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Patrick BRUEL - Des Souvenirs Devant (2006)
Par BAKER le 1er Février 2019          Consultée 369 fois

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. Et je reste persuadé que quelque chose s'est brisé chez Patrick BRUEL lorsqu'il a sorti Entre-Deux. Un album somme toute médiocre, mais qui s'est tellement vendu qu'il a forcément laissé des traces. Décidé à continuer sur la vibration de "Juste avant", et donc reprenant le travail en tandem avec son ami d'enfance David Moreau, Patrick joue à fond la carte du disque-souvenir, dès le début, et durablement ; on le sent dès la première écoute, le côté rock, ou du moins clairement pop-rock qui était encore présent par bribes va peu à peu disparaître. Pour faire place à de l'orgue de barbarie, un capucin qui joue de la cymbale et des têtes qui rrrrrroulent dans le câââânivôôôô ? Non. On n'en est pas encore là.

L'album s'intitule "Des souvenirs devant", et c'est bien dans son carnet de bord personnel que BRUEL pioche sans vergogne, avec comme toujours chez lui cette vision du monde par le petit bout de la lorgnette. Cela donne quelques très bons mots, il faut l'avouer : "Tu as des photos de mecs tous nus se tenant par la main, et quand je rentre le soir tu leur donnes le bain", "Tu veux un bus, un tamtam, un hibou qui parle anglais", "J'ai ressorti un Clos-Vougeot, lui il a bien vieilli le salaud". De bonnes tranches de vie, mais quid de la musique ? Car Juste Avant avait ses problèmes, mais tenait pas mal la barre. Des Souvenirs Devant met plutôt la musique, elle... derrière. Et si BRUEL a toujours, depuis ses débuts, été moqué pour son style il est vrai identitaire, c'est le premier album (on oublie Entre-Boeufs) où sa caricature rejoint la réalité.

Ce n'est pas mal fichu, bien sûr. Les arrangements, parfois curieux (massifs mais mixés en retrait), ne sont pas traités à la légère, même quand ils vont chercher dans des recoins inattendus (les cuivres mexicains sur "J'm'attendais pas", l'orgue de barbarie ou flûte à bec - qui sait ? - sur "Va où tu veux"). Ce n'est, dans la majorité, ni mal chanté ni mal composé. Des chansons sont charmantes : la première, en mode fausse nostalgie et qui passe très bien justement de par son statut de première ; le single J'm'attendais pas à toi, à l'intro totalement Anthony PHILLIPS et qui se montre "classique" au sens noble du terme ; la rigolote "Gosses en cavale", où la légèreté du propos est corroborée par celle des arrangements.

Par contre, bien des titres se marchent sur les pieds et n'arrivent pas à trouver de vie propre, engoncés dans leur apparat de "bijou nostalgique certifié C'témieuavant Inc" : "Raconte-moi" ne tient que par son sujet, "Notre plus beau visage" n'accroche jamais malgré les cordes qui en font des tonnes, "Où sont les rêves" est lisse comme un bas de soie, et sur "Panne de mélancolie", BRUEL essaie de faire son RENAUD, sans vraiment y arriver - il pompe le refrain de "Pour la vie" afin de s'en tirer à moindre frais, mais la chanson ne dépasse pas le stade de l'anecdotique. Pire, dans le genre, "Adieu" qui coupe l'album en deux est une vraie caricature. Certains la trouveront juste et touchante, rapport à son thème et son traitement dépouillé. D'autres, et votre serviteur en fait partie, ne passeront pas outre le côté auto-parodique, facile et trop attendu de ce morceau de bienpensance où la mélodie épluche les oignons pendant que le texte tire les poils de... de dos. Comme le disait justement Laurent Gerra : "La guerre, c'est mal. Vous vous en souviendrez, c'est de BRUEL".

Malgré ses efforts, BRUEL n'arrive donc plus à passionner comme auparavant, coincé par sa volonté de faire le plus "sincère", "authentique" possible. C'est un credo, alors que ça devrait plutôt être une seconde nature : on ne puit forcer le naturel. Deux chansons totalement opposées le montrent bien. D'un côté, perdue au milieu du disque, "Lettre au Père Noël" se montre la plus réussie de toutes, mélangeant texte bien fait et drôle, dynamisme, nostalgie, et sens de la mélodie très BRUELienne, rappelant les meilleurs moments des deux (trois ?) derniers albums (encore une fois, sans compter "Entre-Gueux").

De l'autre, vous avez "Peuple impopulaire". Visiblement enhardi par la réussite de son "Tout s'efface", BRUEL retente l'epic sympho-heavy-prog avec orchestre, guitares suintantes et Patoche en mode ouiiiinnnn. Le texte est inspiré de Victor Hugo (...et je ne le comprends pas). La prod se veut énorme. Et la chanson est basée sur un riff dissonant, il faut l'avouer, absolument génial, PINK FLOYDesque en diable. Et pourtant, ça ne passe pas. C'est grandiloquent mais brouillon, Patrick en fait des caisses jusqu'à carrément être faux, et si le riff se la pète à raison, il n'arrive pas tout seul à porter un tel édifice. BRUEL n'est pas TRANSATLANTIC, n'est pas YES, n'est pas BLIND GUARDIAN, OK. Mais surtout, sur ce coup-là, il n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais SARDOU.

Il y a beaucoup de bonnes choses à redire sur ce disque. Beaucoup de passages sympas, de petits détails soignés. Beaucoup de travail sur des arrangements, sur des tournures de phrases. Mais pris dans son ensemble, ce disque ressemble plus à un pensum où BRUEL est incapable de lâcher prise, de sortir du carcan qu'il s'est lui-même imposé. Le but qu'il s'était fixé est pleinement atteint : sur ce disque plus que jamais (on oublie Entre-Gnous), Patrick BRUEL est un "vrai" auteur de "chanson française", la vraie, la grande, la respectable. L'assommante aussi, parfois.

Et entre nous, ce n'est pas la petite démo rigolote en hidden track qui nous rassure quant à la teneur d'un prochain album...

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- Patrick Bruel (chant, guitare)
- David Moreau (guitare, flûte, vibraphone, claviers, featuring)
- Hervé Brault (guitare)
- Jean Yves D'angelo (claviers)
- Laurent Vernerey (basse)
- Christophe Deschamps (batterie)
- Benjamin Constant (bugle, accordéon, claviers)
- Dominique Bertram (contrebasse)


1. Je Fais Semblant
2. J'm'attendais Pas à Toi
3. Panne De Mélancolie
4. Lettre Au Père-noël
5. Raconte-moi
6. Adieu
7. Gosses En Cavale
8. Va Où Tu Veux
9. Notre Plus Beau Visage
10. Où Sont Les Rêves
11. Peuple Impopulaire
12. Ma Maison De Papier
- hidden Track
13. Pâte D'amande



             



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