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JAZZ / BLUES  |  STUDIO

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- Style : Bob Dylan , Captain Beefheart

Tom WAITS - The Heart Of Saturday Night (1974)
Par LE BARON le 28 Avril 2019          Consultée 715 fois

1974 : alors que Frank ZAPPA propose un jazz-rock ébouriffant (Apostrophe (‘)), que Lou REED s’est perdu dans le speed et le hard-rock (Rock’n Roll Animal), qu’EAGLES country-rockise plus ou moins mollement Ol’55, tirée du premier album de WAITS, ce dernier semble définitivement coincé à l’époque de la beat generation, et continue de ramer à contre-courant. Il poursuit ainsi la construction de son propre mythe : auteur / compositeur décalé, en marge de son époque, un peu « hobo », beaucoup alcoolo. Cela est d’autant plus flagrant qu’il abandonne la plupart des accents folks qui émaillaient Closing Time au profit d’un jazz/blues totalement désuet, un jazz pour boîte de nuit de film noir, strip-tease compris.

Redisons que WAITS est fasciné par l’épopée de Jack Kerouac et Neal Cassady à travers les Etats-Unis. Pourtant, les personnages de WAITS ne semblent jamais aller bien loin : du « diner » au bar, du bar à la gare routière. La route, lorsqu’elle est est évoquée, ne vaut que pour elle-même, nullement pour mener à une destination précise. Plus que les grands espaces, ça sent la bretelle d’autoroute et la station service. Plutôt que de traverser les Etats-Unis en direction du Pacifique, on s’arrête à la rue voisine. Il faut dire qu’on y est déjà, au bord du Pacifique, puisque WAITS est un pur produit de Los Angeles. Il poursuit donc son voyage imaginaire, et sa fréquentation d’une Amérique laborieuse, peuplée de femmes et d’hommes dont le but ultime reste le samedi soir, ce moment de liberté si précieux, propice à la rencontre, au mieux amoureuse, au moins alcoolisée.

"New Coat Of Paint" ouvre le disque avec classe. La voix de WAITS, narquoise et pas encore passée au papier de verre, fait merveille avec l’immortel combo piano/contrebasse/batterie, plus quelques notes d’orgue. Et bien sûr, il est question d’amour, et d’alcool : "Our love needs a transfusion so let's shoot it full of wine"*. Tout le WAITS de l’époque est dans ces vers. Et là encore, on retrouve le style à la fois haché et poétique des poètes "beat" aussi bien que de Charles Bukowski.

Tom WAITS alterne entre jazz, blues et ballades pour nous faire vivre les trajectoires de ses différents personnages. Entre les deux, des ballades à pleurer, telle "San Diego Serenade", "(Looking for) The Heart Of Saturday Night" ou "Please Call Me Baby", dégoulinante de violons, mais dans laquelle, la voix de WAITS est magnifique, apportant l’indispensable élément déglingué qui rend l’ensemble attachant et finalement assez beau.

Il faut également mentionner "Diamonds In My Windshield". Usant d'un dispositif très "beat" - accompagnement minimal de la batterie et de la contrebasse, avec quelques accords discrets de guitare –, WAITS déclame un drôle de texte à base de diamants dans son pare-brise. Enchaînant les images, il fait preuve d'une étrange et inventive drôlerie littéraire. On y apprend par exemple que dans le Wisconsin, où il y a quinze pieds de neige, il fait plus froid que dans le cul d’un puisatier ("Colder than a welldigger's ass").

Le disque fonctionne très bien. Certes, il peut paraître désuet, mais c’est assumé. Et puis WAITS excelle dans son rôle d’ours mal léché, alcoolisé, décalé et déglingué. Sobre, meilleur compositeur, c’est du côté de Randy NEWMAN qu’il aurait fallu aller chercher une comparaison. Tom WAITS, n’en a pas la délicatesse, mais il bénéficie d’une voix extraordinaire, d’une écriture inventive, ainsi que d’un accompagnement de haut vol : les musiciens, tous aguerris, sont excellents. Alors bien sûr, il y a de la posture là-dedans, et ce n’est pas ce disque qui passera à la postérité de WAITS. Il n’en demeure pas moins très bon dans la première partie de sa carrière.

*Soit à peu près : « Notre amour a besoin d’une transfusion, alors donnons-lui son plein de vin. »

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   LE BARON

 
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- Tom Waits (voix)
- Mike Melvoin (piano, orgue)
- Arthur Richard (guitare)
- Tom Scott (saxophone)
- Oscar Brashear (trompette)
- Jim Hughart (contrebasse)
- Jim Gordon (batterie)


- the Heart Of Saturday Night
1. New Coat Of Paint
2. San Diego Serenade
3. Semi Suite
4. Shiver Me Timbers
5. Diamonds On My Windshield
6. (looking For) The Heart Of Saturday Night
7. Fumblin' With The Blues
8. Please Call Me, Baby
9. Depot, Depot
10. Drunk On The Moon
11. The Ghosts Of Saturday Night (after Hours At Napol



             



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