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- Style : Cream, The Yardbirds

Les VARIATIONS - Nador (1970)
Par LONG JOHN SILVER le 31 Janvier 2015          Consultée 2255 fois

La France, on le sait bien, n’est pas un pays très rock’n’roll; on est fort pour les technologies de pointe, on a réalisé des prouesses pour fabriquer le TGV ou Ariane. Musicalement on donne également dans l’élitisme via des conservatoires qui nous valent la renommée internationale pour avoir formé une poignée de virtuoses en musique classique et en Jazz, bien plus qu’aux Etat-Unis où ce genre est historiquement à l’honneur dans quelques grandes villes mais absent partout ailleurs. Le rock fait quand même son apparition chez nous dans les années 60, puisque les Johnny, Eddie et Dick vont se l’approprier en adoptant leurs prénoms respectifs chez les américains (plutôt que chez les anglais) mais vont surtout adapter en français les standards popularisés par Elvis, Chuck et les autres quand nos voisins allemands ou hollandais (pour ne citer qu’eux) se lanceront directement dans l’aventure sans forcément changer leur état civil mais en choisissant souvent l’idiome originel pour le chant. C’est ainsi que courant 60’s naitront des groupes comme GOLDEN EARING et même SCORPIONS. On n’oublie pas non plus l’apparition du Krautrock, purement germanique mais le plus souvent interprété en anglais.

Historiquement, cet état de fait trouve son explication en plein démantèlement des empires coloniaux et également pendant la phase de reconstruction d’une Europe dévastée par la guerre et reconstituée à coup de plan Marshall US, au moment où la francophonie devient un enjeu politique de premier plan. Ce préambule nous amène à évoquer le cas des Variations, groupe constitué de jeunes français, nés et élevés dans un ex-protectorat d’Afrique du Nord: le Maroc. LES Variations donc et non pas “ZE Varièchonz” car ce patronyme est français et ne fait l’objet d’aucune traduction alors que le mot “variations” est semblable dans les langues de Shakespeare et de Molière (ce qui est malin). L’article défini qui le précède ne changera jamais nonobstant la signification internationale de ce qui suit. En revanche, c’est bien en anglais que la grande majorité des textes sera signée.

Le groupe se réunit à Paris en 1966, formé de Marc Tobaly guitariste né à Fès, de Jo Lebb chanteur lippu comme Mick Jagger et qui vit le jour à Casablanca tout comme Jacky Bitton le batteur et enfin de Jacques Grande (dit P’tit Pois) à la basse, seul membre né en France métropolitaine. Au commencement, son répertoire est composé de reprises dans une démarche qui évoque clairement celle des ROLLING STONES des débuts. La troupe enchaine les tremplins en France, en Allemagne et en Scandinavie où elle ne tarde pas à se faire repérer puisqu’en 1967, c’est au Danemark qu’elle grave son premier 45T, une reprise de “Mustang Sally” dans un style Blues rock qui la rapproche de CREAM. Malgré une réputation de bête de scène et en dépit de la bonne tenue du single dans les hit-parades, rien ne se passe. 1968 secoue la planète avec ses révoltes, le groupe met le feu partout où il se produit et toujours nada. C’est en 1969, après que nos petits français aient partagé l’affiche d’une émission de l’ORTF en compagnie des WHO, FLEETWOOD MAC et autres SMALL FACES que Pathé Marconni publie leur deuxième single (“Come Along”) en mars, suivi par un troisième en septembre (“What’s Happening) qui confirment le durcissement de la musique dans une veine très Zeppelinienne. Néanmoins la petite bande se heurte à l’incurie de techniciens qui ont pour habitude d’enregistrer de la variété et n’ont aucune compétence dans le domaine du rock.

L'album “Nador” sort en octobre 1970, que de temps perdu ! C'est un fort joli bébé : neuf titres pour un album mêlant un blues-rock lourd et puissant à de la Pop mais aussi de la musique traditionnelle marocaine, le tout drivé par l’inévitable Marc Tobaly, musicien émérite, arrangeur doué et compositeur inspiré. Et ça commence très fort avec “What A mess Again”, titre tonitruant, purement Hard-Rock signé par le duo Tobaly/Lebb, d’emblée on reçoit la puissance de feu que dégage le groupe au sommet de sa forme, qui n'a rien à envier à celle des WHO. Vient ensuite un “Waiting For The Pope” doté d’arrangements subtils où on reconnait les racines Blues/Rock et l’influence de CREAM avec une coda en fade out où s’emmêlent les guitares. Le morceau éponyme, le sublime “Nador”(qui porte le nom d’une ville située au nord du Maroc) est un instrumental folk qui évoque aussitôt le “Black mountain Side” de Jimmy PAGE avec ses sonorités orientales, cela dit l’apport de la darbouka sur ce titre donne aux Variations une (toute petite) longueur d’avance sur le dirigeable quant à l’emploi d’instruments du folklore Nord-Africain.

La première face se conclut par la très pop “We Gonna Find The Way” (avec l’aide de mick Fowley de GRAPEFRUIT au piano), suivie de “Générations” gros hard–rock en français, au texte contestataire probablement écrit en référence aux événements de mai 68 et ponctuée d’un solo de guitare arabisant du plus bel effet. La deuxième partie du disque ne dépare en rien, le groupe en a sous le pied et peut encore appuyer sur la pédale. Elle s’ouvre sur un hymne à la fois costaud et instantané - on pense toujours aux WHO des grands jours -, il s’agit de “Free Me” aux arrangements luxuriants qui nous ramènent aux grandes heures de la power pop 60’s, lequel hymne est suivi par son corollaire “Completely Free”, encore une fois très fouillé mais dans une veine nettement plus blues/rock à la… FREE ! Viennent ensuite le très rock’n’roll “Mississipi Woman” signé Mick Fowley, où on retrouve un piano enjoué façon Jerry Lee LEWIS, puis “But It’s Allright” excellent morceau au riff bien hard écrit par le batteur Jacky Bitton qui achève l’ouvrage en percussions et donne l’occasion à Youssef Berrebi de faire à nouveau résonner sa darbouka. Un premier effort complet sans faute de goût.

Ce disque aurait pu ou du permettre aux VARIATIONS de se hisser parmi les grands voire même les très grands. Cela leur ouvrira des portes puisque le groupe ne tardera pas à jouer aux Etats-Unis devant des milliers de personnes, si ce n’est qu’il ne deviendra jamais prophète chez lui, la presse en France prenant un malin plaisir à le railler en le faisant passer pour une bande de frimeurs superficiels, sapant au passage sa résistance et cela de façon profondément injuste. Ils remplissaient pourtant les salles et donnaient des concerts incandescents. Ils poursuivront bon an mal an une carrière chaotique avec encore deux très bons disques avant l’effondrement artistique (“Café de Paris”) puis la fermeture définitive (?) de l’enseigne.
Aussi n’hésitez pas à vous jeter sur cet opus pondu par des beautiful losers qui garderont pour eux d’avoir accouché d’un des trésors les mieux cachés du Rock. Rendons leur ensemble cet hommage en faisant tourner et vivre leur musique encore et encore. “Free me and I’ll be back to Rock’n’Roll” disait la chanson.
Indispensable ? Oui !

Note: 5/5

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   LONG JOHN SILVER

 
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- Marc Tobaly (guitare)
- Joe Lebb (chant)
- Jacky Bitton (batterie)
- Jacques Grande (basse)
- +
- Mick Fowler (piano)
- Youssef Berrebi (darbouka)


1. What A Mess Again
2. Waiting For The Pope
3. Nador
4. We Gonna Find The Way
5. Generations
6. Free Me
7. Completely Free
8. Mississipi Woman
9. But It's Allright



             



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