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- Style : Cream, The Yardbirds

Les VARIATIONS - Café De Paris (1975)
Par LONG JOHN SILVER le 10 Janvier 2017          Consultée 192 fois

Pour qui a su apprécier les deux premiers albums des VARIATIONS et une grosse moitié du troisième, l’écoute de Café De Paris est une franche déception. Pourtant – en dépit d’un changement de frontman devenu inéluctable (et malgré un passage en tête d’affiche à l’Olympia en 1974, Lebb choisit – encore ! – de suivre une fille, au Maroc cette fois) – l’affaire se présente – a priori - sous d’excellents auspices. Nous parlons ici de la pochette de l’album 1975, signée Guy Peellaert, un célèbre artiste Belge qui a déjà conçu celles de Diamond Dogs de BOWIE et de It’s Only Rock’n’Roll pour les ROLLING STONES en 1974. Autre point de comparaison avec une référence haute en prestige : celle-ci ne fait aucune mention du nom du groupe ni du titre de l’album. Ça ne vous évoque rien ?* L’arrivée au micro de Robert Fitoussi n’est pas sans conséquence sur la musique, celle-ci est à présent clairement orientée vers le soft rock, la pop mainstream 70’s. Certes, Les VARIATIONS ne serait pas le premier groupe Heavy Blues à dériver sur les pistes poudreuses de l’AOR, l’exemple de FLEETWOOD MAC est dans les esprits, si ce n’est que cela s’est fait bien plus progressivement pour ces derniers et n’est d’ailleurs pas encore parachevé (par son succès) au moment où sort Café de Paris, quatrième et dernier opus des français.

Buddah Records a renvoyé le groupe en studio dès la fin 1974, peu de temps après la sortie de Moroccan Roll, un disque au son rêche qui pêchait par manque d’homogénéité. Cette fois-ci, les séances de production ont été dirigées par deux hommes de confiance : Lewis Merenstein (Van MORRISON, Curtis MAYFIELD, MAMAS & The PAPAS) et Michael Wendroff un chanteur folk maison. Ce dernier étant ici pour tout ce qui a trait aux textes ainsi qu’à leur interprétation, Les VARIATIONS sont des frenchies, on leur a parfois reproché de n’être pas toujours très au point sur l’Anglais. Comme à l’époque où Don Nix avait œuvré à la production de Take It Or Leave It, on comprend que le label a suivi les séances d’enregistrement et de finalisation du disque avec grande attention. Cependant, les influences nord africaines sont clairement exposées ici contrairement à ce qui advint lors de la production de l’opus 1973. La participation active de Robert Meimoun à l’écriture de tous les morceaux n’étant pas étrangère à cette affirmation des racines. Où ce qui saute immédiatement aux oreilles, c’est le timbre de voix haut perché de Robert Fitoussi qui tranche avec celui gouailleur de Joe Lebb. Fitoussi possède un registre très proche de celui de Demis ROUSSOS, ajoutons que certaines chansons figurant sur le disque sonnent comme les singles des APHRODITE’s CHILDs et on pourra se faire une idée assez précise du contenu de Café de Paris. Bien entendu, la musique pop a connu quelques remous depuis la disparition du groupe de Vangelis. « Superman Superman », le single de l’album, ressemble à du ABBA dénué de voix féminines, « Berberian Wood » a beaucoup à voir avec le Disco. Quand on pense que les références évoquées pour les disques précédents du groupe sont le plus souvent Led Zep, les WHO ou les Stones, on mesure le décalage entre ce millésime et ses aînés. Bien entendu, Moroccan Roll dévoilait déjà une appétence pour la variété, mais celle-ci restait largement confinée. Alors, tout n’est pas à jeter aux orties au Café de Paris. On a du mal à y trouver ses petits et il faut un certain effort pour se dire qu’on écoute bien le groupe qui a balancé Nador en 1970, qui restera (de facto) son disque le plus remarquable.

Oublions la ballade encombrante « Sit Back Home Again » et davantage encore l’insipide « Maybe Forever », laquelle possède en plus l’épouvantable lacune de contenir quelques lignes exprimées en Français, qui appuient là où ça fait se tordre (de rire ou de douleur, selon l’humeur) : sur la mièvrerie insondable du propos. Dès « I Don’t Know Where She’ll Go » on est de plain-pied en zone variété-pop, le malaise s’insinue, la fin vient dévier la trajectoire, on entend (déjà) du chant en Français - tout ce qu’il y a de plus radio friendly (et neuneu) - pourtant reconnaissons que cette chanson est plutôt bien écrite. Les influences arabisantes sur la trame rythmique et mélodique ne sont pas dépourvues de fraîcheur, alors on se dit que ce changement de direction n’est (peut-être) pas si épouvantable. « Superman Superman » révèle son efficacité, même si on pense qu’il n’est – définitivement - pas possible qu’on en soit rendu là. Le titre le plus étrange de l’ensemble paraît toutefois être « It’s All-Right » aux relents flower power étonnants, on nage dans la mélasse mais, passée la stupéfaction liée à la voix androgyne de Fitoussi, reconnaissons à nouveau qu’il s’agit d’une ballade pop assez accrocheuse.

Même lorsque les chansons sont chantées par Bitton ou Tobaly, on peine à croire qu’on est sur les terres des Variations. « Come Now » possède plus de mordant que la plupart des titres ici présents, il s’agit d’un instant soul-rock comme pouvaient en contenir les opus précédents, c’est d’ailleurs une bonne chanson. Néanmoins, le rendu est nettement édulcoré. « Everybody Got The Blues » démontre une fois de plus que Jacky Bitton ne possède pas une voix remarquable, elle rappelle les titres interprétés (et signés) par le batteur sur l’album Take It Or Leave It, soit des plages de remplissage. C’est l’instrumental « Shemoot (The Prayer) » qui - finalement - nous rapproche le plus du groupe auquel on s’est attaché. Bien qu’il fasse principalement pendant à « Kasbah Tadia », un titre de l’opus 1974. Ce qui paraît être une redite, un exercice de style, passe le cap en beauté. C’est ici que le groupe délivre sa singularité, sans avoir recours au miroir aux alouettes (ni aux sirènes) du mainstream. Café de Paris a de quoi désemparer quand on connaît l’histoire depuis ses débuts, le mélange pop mainstream/soft rock proto AOR et racines méditerranéennes, le tout accompagné (tout de même) d’un zeste de blues-rock, n’est pas sans rappeler le groupe REDBONE, formation US, laquelle mettait – à la même époque - en avant ses origines indiennes. Difficile toutefois de conjuguer toussa sans décevoir les amateurs de rock couillu tout en parvenant à attirer le gros du public porté par les programmations en radio. Café de Paris est de fait recalé au rang des disques mésestimés, cependant il faut aussi admettre qu’il est un cran au-dessous de ce qu’on est en droit d’attendre d’un groupe confirmé, même si instable. La sauce ne prend pas, voilà tout, Les Variations quittent la scène sur une note ambiguë et surtout très inégale.

Café de Paris connaît pourtant des retombées honorables – le single « Superman Superman » se hisse à la 35e place des charts US , le groupe joue en opening de KISS, AEROSMITH, QUEEN. La malchance (qui leur colle aussi aux basques) revient toutefois pour pointer : où on l’on voit le groupe contraint d’annuler une prestation importante, obtenue de haute lutte avec l’appui d’un promoteur établi, en ouverture des Stones à Cincinnati. Robert Fitoussi devant se faire soigner en urgence. Les musiciens, lassés, s’en vont les uns après les autres : Fitoussi, Jacques Grande puis Maurice Meimoun. Fin 1975, il ne reste plus rien. Pourtant le groupe va rapidement refaire parler de lui au Moyen Orient. À l’occasion d’un single publié dans l’enthousiasme du rapprochement pacifique entre Israël et l’Égypte. En 1977, Jac Hammer – un vieux briscard – compose l’hymne « Shalom Salam Aleicum », le single est enregistré par Richie HAVENS – ex gloire de Woodstock – accompagné pour l’occasion par Les VARIATIONS. Tobaly étant aussi crédité comme coproducteur. La chanson devient N°1 dans les pays concernés.
En 1978, Tobaly retrouve Fitoussi (mais aussi Wendroff) avec lequel il forme KING OF HEARTS, publiant un album qui confirme l’orientation pop mainstream prise avec Café de Paris. Il fera ensuite un petit tour sur un disque du groupe de rock français TAURUS. Inutile de préciser que tout ceci ne revêt aucun caractère indispensable. Pas plus que la suite de la carrière de Fitoussi qui rencontre un succès planétaire via le single « Words ». Précision utile : celui-ci a opté pour le pseudo bellâtre FR David, avant de conquérir le Top 50. Tobaly et Lebb – les frères ennemis - se retrouveront quand même sur scène en 2006, les échanges acrimonieux d’antan - par presse interposée – ayant été mis de côté, toutefois l’événement ne connaitra pas de suite. Rappelons que les deux n’ont enregistré - chacun de son côté – qu’une (menue) poignée de singles sous leur seul nom. Depuis, Tobaly a étrenné en 2011 ses « New Variations » sur d’autres planches, en compagnie de la chanteuse soul Laura Mayne (NATIVE), encore une fois sans suite. Les VARIATIONS auront vécu intensément leur courte aventure, faisant du groupe LE pionnier du rock français chanté en Anglais, réussissant à se mouvoir – et plutôt bien - sur les terres de l’oncle Sam. Peu d’artistes tricolores ont pu percer outre atlantique, eux l’ont fait. Avec panache.

* Led Zeppelin « IV » publié en 1971, il ne figurait aucune mention de quoi que ce soit sur la partie extérieure de la pochette

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   LONG JOHN SILVER

 
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- Marco Tobaly (guitare, chant)
- Robert Fitoussi (chant, guitare)
- Jacky Bitton (batterie, chant, percussions, houd)
- Jacques Grande (basse)
- Maurice Meimoun (violon, houd)
- Jim Morris (claviers, chant)
- +
- Michael Wendroff (choeurs)
- Jim Maeulen (percussions)
- Michael Montgomery (orgue sur 2)
- Phil Bates (claps et choeurs sur 9)
- Gary Dorn (claps et choeurs sur 9)
- Patrick Adams (arrangements de cordes sur 4)


1. I Don't Know Where She's Gone
2. Sit Back Home Again
3. Superman Superman
4. Maybe Forever
5. Come Now
6. Berberian Wood
7. It's All-right
8. Everybody Got The Blues (song For A Groupie)
9. Shemoot (the Prayer)



             



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