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DION - Born To Be With You (1975)
Par COWBOY BEBOP le 31 Mai 2020          Consultée 950 fois

DION fait partie de ces interprètes malléables et éclectiques, qui ont su se réinventer plusieurs fois, au cours d'une carrière ininterrompue et souvent longue de plusieurs décennies. Ayant débuté en trio avec les BELMONTS à la fin des années 50, et connu ainsi le succès dans le rôle du crooner éternellement adolescent, le chanteur a ensuite exploré la country, le folk, le rock, et, depuis les années 2010, le blues old-school. Born To Be With You est son quatorzième album en solo, après un passage à vide de trois ans — une éternité pour un artiste aussi prolifique, alors capable de sortir jusqu'à quatre disques par an.

Born To Be With You tient une place très particulière dans la discographie de l'italo-américain, pour deux raisons. La première, c'est qu'il est le seul à être produit par Phil Spector, et ce dernier le fait amplement savoir : on trouve pas moins de trois mentions de son nom au dos du vinyle, ainsi qu'une dédicace prolixe au chanteur. Même DION, posant sur la pochette en polo noir et lunette teintées, affiche une étrange ressemblance avec le producteur angelin.

La seconde raison, c'est l'aura de légende qui entoure le disque. À l'occasion de cette première et unique collaboration, Spector s'est fait plaisir et a embauché pas moins d'une quarantaine de musiciens pour accompagner DION, parmi lesquels trois bassistes, cinq pianistes, sept percussionnistes, huit cors, et une douzaine de guitaristes. Le résultat produisit, si l'on en croit les annales, un rejet effrayé de la part du management de DION. Les maintes tergiversations et tentatives d'adoucissement, toutes rejetées par le tyrannique Spector, eurent raison de la patience du chanteur qui finit par abandonner le projet — si bien que le disque vit le jour sur le label de Spector, mais seulement un an après et uniquement en Angleterre. Largement ignoré par le public à sa sortie, il a néanmoins échappé à l'oubli en devenant peu à peu un disque culte, aujourd'hui cité par de nombreux musiciens comme tenant une place à part dans leur discothèque intime. Quels terribles secrets se tapissent donc dans les profondeurs de ce LP ? DION DiMucci aurait-il perpétué l'ancienne tradition de Robert JOHNSON en pactisant avec le diable ? Dans sa folie sonico-murale, Phil Spector aurait-il inventé le nu-métal en 1975 ?

Rien de tout cela. Born To Be With You ne présente pas autre chose qu'un mélange de pop baroque, de folk, de soft-rock orchestral et de country — quelque part entre SIMON & GARFUNKEL, Gene CLARK, Leonard COHEN et SCOTT. À tel point qu'on peut légitimement se demander si l'album n'a pas un peu usurpé sa réputation...

Il est vrai que comparé au doo-woop doucereux qui fit son succès, la différence est notable. En cause, la traversée des années 60, qui ne fut pas toujours clémente vis-à-vis de DION : sa carrière de teen idol est balayée par la vague britannique qui déferle sur le Nouveau Monde, tandis que l'addiction prolongée à l'héroïne dans laquelle il se noie l'empêche de plus en plus d'enregistrer. Mais alors qu'il est guéri de cette dépendance par une soudaine révélation religieuse — révélation qui le conduira par la suite sur les chemins d'un christianisme versatile —, sa carrière est également ressuscitée comme miraculeusement grâce au single "Abraham, Martin & John". Écrit et composé en 68 par Dick HOLLER, le morceau évoque les assassinats des trois figures politiques éponymes (ainsi que celui, alors très récent, de Robert Kennedy). Born To Be With You est dans la continuité logique de cette évolution, et tout comme son interprète, il est plus mature, plus sombre et plus mélancolique.

La chanson éponyme, composée par Don ROBERTSON, ouvre magnifiquement l'album et donne le ton de ce qui va suivre. Flottant au-dessus des cordes, la voix perçante et légèrement plaintive de Dion dialogue avec le saxophone, monte et descend les tons avec une nonchalance étudiée. Vient ensuite la superbe "Make The Woman Love Me", signée par les époux Bary Mann et Cynthia Weil — un duo que l'on retrouve derrière de nombreux succès de la pop et du rhythm & blues des années 60 ("Uptown", "You've Lost That Lovin';Feeling", "We Gotta Get Out Of This Place", pour n'en citer que quelques uns). Ici encore, DION trouve le juste équilibre entre affectation et sincérité ; sa voix prend quelques accents pathétiques, élégamment soulignés par les chœurs féminins. Mais la chanson la plus touchante du disque est sans doute "Your Own Back Yard", écrite par DION lui-même en 1970, quelques années avant la sortie du disque. Il y évoque son addiction, suivie de sa convalescence, jetant sur ses déboires passées un regard incisif et clairvoyant. Le ton presque enjoué du chant contraste avec l'âpreté du sujet, dans un optimisme mêlé d'auto-dérision qui confère une justesse simple et franche à la morale toute voltairienne du morceau.

Évidemment, on ne serait pas en présence d'un véritable album de DION sans une mention quelconque à New York : "New York City Song" est le seul autre morceau du disque dont le chanteur a contribué à l'écriture ; ainsi qu'une très belle ballade qui prend la forme d'un hymne nostalgique dédié à sa ville natale, dans un style qui rappelle celui de Jim CROCE ou Neil DIAMOND. Pour finir, "Only You Know" et "Out Of The Shadow" sont deux sympathique ballades chaloupées, construites sur le même modèle que la chanson éponyme et toutes deux co-écrites par Spector et Gerry Goffin (ex-mari de Carole KING, et autre compositeur de l'ombre à l'origine de plus d'un tube de l'époque).

Au vu du nombre gargantuesque de musiciens engagés par Spector, on aurait pu s'attendre à une sorte de bouillie sonore déguisée en méthode de production révolutionnaire. Heureusement, les arrangements savent rester sobres et le son, dans l'ensemble, a très correctement vieilli — à quelques rares exceptions près, comme sur la reprise du classique "(He's Got) The Whole World In His Hands", où ce filou de Phil a poussé les potards un peu trop loin : d'une cover qui s'annonçait intéressante ne subsiste qu'un moment grinçant et insupportable, que l'on apprendra vite à passer. On pourrait aussi questionner le choix de "Good Lovin' Man" pour conclure l'album : le morceau rappelle un peu trop le doo-woop des débuts de carrière de DION, et détonne avec l'atmosphère brumeuse et mélancolique qui enveloppe tout le reste du disque.

Calme mais puissant, ténébreux sans être morose, Born To Be With You a bel et bien l'étoffe d'un grand disque — que ce soit parmi la généreuse discographie de DION ou dans les tablettes de la pop en général. Peu apprécié par son interprète (du moins au moment de sa sortie), il a su conquérir et inspirer des musiciens aussi divers que Pete TOWNSHEND, Bobby Gillespie (le frontman de PRIMAL SCREAM), Jason Pierce (SPIRITUALIZED) ou encore Jarvis Cocker (PULP). Et même si ce n'est certes pas le monument de noirceur que sa réputation infondée promet, il n'en reste pas moins un incontournable qui a bien mérité son statut de disque culte.

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   COWBOY BEBOP

 
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- Dion Dimucci (chant, guitare)
- Art Munson, Barney Kessel, Bill Perry, D (guitare)
- Klaus Voormann, Ray Neopolitan, Ray Pohl (basse)
- Andy Thomas, Barry Mann, Joe Sample, Mik (piano)
- Frank Capp, Hal Blaine, Jim Keltner (drums)
- Alan Estes, Emil Richards, Gary Coleman, (percussion)
- Nino Tempo (saxophone, horn arrangements)
- Bobby Keys, Conte Candoli, Don Menza, Fr (horns)
- Jimmy Getzoff Strings (strings)


1. Born To Be With You
2. Make The Woman Love Me
3. Your Own Back Yard
4. (he's Got) The Whole World In His Hands
5. Only You Know
6. New York City Song
7. In And Out Of The Shadows
8. Good Lovin' Man



             



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