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- Membre : John Cale , The Velvet Underground

NICO - Drama Of Exile (1981)
Par DERWIJES le 31 Janvier 2020          Consultée 155 fois

Dans le documentaire de Jim JARMUSCH Gimme Danger sur les STOOGES, Iggy POP raconte une anecdote sur l’enregistrement de leur premier album : pendant qu’ils étaient en studio à faire les fous, NICO et John CALE vinrent les voir. Cale portait une longue cape à la Dracula, version Bela Lugosi, pendant que Nico s’installa dans un coin du studio pour…tricoter un pull. Tout cela pendant un enregistrement des STOOGES, connus pour être chaotiques.

Mais les gars de Detroit n’avaient rien à apprendre en matière de chaos à Nico, elle qui le côtoyait quotidiennement. Les ventes de The End… en 1974 sont tout aussi faibles que celles de ses disques précédents, et son label Islands Records s’empresse de terminer son contrat pour se débarrasser aussi vite que possible de cette junkie qui est un gouffre financier. Sans contrat pour pouvoir rentrer en studio elle ne peut que tester ses nouvelles compositions pendant les quelques concerts qu’elle donne. Sa vie sentimentale avec Philippe Garrel bat de l’aile et elle continue sa vie de Bohême entre Paris, Londres et New-York. Lorsqu'elle est en France elle retrouve son fils Ari, qu’elle initie à la drogue en lui faisant essayer de l’héroïne. Un autre point sombre dans une vie qui n’en manque pas : Si NICO était sans conteste une artiste d’exception, les portraits que l’on fait d’elle peignent une femme qui embrassait pleinement ses démons et ses vices. Les photos d’elle de l’époque surprennent. Elle y apparaît brune, sa couleur naturelle (Nico était une fausse blonde ! Croyez-moi, je ne m’en suis toujours pas remis), les yeux cernés, le visage bouffi. Sa consommation excessive de drogues apparaît sur son visage.

Ce statu quo semble bouger en 1978. Cette année elle rencontre Patti SMITH. La connexion est immédiate, c’est que les deux ont des points communs, elle se voient toutes deux comme des poétesses qui se sont tournés vers la musique un peu par hasard pour faire entendre leurs voix. Dans son excellente biographie NICO : The Life and Lies of an Icon (malheureusement épuisée, mais que j’ai pu trouver sur internet dans une version mal scannée qui a mis un virus sur mon ordinateur), Richard WITTS a pu recueillir les propos de NICO au sujet de Patti, que je ne résiste pas à vous retranscrire ici tant les mots choisis sont étranges : "Je l’ai rencontré à New-York, où elle était une jeune poétesse sur scène. Je l’ai appréciée, elle était mince et forte. John CALE avait produit son premier album. Nous avons eu l’occasion de mieux nous connaître lorsque nous nous sommes revus à Paris. Je sentais qu’elle pouvait être comme une sœur pour moi […] et j’aimais être avec elle. Mais elle était devenue ennuyeuse depuis qu’elle s’était mariée. Elle aurait dû se marier à John CALE, ils auraient eu une maison en pain d’épices et auraient faits des enfants en pain d’épice !"
Leur rencontre ira plus loin que cela puisque la même année le précieux harmonium de NICO sera volé et ce sera Patti SMITH qui lui en offrira un nouveau, acheté chez un prêteur sur gages parisien. C’est aussi à ce moment-là qu’elle fait la connaissance du bassiste et producteur corse Philippe QUILICHINI. Elle emménage chez lui et entame un ménage à trois avec sa petite amie Nadette Duget. Ne vous emballez pas, ils étaient trop shootés pour se lancer dans des orgies, mais Quilichini va pouvoir lui permettre de retourner en studio en signant un contrat avec Aura Records.

Dans les rares interviews qu’elle va donner après la sortie de l’album NICO n’hésite pas à dire que la musique qu’elle faisait jusque-là l’ennuie et qu’elle veut passer à autre chose. Nous sommes alors en 1981 et c’est l’année charnière pour les groupes de post-punk qui revendiquent fièrement l’influence de NICO. C’est son premier album véritablement solo, sans John CALE, et elle veut s’inspirer des groupes qu’elle a inspirés. Encore sous le choc de sa découverte du Scary Monsters de BOWIE elle embauche Andy CLARK qui s’occupait des synthés sur l’album, ainsi qu’un musicien franco-iranien pour apporter une touche orientale.
Mais l’enregistrement de l’album n’est pas de tout repos. Pour le dire franchement, c’est même un sacré bordel incompréhensible tournant autour d’histoires d’argent, comme d’habitude : Pour faire simple, Aura Records sortit l’album alors qu’il n’était pas encore fini, et ne créditèrent pas les musiciens pour ne pas avoir à les payer. NICO & co commencèrent une bataille légale qui n’aboutit à rien, et durent retourner enregistrer de nouveau l’album pour le sortir cette fois-ci sur le label parisien Invisible Records. Ça, c’est l’histoire en gros, mais chacun des deux camps présentent non pas une mais plusieurs versions différentes des faits…Quilichini dit que la démo a volé par un ingénieur du son qui l’a revendu à Aura Records, mais eux disent que c’est en fait Quilichini et Duget qui l’ont volée dans l’espoir de la vendre à un autre label pour ne pas avoir à payer les frais de studio…
Dans tous les cas, trois versions de l’album existent : celle d’Aura Records, la plus répandue, avec comme pochette une photographie de NICO sur fond noir. Il y a ensuite la ré-édition de l’album en CD par Cleopatra Records, la pochette est un tableau sombre et doré. Enfin, il y a la version sortie sur Invisible Records, intitulé The Drama of Exile, dont la pochette représente Nico ne tenant derrière un grand N, entouré d’une couronne de lauriers… Référence à Napoléon pour rappeler l’origine corse du producteur ?

Tout cela est donc très compliqué, mais la musique est beaucoup plus simple : imaginez SIOUXSIE & THE BANSHEES, mais avec NICO à la place de SIOUVSIE. Une ressemblance d’autant plus frappante que sortait la même année leur album Juju. NICO se met au post-punk et s’en sort plutôt bien. Drama of Exil est un album assez accessible, à l’exception peut-être de deux/trois morceaux comme « Orly Flight » et « Sixty/Thirty » qui sont un petit peu plus expérimentaux, vous serez en terrain connu si vous écoutez ne serait-ce qu’un peu du post-punk. La reprise de "Waiting for my Man" s’écoute bien, celle de "Heroes" serait méconnaissable si ce n’était pour les paroles. L’aspect tragique de la version originale est remplacé par une rythmique plus martiale, presque indus avant l’heure.

Sur le principe Drama of Exile est un bon album. Il n’a aucun moment faible à proprement parler et contient des morceaux vraiment pas mal (je pense en particulier au duo d’ouverture "Gengis Khan" et "Purple Lips"). Mais, parce qu’il y a un mais, évidemment, il est quand même décevant. Il est décevant parce que c’est le premier album de Nico qui n’est pas unique. Jusque-là tous ses efforts étaient à part, même Chelsea Girl. C’était le genre d’albums qui ne ressemblaient à aucuns autres et qui constituent à chaque écoute une expérience renouvelée.

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- Nico (chant)
- Muhammad Hadi (guitare, bouzouki, snitra, choeurs, piano)
- Philippe Quilichini (basse, percussions, guitare, synthétiseurs, choeur)
- Steve Cordona (batterie)
- J.j. Johnson (percussions, trompette)
- Davey Payne (saxophone)
- Andy Clark (orgue, piano, synthétiseur)


1. Genghis Khan
2. Purple Lips
3. One More Chance
4. Henry Hudson
5. I'm Waiting For The Man
6. Sixty/forty
7. The Sphinx
8. Orly Flight
9. Heroes



             



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