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SYNTHPOP, ELECTRO  |  STUDIO

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HEAVEN 17 - Penthouse And Pavement (1981)
Par BAKER le 25 Août 2018          Consultée 173 fois

Créé sur les cendres de HUMAN LEAGUE (dont le nom fut cédé au chanteur Phil OAKEY) et prolongement commercial du projet avant-gardiste BRITISH ELECTRIC FOUNDATION, Heaven 17 n'allait pas tarder à conquérir les charts et le coeur des Anglais, se posant en pilier du genre synthpop ; utilisant tout leur savoir-faire en matière de production électronique et engageant comme chanteur le crooner Glenn Gregory, à la magnifique voix veloutée et au charisme indéniable. Mais une petite minute, avant d'en arriver là, H.17 a bien dû passer par la case démos + single + premier album, et c'est là que tout se corse : après les livres emblématiques des années 80, vous avez en effet devant vous le premier disque dont VOUS êtes le héros !

Penthouse and Pavement possède effectivement cette particularité d'être à la fois un vrai album et une démo ; un vivier de singles et un terrain de jeu. Scindé en deux faces, la Penthouse donc et la Pavement, plus dure (c'est pas tendre le béton), ce 33 tours iconique a un don presque magique pour énerver et émerveiller tour à tour par tranches régulières de trente secondes. Les plus ? Glenn possède déjà une voix solide (à part sur "Height of the Fighting" où il est faux, de façon répétitive), beaucoup de refrains sont malins et très bien fichus, et pour une prod de 1981, nous avons déjà une utilisation poussée des machines, la concurrence principale s'appelant DEPECHE MODE, plus factuellement mélodique mais aussi moins expérimentale.

Le moins ? La production qui joue la carte de la démo de luxe. Sur la Penthouse Side, les chansons sont presque finies, presque : il manque toujours un petit quelque chose, un élément que l'auditeur se crée dans sa tête mais qui n'est pas présent sur l'album. Sur la Pavement, c'est encore bien pire ; cette face étant dépourvue de guitare et de basse, les chansons y manquent cruellement de corps.

Parlons-en, de cette basse (et guitare). Les guitares funk en son clair deviendront un élément clef du groupe quelques années plus tard, mais CETTE basse, sur CETTE face A, est unique en son genre. La légende (copyright Martyn Ware) veut que le musicien en studio à l'époque, un certain John Wilson qui d'ailleurs n'a malheureusement pas fait grand-chose ensuite, ait enregistré ses parties de basse à la va-vite en déclarant qu'il "ne savait pas trop bien en jouer". C'est une tuerie ! Le gars joue de sa basse comme d'une guitare à la Nile RODGERS, de façon frénétique et instinctive, et le résultat est un groove tuant de virtuosité et d'agressivité qui fait beaucoup penser à Mark KING. La basse joue un rôle prépondérant dans des chansons où elle et Glenn sont les uniques touches humaines.

Las, la face B est donc encore plus rustre, dépouillée, et cet album qui se veut pop est malgré tout très aride, bien plus expérimental que purement dansant. Mais avec un peu d'efforts, on peut clairement voir que nos trois musiciens vont vers quelque chose, qu'ils sont en train de fonder un style. Si l'on passe le premier titre, un "Fascist Groove Thang" culte mais très rébarbatif et qui préfigure la house de la fin des années 80, toutes les chansons ont un élément qui les caractérise. "Penthouse" et son funk marquant, avec ce choeur féminin aguicheur et John Wilson qui devient totalement fou, "Play To Win" avec son sifflement hautement accrocheur, "Soul Warfare" qui utilise le piano + reverb avec génie (n'ayons pas peur des mots), la Penthouse n'est peut-être pas chauffée, mais les filles sont canons !

Le Pavement est vraiment réservé aux amateurs de techno - pas le style musical, mais la pratique intense de la M.A.O. en studio confiné, qui plus est sans les facilités qui arriveront dans les années, pour ne pas dire les mois suivant l'album. "Geisha Boys" hésite entre une intro tout droit tirée de Tron et des mélodies excellentes mais sous-utilisées ; "Let's All Make A Bomb" arrive enfin à contenter l'auditeur avec son empilement de synthés (chose que donc les autres chansons rateront plus ou moins), et "We're Going"... possède un couplet magnifique et laisse présager du meilleur. Seule "Song With No Name" ne méritait pas de passer de démo à gravure sur vinyl, avec notamment un contre-chant d'une fausseté dramatique.

P&P est donc un disque plus intéressant qu'agréable, plus historique qu'infectieux ; mais il ne faudrait pas sous-estimer son charme et bien sûr son importance. Le vinyl d'époque est charmant avec sa pochette très "Connard, Fayot, Arnaqueur & Associés" et son sillon sans fin sur la face B, mais si vous désirez débuter l'apprentissage intensif du H.17, alors le CD remaster est votre unique porte de salut. Non seulement les remasters des trois premiers albums sont à tomber, mais les faces B de ce premier album sont indispensables.

Bon, OK, "Are Everything" est très moyen et Honeymoon est totalement nul. Mais "Groove Thang" est déjà rempli de guitares et est limite MOINS ennuyeux sans chant (!). "I'm Your Money", premier vrai single de B.E.F. est un énorme tube, addictif, joyeux et précurseur de l'eurodance (écoutez-moi ce pont tout droit tiré d'un Amiga 500 !), et aurait largement mérité de remplacer "Fascist". Mais surtout, "Decline Of The West", titre culte de B.E.F. qui a longtemps hanté les lecteurs cassette des fans underground anglais de la fin des années 70, est une merveille, une compo minimaliste entre progressif et ambiant, cinématique, entre Blade Runner et le Cyborg d'Albert Pyun, incroyable de maturité et de maîtrise pour l'époque. Ce n'est absolument pas ce vers quoi H.17 va tendre, mais si c'est votre unique moyen d'écouter ce titre emblématique de tout un pan de la musique anglo-saxonne, alors foncez. Et n'écoutez pas le concierge, il dit qu'il sait pas jouer de la basse mais c'est un mytho, un gros mytho !

NOTE FINALE : 2,5/5 pour l'album tel quel, 3 pour le CD remaster et le courage d'époque

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- Glenn Gregory (chant, choeurs)
- Josie James (chant, choeurs)
- Martyn Ware (claviers, prog, percussions, choeurs)
- Ian Craig Marsh (claviers, prog, saxophone, percussions)
- John Wilson (basse, guitare)
- The Boys Of Buddha (claviers)
- Steve Travell (piano)


1. We Don't Need This Facist Groove Thang
2. Penthouse And Pavement
3. Play To Win
4. Soul Warfare
5. Geisha Boys And Temple Girls
6. Let's All Make A Bomb
7. The Height Of The Fighting
8. Song With No Name
9. We're Going To Live For A Very Long Time
- bonus Tracks
10. Groove Thang (b.e.f.)
11. Are Everything (12'' Version)
12. I'm Your Money (12'' Version)
13. Decline Of The West (b.e.f.)
14. Honeymoon In New York (b.e.f.)



             



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