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CROOKED STILL - Still Crooked (2008)
Par LE KINGBEE le 27 Avril 2016          Consultée 655 fois

Shaken By A Low Sound, l’album qui a révélé la formation, n’est pas sorti depuis 18 mois que Crooked Still remet le couvert. Entre ces deux publications, le groupe a beaucoup tourné et a fait l’objet de nombreux articles dans les revues américaines de Bluegrass et Country. Le succès du premier disque est à peine digéré qu’il leur faut retourner en studio, ne pas se faire oublier, être toujours présent, sur la brèche.
Mais ces Toujours Courbé, traduction en référence aux racines de leur répertoire, connaissent déjà un remaniement de personnel. Le violonceliste Rushad Eggleston est parti découvrir d’autres horizons, remplacé par Tristan Clarridge. Le quatuor s’est même transformé en quintet avec l’arrivée de la violoniste Brittany Haas. L’entente et la complicité entre les instrumentistes est évidente, les deux nouveaux venus sont bien intégrés, normal ils ont fait leurs gammes au sein de Republic Of Strings, le groupe école du violoniste Darol Anger, comme leurs partenaires.
Cette fois ci, le label Signature Sounds a laissé carte blanche au groupe pour le choix du studio. C’est à Shokan, une bourgade à deux heures de route de New York, que le groupe met en boîte « Still Crooked ». L’Allaire Studios situé au cœur des Catskill Mountain n’est pas un lieu inconnu. Norah Jones y a enregistré son premier disque, David Bowie « Heathen », le country man Tim Mc Graw, Donald Fagen, Nathalie Merchant, Cassandra Wilson sont passés par ce studio. Rush vient même d’y graver « Shakes & Arrow », un album quelque peu controversé en raison d’un répertoire maussade.

C’est là que le parallèle avec l’album du groupe Rush prend toute sa dimension, bien que les deux formations évoluent dans des registres diamétralement opposés. Ce nouvel opus n’est pas mauvais en soi, les instrumentistes sont toujours aussi bons, ce sont des virtuoses du Newgrass. Mais hélas, le répertoire proposé, s’il est d’une grande beauté, pose ses fondations dans un environnement musical hautement mélancolique, cafardeux, sombre. En clair, le genre de disque capable de vous faire voler au milieu d’une flopée de papillons noirs. On peut se demander si le studio n’a pas joué un rôle dans cet enchevêtrement de chansons d’une tristesse contagieuse.
Dès l’ouverture, la reprise « Undone In Sorrow », de la banjoïste folk Ola Belle Reed, place la formation dans un cadre appalachien aussi austère que dépouillé. Les Appalaches, justement parlons-en, elles servent et enrobent le décor de plusieurs chansons « Wading Deep Waters », « Captain, Captain » une superbe ballade aussi belle que triste, « Oh Agamemnon », « Pharaoh », ces deux dernières incluant des références bibliques peu compatibles avec le square danse ou la quadrille.
La plupart des titres sont en fait des adaptations de vieux recueils poétiques issus du Old Time, ce qui n’engendre pas l’envie de sauter au plafond, loin s’en faut. Les textes sont superbes. Les instruments, les mélodies, le chant d’Aoife O’Donovan, toujours aussi clair et expressif, sont au diapason. Mais quelle morosité !

Le groupe nous sort de notre torpeur léthargique en trois petites occasions : « The Absentee » où les envolées de violon feraient presque office de quadrille. « Poor Ellen Smith » un mid tempo du banjoïste Frank Noah Proffitt, l’un des instigateurs du célèbre « Tom Dooley », amène un peu de verve au niveau du rythme, tandis que les textes nous convient à nous pencher sur la vie de la pauvre Ellen Smith qui vient de perdre pied suite à une rupture avec l’homme de sa vie (qui ne l’était peut-être pas ??). Encore des paroles drôlement festives ! Le dernier titre capable de nous tirer de notre somnolence figure en fermeture avec « Baby, What’s Wrong With You », titre de Mississippi John Hurt, grand bluesman redécouvert lors du Folk Blues Revival du début sixties. Et encore une fois, les paroles nous inviteraient presque à faire ripaille avec l’histoire d’un pauvre gars qui doit se satisfaire d’une rombière jamais contente, un thème fréquent dans la musique et qui pourrait prêter à sourire.

En conclusion, « Still Crooked » (ils ne se sont pas trop cassés pour le titre) nous offre ici un superbe album, aussi beau qu’il est froid et gris. Le genre de disque idéal pour caller les roues d’un corbillard ou pour tout dépressif ayant envie d’en finir plus vite que prévu. Une chose est sure : si les membres du groupe demeurent d’impressionnants virtuoses, ils ont peu de chance de remporter un jour le Grand Prix du Gai Luron. La pochette représentant un cimetière survolé par une bande de corbeaux n’annonçait pas, il est vrai, une ambiance festive. La note du disque descend donc d’un cran par rapport à son austérité et sa mélancolie.

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   LE KINGBEE

 
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- Aoife O'donovan (chant,guitare3-5, ukulélé 8-10, glockenspiel 11, p)
- Brittany Haas (violon)
- Gregory Liszt (banjo)
- Corey Dimario (contrebasse, guitare 10)
- Tristan Clarridge (violoncelle, violon 10)


1. Undone In Sorrow.
2. The Absentee.
3. Captain, Captain.
4. Tell Her To Come Back Home.
5. Low Down And Dirty.
6. Oh, Agamemnon.
7. Pharaoh.
8. Florence.
9. Did You Sleep Well?
10. Poor Ellen Smith.
11. Theme From 'the Absentee'.
12. Wading Deep Waters.
13. Baby, What's Wrong With You?



             



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