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SYNTHPOP HUMORISTIQUE  |  STUDIO

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- Membre : Marc Moulin

TELEX - Looking For St. Tropez (1979)
Par ARP2600 le 23 Août 2015          Consultée 1839 fois

Disons-le d'emblée, TELEX n'est pas un groupe sérieux et n'a jamais cherché à l'être. Écouter leurs disques au premier degré n'a pas de sens. D'ailleurs, les notes attribuées à ces chroniques seront purement indicatives, car il est difficile et même vain de juger la qualité artistique de leurs créations. Ceci étant dit, ils ont fait pas mal de choses intéressantes qui, même sur le ton de la plaisanterie, ont eu un impact non négligeable sur le développement de la musique de danse électronique.

Première chose à savoir, c'est un groupe belge. Il va sans dire qu'en tant que belge de service, personne d'autre que moi ne pouvait s'en charger... il faut connaître notre culture pour donner un minimum de sens à leur œuvre. Présentons ces trois plaisantins. Tout wallon d'un certain âge connaît forcément Marc Moulin, homme de radio, penseur, et bien sûr musicien, mais plutôt de jazz en dehors de TELEX. Il a été un élément essentiel du paysage médiatique belge francophone jusqu'à son décès en 2008... sa voix grave et son humour malicieux nous manquent beaucoup. Ensuite, il y a Dan Lacksman, petit moustachu toujours accompagné de son fidèle cigare, c'est le spécialiste en matos de la bande, il a d'autre part une carrière solide d'ingénieur du son. Enfin, Michel Moers, le moins connu, mais quand même le compositeur principal et « chanteur » du groupe.

Loin du groupe de jeunes sortis du punk, on a plutôt là trois potes d'une trentaine d'années, proches du milieu de la radio et très au courant de toute l'actualité musicale des années 50 à 70 (1). En 78, ils ont décidé de faire une petite blague en reprenant le tube yéyé « Twist à St. Tropez » avec des sons électroniques et un chant foireux, le tout en apparaissant masqués donc anonymes. Se spécialisant au départ dans les reprises lentes de chansons nerveuses, ils ont enchaîné avec « Ça plane pour moi » de Plastic BERTRAND et « Rock Around the clock », à la sauce KRAFTWERK. Si la reprise de Bill HALEY a curieusement bien marché en Angleterre, c'est surtout leur contribution suivante qui reste la plus connue. Il s'agit de « Moscow Discow », un titre lorgnant sur la disco de MORODER, avec un texte en français presque déclamé et des bruits de train : une réussite inattendue. C'est que la musique fait illusion, il faut voir le clip volontairement horrible pour piger à quel point c'est de la dérision.

Et donc, début 79, ils ont sorti un premier album contenant ces singles. La pochette reproduit une mire de télévision belge, le titre dérive évidemment de leur reprise du twist. Rappelons qu'il ne faut rien voir de sérieux chez eux, mais disons que conformément au nom du groupe, il y a une certaine thématique des moyens de communication, d'où la pochette et une chanson comme « Something to say ». Le rapprochement avec KRAFTWERK et leur thématique technologique est inévitable, le groupe allemand n'ayant jamais non plus été très sérieux. Ainsi, « Pakmoväst » et « Ça plane pour moi » ont un son technopop n'ayant rien à envier à The Man Machine, avec le même genre de rythmiques lentes, du vocoder, etc. D'autres titres sont donc plus disco, et on a même quelque chose de proche du hip-hop, pourtant bien jeune à l'époque, sur « Victime de la société ». Ajoutons-y les courts délires « Café de la jungle » et « Someday - Un jour » et on obtient vraiment un drôle d'animal... non, ce n'était pas sérieux, mais c'était visionnaire, et cela reste un des tout premiers albums de pop électronique de l'histoire.

Parlons encore un peu de certaines plages. « Pakmoväst » est peut-être ce qu'il y a de plus facile à apprécier ici, malgré ces paroles « Roi incontestable bien que contesté de la rumba : Pakmoväst Esdanïtoff ». Ces deux derniers mots sont à la fois du bruxellois (donc un patois de flamand) et une référence à la BD Tintin. Hergé était lui-même bruxellois et a utilisé ce nom Esdanitoff dans Vol 714 pour Sydney. Ensuite, « Something to say » est une chanson étrangement new wave, de nouveau un bon résultat inattendu, qui parle du premier câble téléphonique transatlantique. Quant à « Victime de la société », le texte est atroce et se rapporte à une histoire de policière corrompue à Ixelles en 78, mais, de nouveau, l'accompagnement instrumental est étonnant et a pu avoir une influence.

On pensera ce qu'on veut de ce qui reste à mon avis une bonne blague. Nous autres belges sommes souvent à moitié sérieux : même quand nous faisons une blague, nous avons quelque chose à faire passer. Looking for St. Tropez restera un ovni, peut-être difficile à avaler pour certains, mais dont les diverses expérimentations sonores ont fait école. A commencer par la Belgique elle-même, qui a connu bien d'autres musiciens électroniques pendant les années 80 et 90, ce qu'on appelle « The Sound of Belgium », mais nous y reviendrons à l'occasion des deux derniers albums. Car la blague ayant bien marché, elle a continué et le groupe a sorti cinq disques entre 79 et 88. En fait, ils ont carrément poussé la plaisanterie jusqu'à participer à l'Eurovision en 80, ce que nous aborderons dans la prochaine chronique.

Note : 3,5/5... mais ce pourrait tout aussi bien être 1 ou 5, à vous de voir.

(1) Il va sans dire qu'on doit lire ce nombre « septante ». C'est le cas dans toutes mes chroniques mais en particulier dans celle-ci.

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- Dan Lacksman (synthétiseurs)
- Michel Moers (synthétiseurs, voix)
- Marc Moulin (synthétiseurs)


1. Moscow Discow
2. Pakmoväst
3. Café De La Jungle
4. Ça Plane Pour Moi
5. Someday - Un Jour
6. Something To Say
7. Rock Around The Clock
8. Victime De La Société #2
9. Twist à St. Tropez



             



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