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Nolwenn KORBELL - Noazh (2010)
Par MARCO STIVELL le 17 Juin 2019          Consultée 502 fois

On ne peut pas demander quelle mouche a piqué Nolwenn KORBELL, 42 ans au moment de la sortie de Noazh en 2010, puisqu'en réalité, c'est elle qui nous pique, la mouche ou la guêpe comme on dit chez les super-héros. Et on est bien contents qu'elle le fasse !

Même en s'illustrant à travers une folksong bretonne riche en éléments orientaux/world, Nolwenn KORBELL a la possibilité de faire autre chose, car elle possède un talent incroyable, et ce qu'elle fait, elle le réussit. Après un album intime et acoustique en compagnie de Soïg SIBÉRIL (Red, 2007), elle déchire sa belle grande robe (c'est juste pour l'effet, en réalité elle l'ôte simplement et la garde pour plus tard) et se met à nu – noazh en breton -, pour de vrai.

S'il y a guitare acoustique, elle se fond dans le déluge électrique opéré par Didier Dreo, guitariste arrivé auprès de KORBELL pour son deuxième album (Bemdez C'houloù) et au studio duquel l'album est enregistré, à Kemenven/Quéménéven près de Kemper/Quimper avant d'être mixé/masterisé à Roazhon/Rennes. Un collègue batteur de Dreo, Jean-Christophe Boccou (tous deux ont fait partie du groupe KERN), complète la formation. Pas de bassiste, non ! Nolwenn KORBELL écrit seule un album rock, heavy-blues, et au vu du style, de l'effectif, on dirait que PJ HARVEY s'acoquine avec les WHITE STRIPES sous le ciel de Bretagne.

Certains peuvent bien se moquer d'un tel rapprochement, mais qu'ils écoutent et ils riront peut-être moins ! C'est à se demander pourquoi un tel album a mis tant de temps a être publié dans l'existence d'une femme aussi douée, mais on se pose la question seulement par principe. Noazh est là, dans nos mains, comme KORBELL porte ses seins dans les siennes sur la pochette, il y a vraiment de quoi se faire plaisir. Ce disque est alléchant sur le plan musical, une célébration de féminité pleine d'intention, de sensualité qui nous vient depuis un studio dont on imagine les murs trembler.

Il faut dire que Dreo et Boccou forment, à eux seuls, un sacré duo et font en sorte que le tonnerre gronde à la moindre occasion ; pas seulement pour de vrai, avec l'orage samplé en intro de "Mad Love". Les guitares sont fortement distordues, mais quelques arpèges/accords de guitare acoustique participent à la fête ("Aet oan", la 12-cordes de l'excellent "Kuit"), et puis on a des solos avec pédale wah-wah, des arpèges en son clair et splendides, quand ils ne lorgnent pas vers le grunge voire le stoner le plus poisseux comme sur l'intro de "An dud"/"Les hommes".

Ce dernier titre est un effort plutôt inédit d'une Nolwenn KORBELL sur le fil, qui semble plaindre la nature humaine et fait preuve d'optimisme, simultanément et avant de tomber de plus haut dans un final dérangé, court mais plein de cynisme. Entre guitare-voix limpide et rock lent puisé dans les vents chauds désertiques, ce titre est "borderline", comme on dit. KORBELL reprend "Anna", morceau-pamphlet présent sur l'album avec SIBÉRIL mais dans une toute autre forme, en gardant cependant les couplets jazzy pour un délice fameux. "Hir" est un morceau-marathon et pour cause, il a été écrit pour la course Redadeg, donnée en faveur de la langue bretonne. "Hir, hir, hir an hent", "Longue, longue est la route", CQFD. En tout cas, cette langue a une âme rock, c'est indéniable.

Mis à part ces textes engagés et parfois acerbes, KORBELL revient à son thème favori, l'amour, lui aussi soumis à la balance, tour à tour dans la rupture et le rapprochement. Quand la chanteuse ne soupire pas ou ne se contente pas d'un talk-over (parlé-chanté) somme toute bien soigné, elle nous réserve des envolées sublimes dans les aiguës, auxquelles il est bien difficile de résister. "Blues ar Penn Sardin" donne la couleur de l'album, avec cette grosse guitare et ce "Aaah" sexy et bidouillé. "Tremen 'ra an amzer, baby", "le temps passe, bébé" (l'avantage de deux langues, mettre "amzer"/chéri et "baby" juste après, ni vu ni connu !). Quelle classe...

En fait de rock, il s'agit bien de blues fortement rugueux et extrêmement bien écrit. Interprété aussi : le trio voix-guitare-batterie remplit le spectre sonore comme il se doit, avec quelques effets supplémentaires bienvenus. "Mad Love" donne l'idée d'un manège amoureux ensorceleur tandis que Dame Nolwenn chante passionnément "I love the sky above his head, I would love his coffin if he was dead". On adore la manière dont elle se dédouble sur "Aet oan", telle une sorcière, mais aussi sur "Je voudrais", respiration entièrement acoustique et par elle seule, prière insistante et enivrante.

La fin de l'album est marquée par le groove imparable de "Kuit" et le magnifique "One More Day", ballade folk avec un solo de guitare très chouette, que la voix fait monter très haut dans les airs tandis qu'on entend des maracas, des arpèges multiples... Miam, vraiment ! Même le traditionnel ukrainien et spirituel, "Misjac na nebi", au piano (joué par Philippe Vergoz à qui on doit les photos du livret), ne rompt pas le plaisir. C'est une autre forme de blues, et s'il fallait quelque chose après "One More Day", conclusion idéale d'un disque tourné vers les USA, ce devait être différent du reste. Mersi bras Nolwenn, merci infiniment pour ce bijou !

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   MARCO STIVELL

 
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- Nolwenn Korbell (chant, guitare classique sur 5 et 8)
- Didier Dreo (guitares, arrangements)
- Jean-christophe Boccou (batterie, programmations)
- Antonia Malinova (voix russe sur 7)
- Philippe Vergoz (piano sur 11)


1. Blues Ar Penn Sardin
2. Hir
3. Mad Love
4. Aet Oan
5. An Dud
6. Don't Try
7. Anna
8. Je Voudrais
9. Kuit
10. One More Day
11. Misjac Na Nebi



             



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