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- Style : Mercy

Slim HARPO - Raining In My Heart (1961)
Par LE KINGBEE le 30 Juin 2018          Consultée 421 fois

Pour une 300ème chronique, il fallait marquer le coup. Oui mais qui choisir ? Après mûre réflexion, le nom de Slim HARPO m’apparut comme un flash, une évidence. Oui après tout, autant rendre hommage au musicien instigateur de mon nom de plume. Et oui, même mes gosses m’appellent parfois le Kingbee, Papa leur semblant peut-être trop solennel. Quant aux copains amateurs de musique, certains vont même jusqu’à supprimer le « Bee », par fainéantise je suppose ou pour se marrer.

Nous sommes en 1961, le label Excello Records basé à Crowley (Louisiane) s’est lancé depuis un an dans l’aventure du 33 tours. Une nouvelle expérience pour un label axé sur le Swamp Blues et qui a connu dans le Sud quelques bons succès avec Arthur Gunter et son « Baby Let’s Play House » (future reprise d’Elvis), Guitar Gable avec « Congo Mambo », The Gladiolas avec « Little Darlin’ » et Maurice Wiliams au chant ou le rocker Al Ferrier avec « I’m The Man ». Mais il a fallu attendre 1957 pour que l’écurie dirigée par J.D. Miller puisse figurer dignement sur la carte géographique de l’industrie du disque grâce aux percées de « Love Me Mama » de Lightnin’ Slim et de « I’m A King Bee » et « I Got Love If You Want It », deux titres de Slim HARPO.

Excello Records vient donc de se lancer dans la diffusion de 33 R.P.M. comme on dit. Là, il n’est plus question de placer des singles dans les juke-boxes du Sud ou sur les radios mais de faire du chiffre, de rentabiliser la distribution afin de retomber sur ses pieds. Si J.D. Miller a publié un premier disque de Lightnin’ Slim, « Rooster Blues », qui a connu un petit succès dans le Sud, les deux disques suivants (une compil de singles Excello et un Roscoe Shelton) n’ont guère été couronnés de succès, faute de promotion et de distribution nationale. Pour Excello, il ne s’agit pas de se planter, ni de faire moins bien que la Nashboro Records, la maison mère basée à Nashville et spécialisée dans le Gospel. Miller décide de publier pour la première fois celui qui est en passe de devenir le porte drapeau de son label, Excello.
La sortie en single de « I’m A King Bee », enregistré en mars 1957, a quelque peu changé la donne pour Slim Harpo. Si les royalties que lui reverse Miller ne lui permettent pas de faire vivre sa famille, Harpo (de son vrai nom James Moore) reste le propriétaire d’une petite entreprise de camionnage. Le succès du disque lui a cependant permis de se produire ailleurs que sur les terres du Texas ou de la Louisiane.
Avec ce premier disque, pour ne pas prendre trop de risque, Moiller décide d’incorporer pour moitié d’anciens titres du guitariste qui ont fait leur preuve dans les juke-boxes péquenots. C’est ainsi qu’on retrouve « I’m A King Bee », « I Got Love If You Want It » gravés en mars 57, « Buzz Me Babe » et « Raining In My Heart » issus d’une session de décembre 59, alors que « What A Dream », « Blues Hang-Over » et Don’t Start Cryin’ Now » proviennent d’une séance de juin 60. Pour résumer, Miller propose 7 titres issus de singles déjà parus et 5 nouveaux titres enregistrés lors de deux sessions en juin et novembre 1960. Plus d’une moitie de neuf pour cinq nouveautés, pratique usuelle au début des sixties.

En ouverture, « Raining In My Heart »⃰ donne son nom au disque, pour une ballade qui nous emmène entre la Crescent City et les bayous. Ce parfait prototype de ballade louisianaise connaît quelques reprises (Dorsey Burnette, Clyde McPhatter) mais ce sont curieusement les PRETTY THINGS, le groupe londonien de Phil May et Dick Taylor, qui popularisent ce titre en Europe. Toujours joué à l’heure actuelle tant sur les scènes Blues que Rock et Zydeco, cette ballade intemporelle est devenue au fil des années l’un des breaks down favoris des dance floors. Ce sont encore une fois des Anglais, The KINKS et les YARDBIRDS, qui contribuent au succès de « I Got Love If You Want It », un mélange de rockabilly et de rock louisianais. Repris à toutes les sauces (Rock, Psyché, Pop, Garage), le morceau fait le bonheur de Warren Smith dans une version Rockabilly immortalisée sur un single Sun, de Johnny WINTER ou de Billy Gibbons. Aujourd’hui encore, Tab Benoit et Kenny Neal perpétuent cet intemporel sur les scènes.
Si le King Bee sert de support à mon modeste nom de plume, il figure surtout comme le premier succès de Slim HARPO. Une fois encore, c’est par le biais d’une formation anglaise (ROLLING STONES) que le titre passe sur les ondes du monde entier. Au fil du temps, de nombreuses reprises voient le jour : du Siegel Schwall Band à Lou Rawls en passant par Brownsville Station, celle plus récente du duo Moreland & Arbuckle ou la version Live des DOORS. Certains préfèrent la version d’origine avec cette voix traînante et nasillarde, un riff ensorceleur sous une rythmique minimaliste mais ô combien efficace. Et puis, ces paroles reflétant humour et amour : « Well, I'm a king bee- Buzzin' around you hive-Well, I can make honey, baby-Let me come inside… ». Un concept qui doit autant au petit coq (The little red rooster) qu’au bourdon (king bee). Bien sur, la gente féminine n'est pas en reste et des versions sont adaptées sous l’intitulé « Queen Bee » (Koko Taylor, Lucille Spann ou Sue Foley). Laissons à tous ces gens le plaisir de butiner en paix.
Parmi les autres titres issus de singles, on retrouve l’excellent « Don’t Start Cryin’ Now », titre énergique qui a fait le bonheur des THEM, sans oublier les versions Rockab ou Garage de DMZ, d’Hasil Adkins un allumé de première ou des Count Bishops. « Blues Hang-Over », future reprise de George THOROGOOD, constitue l’archétype du mid tempo louisianais conjuguant torpeur à la chaleur moite et obsédante des bayous.

Le disque propose cinq nouveaux titres jamais enregistrés et issus de diverses sessions. « Bobby-Sox Baby »⃰⃰ ⃰ gravé en décembre 59 conjugue Swamp Blues et Rock' n' Roll, un titre annonciateur de futures productions Excello. L’instrumental « Snoopin’ Around » vient tempérer ardeur et chaleur à l’image d’un éventail qu’on est heureux d’avoir à portée de main. Seconde histoire sans parole avec « Moody Blues » sans lien avec le groupe britannique du même nom qui s’inscrit plus comme un interlude, semblable à celui du petit train rébus, petit générique télévisuel de Maurice Brunot. « Dream Girl » apporte un peu de cette fausse douceur dans une sonorité typique à la Louisiane. Le titre est repris dans une version surchauffée par le groupe français Mercy, qui mérite le détour. Enfin, terminons par le poisseux « My Home Is A Prison », seul titre échappant à la plume de Slim HARPO. Curieusement, ce titre sans doute moins intense que la version originale de Lonesome SUNDOWN, grand ami d’HARPO et guitariste de la maison Excello, n'a connu que peu de reprises en dehors de celles de Ronnie Earl et du groupe MERCY⃰ ⃰ ⃰ qui en distillent à l’orée du nouveau millénaire une version aussi longue qu’ébouriffante.

Aujourd’hui encore, ce premier disque de Slim HARPO n’a pas pris la moindre ride. Artiste attachant à l’humour aussi débridé qu’imparable, HARPO avec son harmonica geignard, ses riffs de guitare squelettiques mais incontournables, une rythmique minimaliste mais gorgée de groove, reste l’un des grands maîtres du Swamp Blues, un registre, à l’instar du pangolin ou du vautour de Pondichéry, en voie de disparition. Un disque ⃰ ⃰ ⃰ ⃰qui mérite la note maximale et sa sélection. La version originale se négocie en ce moment entre 250 et 600 €.

⃰ « Raining In My Heart » est aussi un titre composé postérieurement par le couple Felice et Boudleaux Bryant popularisé par Buddy Holly, Dean Martin et Skeeter Davis.
⃰ ⃰ « Bobby Sox Baby » connaît lui aussi deux homonymes : un titre de T. Bone Walker et un autre de Jackie Wilson alors membre des Dominoes.
⃰ ⃰⃰⃰ ⃰ Le groupe Mercy auteur de l’album « Tribute To Slim Harpo » édité en 2001 proposait 7 titres figurant sur le disque de Slim HARPO.
⃰ ⃰ ⃰ ⃰ Cette chronique provient de l’édition de 1964 en Stéréo. Le label Hip-O Records a réédité en 1998 sous format CD le disque avec 3 bonus.

Cette 300ème est dédiée à mes collègues, aux lecteurs, à Mercy Blues Band et à Slim HARPO.

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   LE KINGBEE

 
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- Slim Harpo (chant, guitare, harmonica)
- Rudolf Richard (guitare 1-2-3-5-6-8-9-10-11-12)
- James Johnson (guitare 1-2-3-6-8-9-12 basse 5-10-11)
- James Taylor (guitare 4-7)
- Matthew Jacob (guitare 4-7)
- Boe Melvin -basse 2-8-9-12)
- Sammy K Brown (batterie 1-2-3-6-8-9-12)
- Joe Percell -batterie 5-10-11)
- Pee Wee Johnson (batterie 4-7)
- Katie Webster (piano 3)
- Willie Parker (saxophone 11)
- Lazy Lester (harmonica 12 percussions 4-7-10)


1. Rainin' In My Heart.
2. Blues Hang-over.
3. Bobby Sox Baby.
4. I Got Love If You Want It.
5. Snoopin' Around.
6. Buzz Me Baby.
7. I'm A King Bee.
8. What A Dream.
9. Don't Start Cryin' Now.
10. Moody Blues.
11. My Home Is A Prison.
12. Dream Girl.



             



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