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- Membre : The Who

John ENTWISTLE - Whistle Rymes (1972)
Par MARCO STIVELL le 2 Avril 2020          Consultée 214 fois

La vache ! Même si on parle du boeuf (The Ox)... Voilà que John ENTWISTLE nous sort un album pour enfants avec son titre qui évoque les comptines, sa pochette bariolée superbement dessinée par Graham Lethbridge. C'est du moins ce que l'on croit jusqu'à ce qu'on écoute l'album, peut-être encore plus dérangé que le précédent, Smash Your Head Against the Wall en 1971.

Whistle Rymes détourne l'orthographe à sa manière ("to whistle" : siffler ; "rhyme" : rime, poème voire comptine), belle occasion de se moquer des gens forts nombreux qui se trompent dans l'orthographe du nom ENTWISTLE. Le bassiste des WHO, en pleine débauche de créativité, propose un nouvel album pop-rock qui révèle totalement son empreinte, de façon plus assurée encore.

À ses côtés, Jerry Shirley, batteur de l'album précédent est remplacé par Rod Coombes (des STRAWBS), Gordon Barton ainsi que Graham Deakin, celui que John the Ox garde ensuite pour la tournée. Un choix qui tend à se rapprocher du son de Keith Moon, le cogneur lunatique et exubérant des WHO (les cymbales en savent quelque chose !), on le remarque notamment sur des titres comme "I Feel Better"... Keith Moon présent lui-même aux percussions, de façon plus discrète. C'est un point commun avec le premier disque d'ENTWISTLE, qui ne peut se séparer longtemps de son grand ami pour l'heure, mais ce systématisme s'arrête avec Whistle Rymes.

Il y a une autre raison excellente d'écouter ce disque, avant même de parler des chansons et même si la note vous a déjà spolié qu'il est excellent. La guitare revient plus à l'avant avec des solos riches, et pour cause ! Aux côtés des guitares acoustiques d'Alan Ross, les intervenants à l'électrique se nomment Jimmy McCulloch (futur membre des WINGS) pour deux morceaux, mais surtout, avant tout, Peter FRAMPTON, toujours membre de HUMBLE PIE et qui sort juste de sessions pour Harry NILSSON (album Son of Schmilsson). ENTWISTLE et FRAMPTON ensemble dans une débauche de créativité, c'est le genre de moments pas si courants dans le rock, à ne point rater !!

Dès le départ et "Ten Little Friends", avec Frampton et McCulloch, les mélodies de guitare électrique pleuvent aux côtés du chant aigre d'ENTWISTLE. Il y a une réelle alchimie de groupe, basse en soutien plutôt mais bien présente, même pendant l'envolée instrumentale. Mêmes qualités pour "I Feel Better", fausse ballade et titre martial où le narrateur aligne tout ce qu'il renvoie à la figure de son ex pour "se sentir mieux", dans un style corrosif bien propre à John The Ox. Par exemple, il jette à la poubelle ses vêtements qui traînent, il lui laisse des messages obscènes au téléphone, il plante des punaises sur sa photo accrochée au mur, comme une poupée vaudou. Chose bien soulignée par les appuis de basse, mais aussi le style piano-chant.

On parle de guitares, néanmoins l'élément le plus remarquable ici est le piano dont ENTWISTLE se sert beaucoup pour composer. Cela épure le son par rapport au disque précédent, sans rien enlever de sa richesse. Durant les sessions de A Quick One, l'album des WHO (1966), John avait chanté seul au piano "I've Been Away", chanson inédite au demeurant jolie. Il réitère l'expérience mais avec son style désormais affuté, sur nombre de chansons. ENTWISTLE peaufine les arrangements : il suffit d'écouter l'intro de "I Wonder" aux cuivres, la mélodie étrange de "Apron Strings", bijou de ballade au son lourd et ample avec Frampton qui se promène au milieu des choeurs rêveurs...

Les cuivres, on ne les entend d'ailleurs qu'à partir de "Who Cares?", titre funky avec basse bavarde, orgue roronnant, rupture romantique avant final extraterrestre... La verve au chant demeure intacte, les paroles servent pour ENTWISTLE à vanter lui-même l'esprit d'indépendance et de je-m'en-foutisme qui le caractérisent. Cela lui va bien de faire ainsi, alors que son enfant (Christopher) vient de naître ! Il fait un tâcle aux fans de la basse traditionnelle en commençant à utiliser un modèle synthétique Moog et qui participe à la couleur bizarre du disque, sur "I Was Just Being Friendly" notamment. C'est l'époque où ENTWISTLE se met pour de bon aux synthés sur le modèle de Pete Townshend : "The Wind Shopper" est marqué par des séquences d'ARP Pro-Soloist, des imitations d'arrangements symphoniques (basson etc). Et toujours ces accords échevelés...

"I Found Out" marque une rupture nette, intime et splendide, presque libératrice et sans trop d'artifices, avec piano, basse mélodique, guitares 12 cordes... Du pur folk qui ne s'en trouve que mieux "démoli" par "Nightmare (Please Wake Me Up)", pourtant débuté de la même façon, un vrai leurre ! Ce morceau a dû copieusement inspirer la pochette, avec ses ambiances horrifiques, son mélange de blues obscur et de rock surf glacial, où un vrai capharnaüm trad-dissonant s'étend jusqu'à la fin. Assez jubilatoire, tout comme le fait d'y entendre une jig irlandaise, l'hymne "Land of Hope and Glory" joué au clavier, un violon mentionner brièvement "Amazing Grace"...

Bienvenue dans l'univers chamarré et chatoyant de John ENTWISTLE ! L'artiste assume toute responsabilité des dommages causés... Son meilleur album en solo.

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   MARCO STIVELL

 
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- John Entwistle (chant, basses, piano, synthétiseurs, cor, tro)
- Peter Frampton, Jimmy Mcculloch (guitares électriques)
- Alan Ross (guitares acoustiques)
- Rod Coombes, Graham Deakin, Gordon Barto (batterie)
- Keith Moon (percussions)
- Neil Sheppard (claviers)
- Bryan Williams (trombone, claviers)
- John Weider (choeurs, violon)


1. Ten Little Friends
2. Apron Strings
3. I Feel Better
4. Thinkin' It Over
5. Who Cares?
6. I Wonder
7. I Was Just Being Friendly
8. The Window Shopper
9. I Found Out
10. Nightmare (please Wake Me Up)



             



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