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- Style + Membre : Coryell & Remler

Emily REMLER - East Of Wes (1988)
Par ERWIN le 10 Février 2020          Consultée 194 fois

La parenthèse Together en compagnie de Larry CORYELL refermée, Emily reprend le cours des tournées incessantes et se penche sur la production d'un cinquième album pour Concord. Mais avec la notoriété le succès s'amplifie aussi et toutes les réactions liées au genre. Être une femme dans un monde d'hommes n'est pas une mince affaire, pour quelques avis éclairés, heureusement souvent en provenance des meilleurs : Herb ELLIS, Barney KESSEL ou évidemment Larry CORYELL tous unanimes pour reconnaître le talent d'Emily, mais pour les autres, traduisez ceux qui ne sont pas à son niveau, Emily est la musicienne à abattre. Tout son entourage, son quatuor particulier n'a de cesse de narrer les difficultés auxquelles elle se trouve confrontée en permanence.

Alors, il faut soutenir un moral souvent en berne une fois les gigs passés, c'est ainsi qu'Emily s'enfonce dans les méandres nauséeux des psychotropes les plus durs, son rapport à l'héroïne devient constant. Elle se bat pourtant, tente d'échapper au funeste destin qui s'annonce, quitte la grosse Pomme pour "steeltown" Pittsburgh où elle va enseigner la guitare à l'université, suit des thérapies pour lutter contre ses addictions. C'est dans ces conditions qu'elle met en place son nouveau quartet et en chantier son nouvel opus.

Il n'y a que deux compositions d'Emily sur ce cinquième album, certes ! Mais quelles compostions ! Deux hommages non déguisés qui revendiquent son héritage et ses influences. La première est l'éponyme "East To Wes", où sur un joli jeu de mots, elle livre toute son admiration à Wes MONTGOMMERY, l'homme au toucher de velours dont elle aurait tant voulu hériter du "gros pouce". Un titre très soft, à la lisière de ses amours pour la bossa nova, où les solos se suivent et ne se ressemblent pas une seule seconde. C'est clairement l'accession à la plus haute division des instrumentistes pour Emily.

Le "Blues For Herb" destiné à son maître à penser Herb ELLIS, n'a rien d'un blues, on s'approche au contraire des frontières du free jazz sur ce morceau de fusion où la section rythmique s'en donne à cœur joie avec une évidente maestria. Quelques aspects hermétiques toutefois, ce qui en fait un titre à ne pas placer entre toutes les oreilles. Dans le même esprit, nous avons aussi une nouvelle reprise de Clifford BROWN, cette fois, c'est "Daahound" qui est choisie par Emily, du Hard Bop comme à ses débuts ! Le "Hot House" de Tad DAMERON est infernale de vélocité, mais prouve à ses éventuels détracteurs le niveau désormais mythique qu'elle a atteint.

Je suis bien plus fan du "Snowfall" composée par Claude THORNHILL, longtemps le pianiste de Billie HOLLIDAY. Ce titre superbement atmosphérique permet à Emily de placer des solos smooth à mourir sous le contrôle du contrebassiste de Larry CORYELL : Buster Williams. Plus loin, la magnifique "Sweet Georgie Fame" de la chanteuse pianiste Blossom DEARIE tient sans doute plus du jazz vocal et est donc une écoute plus facile, mais ô combien agréable.

Mais c'est sur cet album que se trouve ce qui est pour moi la plus belle performance d'Emily REMLER, cette version solaire du "Sofly As In A Morning Sunrise", tellement positive qu'on en oublie l'état de la jeune femme. On n'en retient que l'extrême beauté et son toucher velouté. Quel drame de ne pas pouvoir entendre Emily jouer ce sublime classique aujourd'hui, armée de sa Gibson ES330 ! Techniquement, c'est un sommet de la guitare jazz, le son est clair, limpide même. Un instant de grâce dans l'histoire de la musique, merci à toi Emily.

L'évolution de la jeune musicienne se poursuit, alors qu'elle vient de passer la barre de la trentaine. La disco, bien que courte est déjà d'une qualité exemplaire, mais malgré ses efforts, la jeune femme ne parvient pas à se débarrasser de ses démons intérieurs. Elle continue cependant, contres les vents et les marées que sont le machisme, de croire en son avenir tout en ne fermant pas les yeux sur la difficulté d'être une femme dans un tel milieu. Son cinquième album East To Wes s'inscrit dans la parfaite continuité de sa carrière, cela laisse rêveur sur les sommets qu'elle aurait pu atteindre, eut-elle vécue !

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   ERWIN

 
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- Emily Remler (guitare)
- Buster Williams (contrebasse)
- Marvin Smith (batterie)
- Hank Jones (piano)


1. Daahoud
2. Snowfall
3. Hot House
4. Sweet Georgie Fame
5. Blues For Herb
6. Softly As In A Morning Sunrise
7. East To Wes



             



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