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The ART OF NOISE - Who's Afraid Of The Art Of Noise (1984)
Par ARP2600 le 13 Septembre 2015          Consultée 2381 fois

L'art du bruit, voilà un nom de groupe énigmatique et intimidant. Dissipons le doute d'emblée, même si certains de leurs morceaux sont assez cacophoniques. Le « bruit », présentement, est à relier à la musique concrète, c'est-à-dire au fait d'utiliser en musique des sons de l'environnement et non créés avec des instruments. En 1979, une révolution a eu lieu dans le domaine de la musique électronique, qui a mis quelques années à vraiment se répandre : l'invention de l'échantillonneur (ou sampler) par une équipe d'ingénieurs australiens. Leur création, le Fairlight, a permis d'enregistrer n'importe quel son ou bruit et de le modifier puis de le jouer au moyen d'un clavier. Un type d'instrument qui a par la suite énormément servi, peut-être plus que les synthétiseurs eux-mêmes, notamment en techno.

Grâce au Fairlight, des expérimentateurs de tout poil ont pu beaucoup s'amuser en ce début des années 80. Parmi les pionniers, citons Jean Michel Jarre, en particulier sur Zoolook, Peter Gabriel, Herbie Hancock, Stevie Wonder... Chez les deux premiers, l'échantillonnage de la voix humaine aide à donner des ambiances world irréelles, la modification de la voix par des filtres et des enveloppes électroniques altérant nettement sa perception par l'oreille. Le mellotron permettait plus ou moins de faire ce genre de choses auparavant, cependant, le passage au numérique a rendu cela beaucoup plus facile et élargi les possibilités de traitement du son.

Une autre personne qui avait remarqué le Fairlight est Trevor Horn, ainsi que son partenaire au sein des Buggles Geoff Downes. On sait qu'ils ont ensuite été membres de Yes, et ils l'y ont un peu utilisé. La passion de Horn semble avoir toujours été la production, même s'il sait composer et jouer des instruments. Il a produit ses groupes, mais a aussi offert ses services, par exemple à ABC pour leur album The Lexicon of Love en 1982. Horn s'était formé à cette époque une petite équipe efficace qui y intervient, avec l'ingénieur Gary Langan, J.J. Jeczalik à la programmation du Fairlight (pas une mince affaire) et la claviériste Anne Dudley (née Beckingham).

Quelques mois plus tard, ces quatre-là se lançaient dans l'aventure, dans l'idée de montrer ce qu'on pouvait faire avec un Fairlight, avec ce nom antinomique The Art of Noise (1). Tandis que Horn culminait avec le « Owner of a lonely heart » de Yes, il complotait des choses bien différentes avec ses comparses. A l'écoute de leur premier EP paru en 1983, Into Battle with the AoN, il y avait de quoi être surpris. Les seuls qui proposaient des choses comparables à l'époque sont les suisses de Yello, mais ceci est plus extrême encore dans l'utilisation de samples. Into Battle présente une première version, assez chaotique, de « Beat Box », qui a un feeling hip-hop et a valu au groupe des félicitations dans le cadre de la musique noire (or disons qu'ils sont européens de souche). Il y avait déjà aussi le fameux « Moments in Love ». Tout le monde le connaît, même si tous ne savent pas que c'est d'eux. Malheureusement, sa durée de dix minutes est vraiment excessive, c'est le genre de truc qui est superbe pendant deux minutes puis devient très ennuyeux.

Autant prévenir, la discographie de AoN est un vrai casse-tête... les EP, singles et compilations ne contiennent en général pas exactement les mêmes versions, c'est à s'arracher les cheveux. En un sens, c'est intéressant, on était en plein développement de la culture du remix et tout, mais on se demande parfois ce qu'il faut écouter. Enfin, il y a tout de même cinq albums studio, auxquels on peut ajouter quelques morceaux sur la compilation Daft et quelques versions singles (de « Beat Box » et « Paranoimia » par exemple).

Le premier album long, pour enfin y venir, s'intitule donc Who's afraid of the Art of Noise. Il est manifestement une version étendue, nettoyée et améliorée du premier EP. Si « Moments in love » se retrouve tel quel, le « Beat Box » originel a été « séparé » en une (di)version plus facile et un morceau plus fou, « Close (to the Edit) », qui reprend également les samples des Andrew Sisters de « Army Now ». Celui-ci est sans doute LE morceau à retenir du groupe, parce qu'il concentre un tas de samples typiques (ah ce démarreur de voiture...), parce que son titre évoque le lien de Horn avec Yes, parce que son clip est mythique... il est sérieusement recommandé de le regarder, même trente ans après, il reste osé (2). Le reste va du brillant à l'incompréhensible. « Memento » et « How to kill » sont des petits machins sans grand intérêt, le final « Realisation » est un peu plus new wave et se tient plus ou moins, une fin d'album peu intéressante, il faut le dire. Cependant, il y a aussi les redoutables « A time for fear » et « Who's afraid » qui commencent chaque face de façon brutale.

Il est assez difficile de donner un jugement chiffré pour cette œuvre hors-norme. Ils étaient dans un sacré trip, on peut le dire... à côté du mélange sonore barré, la composition (en fait globalement rock/r'n'b) passe au second plan. Il faut aussi se rendre compte de leur impact pendant les années 80, notamment par les clips (MTV les a beaucoup aidés). Les ventes n'ont jamais été astronomiques, mais ils ont bien été médiatisés et ont donc marqué leur époque, même s'ils ont été un peu oubliés par la suite. Du fait de ce caractère mythique et donc de cette importance historique, Who's afraid of the Art of Noise reste un disque majeur des années 80 qu'il est toujours recommandé de découvrir aujourd'hui, ne fut-ce que par curiosité.

Note : 3,5/5

(1) Notons qu'il s'agit d'un des rares groupes où l'utilisation de l'article est facultative. On peut indifféremment les appeler Art of Noise ou The Art of Noise (une influence sur (The) Prodigy ?). Le sigle AoN est également très fréquent.

(2) https://www.youtube.com/watch?v=-sFK0-lcjGU
J'insiste. Détruire des instruments, c'est horrible, mais cela illustre toute l'idée de cet « art du bruit », de faire de la musique avec autre chose. Notons aussi que le « hey » de Anne Dudley et les disqueuses ont été reprises par The Prodigy pour leur « Firestarter ». De manière générale, les clips du groupe sont importants pour comprendre leur phénomène.

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- Anne Dudley (claviers)
- Trevor Horn (claviers)
- J.j. Jeczalik (claviers)
- Gary Langan (claviers)


1. A Time For Fear (who's Afraid)
2. Beat Box (diversion One)
3. Snapshot
4. Close (to The Edit)
5. Who's Afraid (of The Art Of Noise)
6. Moments In Love
7. Memento
8. How To Kill
9. Realisation



             



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