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- Style : Emily Jane White

Marissa NADLER - Strangers (2017)
Par AIGLE BLANC le 24 Février 2017          Consultée 324 fois

Qui n'a jamais éprouvé, invité chez une amie, l'agréable sensation de pénétrer dans un espace secrètement familier et qui pourtant ressemble tant à son hôtesse ? Cela tient à l'harmonie des couleurs, aux parfums subtils qui embaument l'air, à la texture des tentures tapissant les murs et des coussins jetés en vrac sur le canapé. A cela s'ajoute le jeu des lumières mordorées, abat-jours et autres hallogènes tamisés. Dans cet espace, il est si bon de se lover à l'abri des vicissitudes du temps, de s'y sentir chez soi et d'y goûter la paix et la sensualité au diapason de l'hôtesse qui s'y meut en toute élégance et quiétude, parée de sa voix à nulle autre pareille qu'elle glisse dans les particules de l'air jusqu'à l'habiter littéralement.

C'est exactement l'effet que produisent mes visites chez Miss Marissa Nadler, la huitième depuis 2004, autant d'instants magiques qui défient l'entendement, autant de mystères savamment distillés que les mots peinent à appréhender. Comment dès lors résister au doux timbre de sa voix de mezzo-soprano magnifiant un univers étrange et si intime quand elle chante un temps imaginaire et idéal, quand elle brosse une galerie de personnages ? Autant de doubles qui la hantent et voudraient traduire l'indicible de ses visions et sensations.
Il m'est quasiment impossible de préférer une visite à une autre. A chaque nouvelle d'elle dont je viens m'enquérir, je repars toujours envoûté, le coeur et l'intellect imprégnés de ses humeurs et de sa poésie. L'air que je respire n'est plus le même, ma vision du monde altérée par un philtre d'une puissance inouïe qu'elle instille toujours avec l'air de ne pas y toucher.

Il est vrai que les surprises, bonnes ou mauvaises, se neutralisent quand on passe en revue sa discographie. Depuis son premier opus, Ballads of living and dying (2004), le programme ne varie pas d'un pouce : Marissa NADLER délivre une folk gothique diaboliquement enchantée ou merveilleusement sournoise. La dame s'accompagne inlassablement de sa guitare 12 cordes et chante sereinement des ballades mélancoliques et ensorcelantes. Le tempo ne s'emballe presque jamais. Sa voix claire et délicatement enfantine est souvent comparée à celles de Hope Sandoval et de Kate BUSH avec lesquelles elle partage une sensualité innée. Mais parmi ses références, elle préfère évoquer Nina SIMONE, Joni MITCHELL et Leonard COHEN dont elle se sent très proche de l'écriture poétique. Elle reste aussi "la petite soeur" discrète de la Californienne Emily Jane WHITE dont elle partage les envoûtements d'une folk ténébreuse, et pourtant subtilement lumineuse, mâtinée de psychédélisme.
De mauvaises langues lui reprochent de refaire tout le temps le même album. Quel mal y a-t-il à cela tant que l'authenticité de sa démarche n'est pas prise en défaut ? Marissa NADLER compte en effet parmi ces artistes qui creusent obsessionnellement le même sillon, non par calcul ni par goût du succès. La formule qu'elle déroule à longueur de chansons ne lui apporte pas la consécration d'une MADONNA ou d'une BEYONCE, réussite commerciale dont elle semble se préoccuper comme de sa dernière sucette. Non, au contraire, ses chansons, elle nous les livre comme les pages d'un journal intime à visage découvert* où elle recueillerait les impressions et réflexions qui nourissent son monde intérieur, d'une richesse apparemment infinie si l'on en croit la qualité constante de ses albums qui, au-delà de la routine dans laquelle ils semblent baigner au point de se ressembler voire même jusqu'à devenir interchangeables les uns avec les autres, renouvellent constamment la magie sans jamais la ternir ni la frelater. C'est déjà en soi un vrai tour de force qui démontre, si besoin est, l'inspiration étourdissante de la chanteuse.
Car il en faut du talent pour accoucher de mélodies souvent sublimes qu'elle enfile comme des perles depuis ses débuts, à chacun de ses albums. Il est évident qu'un jour la source poétique à laquelle elle s'abreuve se tarira, mais pour le moment, c'est-à-dire depuis 13 ans déjà, le miracle se reproduit avec une régularité enchanteresse.

Strangers, son opus de 2017, vient de sortir et déjà il passe et repasse sur ma platine en dévoilant un peu plus, de jour en jour, ses charmes secrets. Toujours pas de révolution dans la manière NADLER. La voix, toujours bien mise en avant (comme celle de la Kate BUSH de la grande époque), se love dans les silences de sa guitare 12 cordes qu'elle égraine avec la nonchalance des songes enrubannés de mirages. Le son tisse une atmosphère côtonneuse sur laquelle tous les instruments se mettent au diapason. Le piano minimaliste de Steve Moore dans l'ensorcelante "Drivers of the Dust", véritable écrin au chant poignant de Marissa NADLER qu'elle enveloppe comme à son habitude dans de délicates réverbérations. Les guitares électriques (à la manière de Chris ISAAK) qui ponctuent la douce "Katie I Know". La basse tournoyante de Jonas Haskins dans la sublime "Skyscraper" (meilleur titre de la livraison) dont une caisse claire scande le rythme jusqu'à l'hypnose tandis que la guitare psychédélique de Milky Burgess, fort à propos, conduit la composition jusqu'aux rivages immersifs de MAZZY STAR. Sans oublier les subtils volutes des cordes dans la rêveuse "All the Colors of the Dark". Les synthétiseurs se diluent remarquablement dans les plaintes suaves de la pedal steel guitare de Jay Kardong dans la belle éponyme. Le temps d'un titre, "Janie in Love", Marissa NADLER s'essaie à la Dream Pop, tendance COCTEAU TWINS et force est de lui reconnaître un sacré talent d'interprète comme de compositrice.

Strangers ne révolutionne pas l'art de Marissa NADLER mais le prolonge avec délice pour peu qu'on soit sensible à son style. Tout compte fait, ses chansons ne sont pas si étrangères à celles de la danoise Agnes OBEL qui jouit d'un grand succès en Europe depuis Philharmonics, son premier opus de 2010. Les critiques en France ne tarissent pas d'éloges sur la chanteuse danoise dont chaque livraison est mise en valeur dans les rayons de la Fnac. Marissa NADLER quant à elle ne bénéficie pas de la même visibilité. Je dois fouiller dans les bacs mélangées de la Fnac pour dénicher à l'improviste son dernier opus. Nulle part de publicité pour annoncer la sortie de ses disques. Pourquoi ? Mystère. Il est vrai que le Danemark est un pays qui attire les Français davantage que les USA. Miss NADLER n'a pas dû naître au bon endroit semble-t-il.

"journal intime à visage découvert"* : L'expression n'est pas de moi mais de Céline Albin-Faivre, traductrice en France de l'œuvre littéraire de James Matthew Barrie, le père de Peter Pan. M'est avis que Miss NADLER pourrait faire bleuir d'émotion cette traductrice-écrivaine dont le blog "Les roses de décembre" fut pour moi une révélation.

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   AIGLE BLANC

 
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- Marissa Nadler (guitare acoustique, guitare électrique)
- Milky Burgess (guitare électrique, guitare acoustique)
- Randall Dunn (synthétiseurs dan 'skyscraper' et 'hungry is the g)
- Jonas Haskins (basse, synth bass)
- Eyvind Kang (arrangements pour cordes, alto, violon)
- Jay Kardong (guitare pedal steel)
- Steve Moore (piano, synthétiseur)
- Brad Mowen (percussions)
- Steve Nistor (batteries, percussions)


1. Divers Of The Dust
2. Katie I Know
3. Skyscraper
4. Hungry Is The Ghost
5. All The Colors Of The Dark
6. Strangers
7. Janie In Love
8. Walking
9. Shadow Show Diane
10. Nothing Feels The Same
11. Dissolve



             



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