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Sam COOKE - Night Beat (1963)
Par LE KINGBEE le 10 Juillet 2017          Consultée 92 fois

Poussé par la RCA, Sam Cooke enquille les disques comme d’autres enfilent les perles. Hugo & Luigi, nos deux producteurs italo new-yorkais répondant probablement à un ordre de la direction de leur maison de disques, expédient le chanteur en studio. Il faut battre le fer (quitte à le tordre) pendant qu’il est chaud. Et ce début d’année est bien chargé pour Sam Cooke, mi janvier il a gravé pas moins de 9 chansons lors d’une session. Mais la RCA a décidé de ressortir un nouveau disque pour remplir son tiroir caisse et ainsi faire suite au mollasson « Mr. Soul ».
« Night Beat » est enregistré lors de trois séances les 22, 23 et 25 février 63. Pas de temps à perdre, car pour la RCA, le temps c’est …de l’argent (cela ne durera pas aussi longtemps que les impôts). Du reste pour assurer le coup et empiler des chansons, on réexpédie Cooke les 27 et 28 février pour enregistrer trois titres qui ne figureront pas sur cet album.
Les arrangements et l’orchestration sont encore confiés à René Hall et les sessionmen sont les mêmes pour les trois sessions. On ressent de suite les effets bénéfiques de cette continuité, la cohérence, la mise en place et la complicité sont des plus et surtout nos deux producteurs qui avaient souvent tendance à sucrer et surproduire le contenu se tiennent à l’écart, là où ils auraient du être dès le départ des enregistrements RCA.

Constitué de 12 pistes, cet opus comprend trois nouveaux titres composés par le chanteur, auquel vient se greffer une chanson de JW Alexander, vieux complice du chanteur : « Mean Old World » demeure l’exemple type de la ballade cookienne ; l’excellent « Laughin’ And Clownin’ » marque une rupture avec le style romance avec l’intronisation d’un tempo slow blues couvert par des nappes de piano. Enfin « You Gotta Move » n’a de lien avec le standard blues du tandem Fred McDowell/ Reverend Davis que le nom. Si Sam Cooke évolue toujours dans une ambiance où Soul et Pop se combinent parfaitement pour l’époque, cette fois ci le chanteur met l’accent sur un répertoire légèrement plus bluesy. Attention pas de riff de guitare poisseux, de coup d’harmonica ou de slide aérienne évoquant les tavernes de Chicago ou les juke-joints du Mississippi, ce n’est pas le genre de la maison, mais des zestes de Blues bien édulcoré.
Les influences Gospel sont encore palpables, c’est d’ailleurs le traditionnel « Nobody Knows The Trouble I’ve Seen », œuvre probable du Tuskegee Institute Quartet, qui lance les débats. Vieux negro spiritual, le titre a connu des multiples entreprises (Louis Armstrong, Lena Horne, les Staples Singers et le duo Linda Hopkins/Jackie Wilson) et la présente version contient tous les ingrédients du Gospel Soul sixties, la voix met l’auditeur sur le chemin spirituel avec le refrain « Nobody knows my sorrow - Glory hallelujah! ». « Lost And Lookin’ », la compo de JW Alexander avait été mise en boite l’année précédente par Lou Rawls, contient tous les éléments de la ballade Gospel Soul chère au chanteur.
Au rayon des reprises, Cooke apporte un semblant de velouté au « Please Don’t Drive Me Away », un R&B californien de Charles Brown mis en boite quelques mois avant par le pianiste. Là c’est encore les volutes du piano de Ray Johnson qui placent le chant sur orbite. La ballade sentimentale n’est pas oubliée, Cooke reprend « I Lost Everything » une composition de l’excellent Howard Tate, premier interprète de l’incontournable « Get It While You Can ». Rien de bien nouveau par rapport aux précédents disques, mais les guitares et les arrangements paraissent bien supérieurs. La face A s’achève avec un second emprunt à Charles Brown : « Get Yourself Another Fool », une ballade bluesy dans laquelle Clifton White place de sobres touches de guitare. Ce n’est pas mauvais, mais on préfère la version moins guimauve qu’en donnera Arthur Conley quelques années plus tard.

La face B débute avec « Little Red Rooster », compo de Willie Dixon enregistrée deux ans auparavant par Howlin’ Wolf pour Chess Records et qui n’allait pas tarder à obtenir ses gallons de standard du blues. Repris moult fois, les Stones en feront un hit, l’histoire impayable du petit coq rouge est délivrée ici sur un tempo des plus soft, presque un shuffle, l’orgue de Billy Preston met en exergue le chant impeccable de Cooke. Charles Brown est encore à l’honneur, Cooke reprenant « Trouble Blues », un piano blues gravé à la fin des forties. Sam Cooke fredonne le premier couplet et distille un véritable morceau de Soul Blues pour une version valant celle de Fats Domino peut être plus groovy. « Fool’s Paradise », à l’origine un R&B West Coast de Johnny Fuller, est transposé ici sous forme de ballade jazzy sans la moindre prise de risque. L’album s’achève en fanfare avec une version du standard « Shake Rattle And Roll », compo de Jesse Stone sous le pseudo de Charles Calhoun mise en boite par Big Joe Turner en 54 et future reprise de Bill Haley, du King ou de Carl Perkins. Attention, quand on évoque le mot fanfare, n’allez pas confondre avec feu d’artifice, Sam Cooke reste dans les clous du ton d’ensemble. Si ce standard a connu plusieurs changements de couplets (certains passages font référence à un acte sexuel) selon les interprètes, la version de Cooke s’apparente presque intégralement à celle de Big Joe Turner pour une version Soul bien supérieure à celle de Chubby Checker, mais nettement moins groovy que celle d’Arthur Conley réalisée quatre ans plus tard.

Certains amateurs de Soul considèrent « Night Beat »* comme le meilleur album studio de Sam Cooke si l’on se réfère à l’ordre chronologique. Les arrangements, l’orchestration, le choix des chansons paraissent moins obsolètes que dans les albums précédents. Le répertoire légèrement boosté et épuré demeure également plus cohérent et moins passé de mode. Mais l’atout principal de cet album est bel et bien le vocal d’un chanteur exceptionnel, d’où une note de 3.

*Cette chronique provient du LP original (pressage US). Réédité une quinzaine de fois sous divers formats depuis 1986, l’album a fait l’objet d’une version CD présentée en digipack éditée par Legacy dans laquelle figure un livret intérieur de 11 pages concocté par Peter Guralnick.

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- Sam Cooke (chant)
- Clifton White (guitare)
- Rene Hall (guitare)
- Barney Kessel (guitare 5-6-9)
- Cliff Hills (basse)
- Hal Blaines (batterie 1-2-3-4-7-8-10-11-12)
- Sharky Hall (batterie 5-6-9,tambourin 1-3-7-8)
- Ray Johnson (piano 2-4-5-6-9-10-11-12)
- Billy Preston (piano 1-3-7-8,orgue-4-5-6-9-10-11-12)


1. Nobody Knows The Trouble I've Seen.
2. Lost And Lookin'.
3. Mean Old World.
4. Please Don't Drive Me Away.
5. I Lost Everything.
6. Get Yourself Another Fool.
7. Little Red Rooster.
8. Laughin' And Clownin'.
9. Trouble Blues.
10. You Gotta Move.
11. Fool's Paradise.
12. Shake Rattle And Roll.



             



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