît quand s'affiche le titre sur l'écran. Cette fois, la ligne percussive a disparu, au seul profit de 3 notes de piano répétées selon le même principe d'octave ascendant et descendant qui dessine une sorte de marche funèbre neurasthénique tandis que, dans l'intervalle du motif récurrent au piano, s'étale une lourde nappe de synthé tenu. L'absence quasi totale de réelle mélodie fait pencher le rendu musical du côté de l'ambient, avec toutefois l'efficacité coutumière du compositeur. Ce thème se voit décliné tout au long du disque à travers des occurrences dont les seules variations sont celles de l'intensité, comme dans les titres "The fog", "Antonio bay" et "Tommy tells of ghost ships" où l'accent est mis tantôt sur les notes basses du piano, ambiance plombante assurée, tantôt sur des accords glaçants d'orgue d'église à faire se dresser les cheveux sur la tête.
Le thème préféré de John CARPENTER reste celui qui accompagne la descente de Stevie Wayne jusqu'au phare qui lui sert de station de radio. Ce titre tout aussi minimaliste dégage une atmosphère plus lumineuse grâce à un motif de flûte haut-perchée que soutient un contrepoint de synthé dans une tonalité évoquant un lever de soleil sur la baie d'Antonio. Le rendu sonne pourtant anxiogène, comme si la sérénité de la mélodie était menacée par une ombre tragique, du fait que le motif musical n'a ni début ni fin.
"Reel 9" s'avère le moment le plus angoissant de la BO. C'est aussi le plus développé : 11 minutes au cours desquelles, après une introduction décoiffante à coups d'accords plaqués d'orgue, s'immisce une séquence d'une note de piano frappée que décuple très vite un bruit blanc de synthé, comme si le brouillard passait à l'attaque (effet très réussi). Dans le crescendo ainsi amorcé, s'ajoutent au bout de quelques minutes, comme si l'angoisse n'était pas encore assez forte, une série de tintements de cloche accélérés qui font subitement monter la pression d'un cran. Un titre sournois et fort oppressant.

The fog s'adresse avant tout aux adeptes du style musical de John CARPENTER, et en particulier aux amateurs de dark ambient sournoise et anxiogène. Bande-son idéale qui accompagnera vos séances de jeux de rôle lovecraftiens.

P. S. : 1) L'édition Silva America (2000) présente 4 titres bonus.
2) L'édition Silva Screen Records (2012) ajoute un second disque de titres inédits à la version initiale, et contient l'extrait d'un entretien radiophonique avec l'actrice Jamie Lee Curtis.
3) L'édition Death Waltz Recording Company (2013) supprime l'entretien radiophonique avec Jamie Lee Curtis et propose une nouvelle illustration de pochette, réalisée pour l'occasion par Dinos Champman.

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   AIGLE BLANC

 
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- John Carpenter (tous les claviers électroniques)
- Dan Wyman (programmation des claviers)


1. Matthew Ghost Story
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3. Walk To The Lighthouse
4. Rocks At Drake's Bay
5. The Fog
6. Antonio Bay
7. Tommy Tells Of Ghost Ships
8. Reel 9



             



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