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DEVO - Q: Are We Not Men? A: We Are Devo! (1978)
Par ARP2600 le 16 Septembre 2015          Consultée 2665 fois

DEVO est un des groupes qu'il faut connaître pour vraiment comprendre ce qu'est la new wave. Avec ULTRAVOX, Gary NUMAN ou The HUMAN LEAGUE, ils sont parmi ceux qui ont le plus incarné l'idée technologique de cette musique. Comme bien d'autres, ils ont commencé par être proches du punk mais ont ensuite laissé parler leur fibre geek pour finir par proposer de la synthpop. Ce qui est le plus intéressant cependant, est le fait qu'ils soient américains. La new wave était en majeure partie un phénomène britannique, avec des composantes bien actives sur le continent européen, par contre, les États-Unis n'ont pas facilement cédé à une mode aussi geek. Il aura fallu des projets plus démagogiques comme EURYTHMICS et DURAN DURAN pour faire des tubes là-bas, et la scène locale est toujours restée limitée (ce qui n'est pas le cas du punk, précisons-le). On connaît évidemment BLONDIE, plutôt un groupe de pop moderne, et TALKING HEADS, trop arty/funk/world pour vraiment être de la new wave... DEVO est nettement plus dans l'esprit.

C'est toute une histoire, qui remonte à la fin des années 60, à l'université de Kent, près d'Akron en Ohio où deux étudiants en art, Gerald Casale et Bob Lewis, ont développé une blague sur base du concept de Dé-évolution, autrement dit le fait que l'espèce humaine a dépassé son maximum et est en train de régresser. Ils ont été rejoints dans leur trip par Mark Mothersbaugh, un claviériste qui a autant amené un certain humour que l'idée de faire de la musique sur ce sujet. La blague a perduré et leur activité de groupe a débuté au niveau local en 1973. On le voit, l'idée de base était déjà fort geek. Leur façon de se moquer de la société moderne était autant proto-punk que précurseur de la new wave. Et ce n'est pas tout... qui connaît un peu DEVO connaît leur goût pour les déguisements technologiques bien plus kitsch et provocateurs que chez KRAFTWERK.

Musicalement aussi, les choses sont claires. Mothersbaugh a suivi l'actualité européenne tout au long des années 70, en particulier du côté du krautrock. On ne peut pas être étonné que David BOWIE et Brian ENO aient trouvé leur travail intéressant (ainsi que Robert FRIPP et Iggy POP, tout ça, oui). Eux-mêmes ont fricoté avec les Allemands et n'y sont pas pour rien dans l'émergence de la new wave, surtout ENO. BOWIE a affirmé, enthousiaste comme à son habitude, que DEVO était le « groupe du futur » et a déclaré vouloir les produire. Cependant, il a fini par refiler le travail à ENO tout en gardant un petit œil sur le projet. Après quelques changements de line-up, le groupe s'était fixé sur une formule à 5, pendant un moment d'une part Mothersbaugh et ses deux frères Bob et Jim, ce dernier étant finalement remplacé à la batterie par Alan Myers, d'autre part Gerald Casale et son frère Bob. BOWIE les ayant aidés à décrocher un contrat avec Warner, ils sont carrément venus en Allemagne, chez Conny PLANK, pour enregistrer ce premier album avec ENO.

Cela ne s'est pas fait sans mal, ce qui explique peut-être qu'ils n'ont pas gardé le même lien avec ENO que TALKING HEADS. C'est que, curieusement, DEVO était plutôt un groupe à guitares malgré les claviers de Mark Mothersbaugh, avec une musique très simple et directe, très proche du punk, dont ils ne voulaient pas modifier grand chose. ENO a quand même fini par les convaincre de renforcer le côté électronique, avec quelques sonorités bien à lui, qu'on reconnaîtra sans peine tout au long de l'album. En tout cas, si ceci est déjà de la new wave, elle reste embryonnaire, ce qui n'est pas non plus anormal aussi tôt qu'en 1978. Il faudra attendre leur troisième album Freedom of Choice pour avoir une intégration guitares/synthé plus typique et quelque chose de plus mélodique.

C'est un des reproches qu'on pourrait faire à ce disque, il a été composé de façon décontractée par des blagueurs têtus et est un peu sans queue ni tête. À comparer à WIRE mais avec un peu moins de talent. Oui, BOWIE n'avait pas tout-à-fait raison pour cette fois... DEVO n'est pas un mauvais groupe mais pas un grand non plus. Dans ce joyeux foutoir se côtoient des morceaux basiques volontairement crétins (bon, dans le cas de « Satisfaction », ce n'est pas entièrement leur faute) et quelques autres plus inspirés, le tout étant fort plaisant et énergique quand même.

Comme moments notables, on peut citer « Jocko Homo », autrement dit « l'homme-singe », une des leurs premières chansons qu'ils ne pouvaient qu'utiliser dans cette première occasion de faire un album, où ils professent la dé-évolution sur des rythmes bizarres, et où figure le titre de l'album, lui-même dérivé de l'« île du Dr Moreau » de H.G. Wells. Il est directement précédé par le controversé single « Mongoloid » qui, sans se moquer vraiment des trisomiques, veut plutôt dire qu'il ne sert à rien d'être intelligent, toujours la même idée de base bien sûr. Le plus intéressant est sa motorik lourde qui rappelle plus HAWKWIND qu'autre chose. A côté de ces deux-là, l'ouverture punk « Uncontrollable urge » et le final geek « Shrivel Up » encadrent avantageusement l'ensemble et on pourra apprécier la plus rock « Come back Jonee ».

Un bon démarrage tout de même, sans doute pas à la hauteur de ce qu'espéraient les art rockeurs anglais, mais cela reste un bon exemple des débuts de la new wave, à comparer avec Ultravox-Ha!-ha!-ha!, les premiers TALKING HEADS, WIRE et XTC, ou encore Real Life de MAGAZINE. Curieusement, ce disque réalisé en Europe a été leur plus grand succès au Royaume-Uni, où ils ont dépassé les groupes locaux avec une douzième place aux charts. Il me paraît évident qu'ils auront marqué les esprits et permis à NUMAN de vraiment faire éclore la new wave médiatiquement quelques mois plus tard. Bref, si on est intéressé par la new wave, impossible de passer à côté de DEVO et de ce disque en particulier.

Note : 3,5/5

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- Bob Casale (guitare rythmique, claviers, chœurs)
- Gerald V. Casale (basse, chant, claviers)
- Bob Mothersbaugh (guitare solo, chœurs)
- Mark Mothersbaugh (claviers, chant, guitare)
- Alan Myers (batterie)


1. Uncontrollable Urge
2. Satisfaction
3. Praying Hands
4. Space Junk
5. Mongoloid
6. Jocko Homo
7. Too Much Paranoias
8. Gut Feeling
9. (slap Your Mammy)
10. Come Back Jonee
11. Sloppy (i Saw My Baby Gettin')
12. Shrivel Up



             



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